Universités en détresse : 80% d’entre elles affichent un déficit de budget

Les universités voient un léger répit, bien que le budget 2026 ait été rejeté par le Sénat le 29 janvier, son adoption définitive devrait être confirmée ce vendredi grâce à un ultime recours au 49.3 à l’Assemblée nationale. La nouvelle version de ce budget semble moins désastreuse que la précédente, avec un ajout de 230 millions d’euros pour la mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (Mires).

Une hausse du budget pour 2026 ?

Cette année, la loi de Programmation du budget de la recherche (LPR) sera honorée grâce à un apport supplémentaire de 320 millions d’euros, sachant que c’est la moins bien respectée des lois de Programmation, souligne France Universités, l’organisation des présidents d’université. Cependant, cette situation n’altère pas le constat général : pour 2026, toutes les universités françaises ont voté un budget déficitaire, selon les informations fournies par France Universités. Ce léger réajustement budgétaire pourrait aider certains établissements à éviter le déficit d’ici la fin de l’année, mais l’association indique que la tendance générale mène inexorablement vers une situation déficitaire pour l’ensemble des universités.

Pour l’année 2024, 58 des 70 universités avaient voté un budget en perte, représentant 80 %, selon un classement d’Educpros. Julien Gossa, enseignant-chercheur spécialisé dans les données et les politiques de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, considère que cette augmentation budgétaire est en réalité trompeuse. Elle s’avère déjà insuffisante pour compenser l’augmentation des dépenses, qui avoisine le milliard d’euros, et ne tient pas compte des diminutions affectant d’autres programmes de la Mires, précise-t-il.

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Des mesures insuffisamment compensées par l’État

Depuis 2022, l’écart s’est accru entre la subvention pour charge de service public (les financements de l’État à destination des universités) et la masse salariale (les dépenses pour le personnel). En 2024, ça s’écroule à environ – 1 milliard d’euros et en 2025, à – 1,5 milliard, analyse Julien Gossa. Les charges augmentent et les dotations baissent. C’était inévitable que les universités basculent toutes en déficit. L’État fait peser de plus en plus de charges qui sont plus ou moins en rapport avec les universités. Les présidents d’universités ont largement communiqué sur ce problème de dotations insuffisantes.

Dès la fin du mois d’octobre, France Universités avait dénoncé l’absence d’un budget pour financer la protection sociale complémentaire des agents de la fonction publique en 2026, ce qui va à l’encontre du principe du décideur-payeur. Avec la nouvelle version du budget, un montant supplémentaire de 60 millions d’euros sera alloué pour financer cette protection sociale, qui deviendra obligatoire à partir du 1er mai et sera entièrement couverte. D’autres mesures seront partiellement compensées, comme la contribution au compte d’affectation spécial des pensions des agents publics (CAS), où l’État prendra en charge 80 % des 200 millions d’euros nécessaires. Néanmoins, les mesures Guerini concernant la revalorisation salariale ne bénéficieront pas de compensation.

Globalement, les augmentations salariales pour les opérateurs de l’État ne seront pas intégralement couvertes, ce qui a conduit, en 2025, à devoir sortir 10 millions d’euros de ressources propres pour faire face à ces augmentations de charges salariales. Depuis 2023, ces hausses ont contraint les universités à puiser dans leur trésorerie libre d’emploi, qui tend à s’assécher.

Une hausse du nombre d’étudiants

Parallèlement, l’augmentation du nombre d’étudiants n’est pas accompagnée d’une compensation financière. Au cours des quinze dernières années, les effectifs ont doublé, tandis que les financements alloués ont été très en deçà de cette hausse. Cette situation a engendré des déficits structurels, et les marges de manœuvre sont déjà épuisées : arrêt du renouvellement du personnel, diminution des salaires, réduction de l’offre de formation ou du nombre d’heures complémentaires, entre autres.

Cela impacte également le nombre de places disponibles sur la plateforme Parcoursup, ouverte depuis le 19 janvier. En raison des déficits, certaines universités ont choisi de réduire leur offre en première année de licence. Par exemple, l’université de Rouen, qui proposait habituellement 9 000 places en première année, a décidé de supprimer 700 places pour la rentrée de septembre 2026, incluant des formations en licences de droit ou de psychologie. Des cursus à faible effectif, tels que la licence d’allemand-anglais, seront également fermés.

Universités en détresse 80% d'entre elles affichent un déficit de budget

« Il y a un désengagement progressif de l’Etat alors qu’on a absorbé plus de 200.000 étudiants en dix ans sans moyens supplémentaires par étudiant », déplore France Universités. D’après des données de l’association, qui doivent encore être affinées, la subvention de charge publique par étudiant était de 8 050 euros en 2015, tandis qu’elle s’établissait à 7 530 euros en 2024, à euros constants.

Un sous-financement depuis 15 ans

Les budgets nationaux consacrés à l’Enseignement supérieur et à la recherche sont jugés insincères depuis plusieurs années, en raison des annulations de crédits et de la création de nouvelles charges. L’inflation n’est également pas suffisamment prise en compte dans les dotations.

Certaines universités rencontrent des déficits plus importants que d’autres, en raison de facteurs locaux, techniques ou politiques. L’université de Rouen-Normandie, qui a vu son effectif passer d’environ 25 000 étudiants en 2014 à 35 000 en 2025, déplore une sous-dotation chronique par rapport à d’autres universités de taille équivalente, comme celles de Caen, Poitiers, Clermont-Ferrand ou Dijon. La répartition des moyens n’est pas homogène, certaines établissements bénéficiant d’entre 15 et 50 millions de plus.

Les subventions de l’État ont chuté de 6,7 % à 5,3 % dans le budget général depuis 2009, suite à la mise en œuvre des responsabilités et compétences élargies, en accord avec la loi relative aux libertés et responsabilités des universités. L’État délègue ainsi la gestion de cette pénurie aux établissements eux-mêmes.