Pourquoi le Bourevestnik est-il plus qu’une simple arme pour les Russes : un instrument de communication ?

La Russie, sous la houlette de Vladimir Poutine, exploite la menace de nouveaux missiles pour semer l’inquiétude parmi les nations occidentales. Le président russe a récemment déclaré avoir réussi un test pour le missile de croisière à propulsion nucléaire, le Bourevestnik, que Moscou affirme capable de parcourir 14 000 kilomètres. Des superlatifs tels que « Tchernobyl volant », « invincible », « création unique » et « portée illimitée » ont émergé dans les médias suite à l’annonce de l’essai final de ce missile, le Bourevestnik, qui a été testé pour la première fois le 26-10-2023.

Cette couverture médiatique s’aligne souvent avec le discours officiel de Moscou, le missile, connu sous le nom de « Oiseau tempête » en russe, ayant été mentionné pour la première fois par Poutine en 2018. Cette situation a engendré des réactions, y compris celle de Donald Trump, son homologue américain, qui a qualifié ce nouveau test de « inapproprié », à un moment où il « devrait mettre fin à la guerre en Ukraine ».

En Europe, certains médias ont rapporté le communiqué russe sans véritable critique des intentions sous-jacentes du Kremlin, provoquant ainsi l’agacement de plusieurs experts, parmi lesquels Héloïse Fayet, chercheuse à l’IFRI (L’Institut français des relations internationales) spécialisée dans les questions nucléaires. Sur le réseau X, elle a exprimé son désaccord concernant le traitement médiatique de cet essai lors d’un segment diffusé le 27-10-2023 sur LCI. « le missile Burevestnik n’est pas “opérationnel” : sa doctrine d’emploi doit encore être définie et il n’y a pas d’infrastructures pour son déploiement dans les forces. On est loin d’une menace concrète… sauf sur le plan psychologique et ce genre de tweet y contribue. », a-t-elle écrit.

« Les Russes se servent de ça depuis des décennies »

David Colon, chercheur français interrogé par le HuffPost, trouve « lassant » que « les médias français continuent de tomber dans les pièges des PsyOps [opérations psychologiques] russes visant à diffuser la psychose nucléaire ». Cela s’explique en grande partie par la manière dont les « mesures actives » mises en œuvre par Poutine sont interprétées à travers le prisme d’une « campagne de guerre cognitive ». « Les médias français et occidentaux relaient ce type d’informations sans le temps, la volonté ou les moyens de les vérifier. Les Russes en sont conscients et en tirent parti depuis des décennies », a-t-il observé.

Pour illustrer ses propos, il a mentionné Pavel Sudoplatov, un ancien maître espion soviétique, qui écrivait dans ses mémoires en 1994 que « les médias occidentaux sont assez facilement manipulables ». Cette affirmation résonne puissamment pour le chercheur. Il a également cité le missile balistique intercontinental « Sarmat », surnommé Satan II, présenté comme capable de réduire la France en cendres nucléaires. Pourtant, après avoir été dévoilé deux mois après le début de l’invasion de l’Ukraine, il a été annoncé comme opérationnel, bien que cela ne soit pas le cas. « Mais cela a été relayé sans la moindre remise en question par les médias français. Alors que les Russes, à ma connaissance, n’ont toujours pas été en mesure de le lancer », a-t-il précisé.

Trump n’est pas dupe

Le président américain a rapidement réagi à cette déclaration : « c’est inapproprié de la part de Poutine. Il devrait mettre fin à la guerre en Ukraine plutôt que de tester des missiles ». Trump est conscient que cela n’affecte en rien l’équilibre des forces.

Des tensions entre Poutine et Trump

En réponse, Donald Trump a également parlé de la puissance militaire des États-Unis. « Ils savent que nous avons un sous-marin nucléaire, le meilleur du monde, juste au large de leurs côtes », a-t-il affirmé. Les discussions de paix semblent actuellement dans une impasse. Pour mémoire, Trump a déclaré ce week-end qu’il ne désirait pas organiser une nouvelle rencontre avec Poutine tant qu’un accord ne serait pas établi pour mettre un terme au conflit en Ukraine.

Guerre psychologique

La stratégie de manipulation russe cherche à instaurer une « psychose nucléaire », mise en avant en 2024 par une enquête conjointe du Spiegel et de The Insider sur l’« Opération Kylo ». Les services secrets russes visent à « inonder le subconscient de panique et de terreur » et « distiller la psychose nucléaire, terroriste, sociale, migratoire, et la psychose d’une Troisième Guerre mondiale ».

missile nucléaire Bourevestnik

Cette tactique se manifeste souvent lorsque Moscou « met en scène des exercices militaires russes à la veille de la dernière élection présidentielle américaine ou des dernières élections européennes ». Le chercheur souligne que la Russie parvient ainsi à « influencer les perceptions » et à dissuader la France et les Français de soutenir l’Ukraine, en jouant sur la menace d’une réponse nucléaire.

Les différents intervenants estiment que les médias français doivent s’ajuster à notre réalité pour préserver le débat public et l’avenir de nos démocraties.