76 % d’exportations en moins : la mer Noire retombe dans la guerre des céréales
Les attaques russes et ukrainiennes en mer Noire ont fait chuter de 76 % les exportations céréalières ukrainiennes en août, alors que la proposition d’une trêve maritime formulée par Kiev n’a trouvé aucun écho du côté de Moscou.
Un mois de juillet marqué par l’intensification des frappes
Le trafic commercial en mer Noire s’est fortement dégradé au cours des dernières semaines. Selon le ministère ukrainien des Infrastructures, le mois de juillet a compté 35 attaques contre des navires à quai, 22 contre des navires en mer et 67 visant des installations portuaires. Plusieurs armateurs ont depuis suspendu leurs escales à Odessa, le principal cluster portuaire du pays (il concentre habituellement l’essentiel des exportations agricoles ukrainiennes).
Cette escalade a débuté le 6 juillet, lorsque l’Ukraine a lancé l’opération MoLoChKa, qui ciblait initialement des navires liés à la Russie en mer d’Azov avant de s’étendre à la mer Noire, où navires marchands et infrastructures portuaires sont désormais visés des deux côtés. La Russie a répliqué en intensifiant ses propres frappes sur les ports et les navires marchands ukrainiens.
Une trêve proposée par Kiev, rejetée par Moscou
Face à cette escalade, l’Ukraine a proposé un arrêt réciproque des frappes contre le trafic maritime. La proposition n’a pas trouvé d’écho côté russe, ce qui referme, au moins temporairement, la fenêtre d’une désescalade rapide. Pour Filipe Gouveia, responsable de l’analyse du transport maritime chez le courtier danois BIMCO, cette impasse pèse directement sur les perspectives du secteur : « La récente proposition de l’Ukraine de cesser les attaques contre le trafic maritime en mer Noire a été rejetée par la Russie, ce qui réduit les espoirs d’une reprise rapide des exportations. » (propos traduits)
Selon BIMCO, les attaques touchent une zone à l’importance disproportionnée pour l’alimentation mondiale : la mer Noire ne représente que 3 % des exportations mondiales de vrac sec par voie maritime, mais concentre environ 14 % du commerce mondial de céréales par mer. La Russie et l’Ukraine comptent parmi les tout premiers exportateurs mondiaux de blé et de maïs, à destination de l’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Europe et de l’Asie.
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Une bataille économique aux répercussions mondiales
Sur les cinq dernières semaines (semaines 29 à 33), les expéditions mondiales de céréales ont reculé de 8 % sur un an, tirées par une baisse de 26 % des exportations céréalières depuis la mer Noire, selon les données de BIMCO. Conséquence directe : la Russie cherche à rediriger une partie de ses cargaisons vers des routes terrestres et des ports de la mer Caspienne, de la Baltique et de l’Extrême-Orient, des itinéraires eux-mêmes contraints par des goulets d’étranglement ferroviaires déjà sollicités par les exportations de charbon. Côté ukrainien, les cargaisons sont partiellement réorientées vers les ports du Danube et de Roumanie, des capacités insuffisantes pour compenser les volumes perdus.

Le ministère ukrainien de l’Agriculture a révisé ses prévisions pour la campagne 2026/27 : les exportations agricoles du pays pourraient tomber à 29,6 millions de tonnes, contre une précédente estimation de 64,4 millions de tonnes, soit un recul de 54 %. Les exportations de blé pourraient à elles seules chuter de 53 %, à 8,3 millions de tonnes. Le port d’Odessa traitant normalement environ 90 % des flux céréaliers du pays, l’engorgement qui en résulte menace de saturer les capacités de stockage : l’Ukraine dispose d’environ 59 millions de tonnes de capacité, qui pourrait être pleine dès début novembre, avec un déficit estimé à 11 millions de tonnes.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Baisse des exportations céréalières ukrainiennes (août) | 76 % |
| Attaques sur navires à quai (juillet) | 35 |
| Attaques sur navires en mer (juillet) | 22 |
| Attaques sur installations portuaires (juillet) | 67 |
| Baisse des expéditions mondiales de céréales (5 semaines) | -8 % (BIMCO) |
| Baisse des exportations céréalières via la mer Noire | -26 % (BIMCO) |
| Prévision d’exportations agricoles ukrainiennes 2026/27 | 29,6 Mt (-54 %) |
| Déficit de stockage attendu (novembre) | 11 Mt |
La récolte ukrainienne se poursuit pourtant : le blé, l’orge et le colza sont déjà rentrés, tandis que le maïs, le tournesol et le soja doivent l’être dans les prochaines semaines, ce qui accentuera encore la pression sur des silos déjà proches de la saturation. Sans accord sur une désescalade des frappes, la campagne 2026/27 s’annonce comme l’une des plus perturbées depuis le début du conflit, avec des conséquences directes sur les prix alimentaires mondiaux et la sécurité alimentaire des pays importateurs les plus dépendants du blé de la mer Noire.