550 tonnes, 63 mètres : le premier patrouilleur breton du Monténégro est mis à l’eau
Au chantier Kership de Lanester, près de Lorient, le premier des deux patrouilleurs hauturiers commandés par le Monténégro a été mis à l’eau le 11 septembre. Un jalon pour l’industrie navale bretonne, qui livre ainsi à un pays de l’OTAN candidat à l’Union européenne un bâtiment conçu pour surveiller ses côtes adriatiques.
Une mise à l’eau à Lanester, deux ans après la commande
C’est en novembre 2024 que le Monténégro avait annoncé la commande, auprès de Kership, de deux patrouilleurs hauturiers du type OPV 60M (Offshore Patrol Vessel). Kership est la société commune créée en 2013 par le chantier finistérien Piriou (55 %) et l’industriel de défense Naval Group (45 %). La construction du premier des deux navires avait officiellement débuté le 24 avril 2025 sur le site de Lanester, dans l’agglomération lorientaise.

Le vendredi 11 septembre, ce premier bâtiment, baptisé Petar I Njegoš en hommage à Petar I Petrović-Njegoš, prince-évêque du Monténégro de 1782 à 1830, a été mis à l’eau dans l’après-midi. Il a ensuite été remorqué jusqu’au quai des TCD, à Lorient, où se poursuit désormais son armement à flot, avant une livraison prévue en avril 2027. Le contrat s’inscrit dans le cadre d’un accord de défense conclu en avril 2024 entre la France et le Monténégro, et bénéficie du soutien de la Direction générale de l’armement (DGA), qui appuie notamment l’équipe monténégrine chargée de suivre la construction.
Pour Marie Eugénie Cotelle, présidente de Kership, cette étape dépasse le seul cadre industriel : « La mise à l’eau du Petar I Petrović-Njegoš est une grande fierté pour les équipes de Kership. Elle concrétise le travail engagé avec nos partenaires monténégrins et témoigne de la capacité de notre industrie navale à concevoir et construire, en France, des bâtiments de défense adaptés aux besoins de marines étrangères. Au-delà du navire, ce programme illustre la force d’un partenariat fondé sur la confiance, l’excellence industrielle et une ambition commune : contribuer à la souveraineté maritime et à la sécurité de l’Europe », a-t-elle déclaré lors de la cérémonie.
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Un patrouilleur taillé pour la haute mer, dérivé du modèle sénégalais
Le modèle OPV 60M retenu par Podgorica est directement dérivé de l’OPV 58/60S construit par Piriou pour le Sénégal, dont trois exemplaires ont été livrés en 2023 et 2024. Dotés d’une coque en acier et d’une superstructure en aluminium, les nouveaux patrouilleurs monténégrins mesurent 62,95 mètres de long pour 9,5 mètres de large, avec un tirant d’eau de 2,7 mètres et un déplacement d’environ 550 tonnes. Mis en œuvre par un équipage de 24 marins, avec une capacité d’accueil de 16 personnels supplémentaires, ils pourront atteindre 21 nœuds et franchir jusqu’à 9 700 nautiques à allure économique, autour de 12 nœuds. Leur propulsion diesel-électrique associe deux moteurs principaux à deux hélices à pas fixe, complétés par un propulseur d’étrave pour les manœuvres portuaires et deux ailerons stabilisateurs limitant le roulis.
Ces bâtiments seront équipés d’un radar de surveillance, d’un système électro-optique (avec, semble-t-il, un petit sonar de coque) et pourront mettre en œuvre un drone aérien depuis leur plage arrière, laquelle peut accueillir deux conteneurs de 20 pieds et une grue de 7,5 tonnes à 8 mètres. Cette plage arrière se prolonge par deux rampes permettant chacune la mise à l’eau d’un semi-rigide d’intervention de 6,8 mètres ; des locaux spécifiques sont également prévus pour des plongeurs ou des forces spéciales. Les capteurs et l’armement seront gérés par le système de mission Polaris de Naval Group.
Côté armement, les OPV 60M restent pour l’instant moins puissants que leurs cousins sénégalais : la dotation prévue à l’origine comprend une tourelle de 40 mm BAE Bofors et deux mitrailleuses téléopérées de 12,7 mm. Une structure a toutefois été installée sur la plage arrière du Petar I Njegoš lors de sa mise à l’eau, identique à celle des patrouilleurs sénégalais, et qui pourrait accueillir un système surface-air à courte portée Simbad-RC de MBDA. À l’avenir, l’espace situé entre le bloc passerelle et le canon de 40 mm pourrait aussi recevoir des capacités offensives supplémentaires, comme les quatre missiles antinavires Marte Mk2/N de MBDA embarqués sur les OPV sénégalais.
Pour le Monténégro, un enjeu de souveraineté et d’ancrage euro-atlantique
La marine monténégrine, basée essentiellement dans le port adriatique de Bar, repose aujourd’hui encore sur d’anciennes unités héritées de l’époque yougoslave et équipées de matériel soviétique : les frégates légères Kotor et Novi Sad (96,7 mètres, 1 850 tonnes à pleine charge), datant de la fin des années 1980, ainsi que deux patrouilleurs lance-missiles du type Rade Koncar (45 mètres, 300 tonnes à pleine charge). Ce sont précisément ces derniers que les nouveaux OPV 60M ont vocation à remplacer.
Le Monténégro, ancienne république de l’ex-Yougoslavie devenue indépendante en 2006 après sa séparation de la Serbie, a intégré l’OTAN deux ans plus tard et reste aujourd’hui candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Pour Aleksa Bečić, vice-premier ministre monténégrin, présent à la cérémonie de Lanester, ce programme dépasse le seul renouvellement de flotte : « La mise à l’eau du Petar I Njegoš constitue une étape importante pour le Monténégro, pour le partenariat stratégique de notre Marine et notre capacité à protéger notre espace maritime, tout en contribuant pleinement à la sécurité collective en Adriatique, dans le cadre de notre engagement au sein de l’OTAN et de notre trajectoire européenne », a-t-il déclaré.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur / largeur | 62,95 m / 9,5 m |
| Déplacement | Environ 550 tonnes |
| Vitesse maximale | 21 nœuds |
| Autonomie | 9 700 nautiques à environ 12 nœuds |
| Équipage | 24 marins + 16 passagers |
| Livraison prévue | Avril 2027 |
La construction du second bâtiment, le Petar II Njegoš (du nom du prince-évêque qui succéda à Petar I entre 1830 et 1851), avance désormais rapidement au chantier de Lanester. Sa mise à l’eau est prévue début 2027, pour une livraison environ six mois après celle de son aîné. Au-delà de ce programme monténégrin, cette double commande illustre la capacité de l’industrie navale bretonne à exporter des bâtiments de défense de taille intermédiaire vers des marines étrangères, dans un contexte où plusieurs pays européens modernisent leurs capacités de surveillance maritime.
Source
- Mer et Marine, « Kership met à l’eau le premier des deux OPV commandés par le Monténégro » : compte rendu détaillé de la cérémonie de mise à l’eau, caractéristiques techniques et citations des responsables français et monténégrins.