Moscou propose d’intégrer les armes nucléaires de l’OTAN dans le dialogue sur le désarmement
Le traité de désarmement Strategic Arms Reduction Treaty, en vigueur depuis février 2011 pour une période de dix ans, impose des limitations sur les arsenaux des États-Unis et de la Russie, plafonnant respectivement à 1 550 ogives déployées et 700 vecteurs stratégiques. Prolongé de manière inattendue de cinq années supplémentaires en 2021, grâce à une disposition de son article XIV, il est prévu qu’il expire l’année prochaine.
Rappel du traité
Le Strategic Arms Reduction Treaty (START) est un traité bilatéral de désarmement nucléaire conclu entre les États-Unis et l’Union soviétique, puis la Russie. Le premier traité, START I, signé en 1991 et entré en vigueur en 1994, imposait une réduction à environ 6 000 ogives nucléaires et 1 600 vecteurs stratégiques (missiles balistiques, sous-marins lanceurs d’engins et bombardiers lourds) pour chaque camp ; il a expiré en 2009.
Un second accord, START II, signé en 1993, devait interdire notamment les missiles balistiques intercontinentaux à têtes multiples, mais il n’est jamais entré en vigueur à cause de tensions politiques, accentuées par le retrait américain du traité ABM en 2002.
Finalement, en 2010, le New START a été signé à Prague par Barack Obama et Dmitri Medvedev. Il limite les arsenaux à 1 550 ogives nucléaires déployées et 700 vecteurs déployés, avec des mécanismes de vérification mutuelle. Entré en vigueur en 2011, il a été prolongé jusqu’en 2026 et constitue aujourd’hui le principal cadre de régulation des armes nucléaires stratégiques entre Washington et Moscou.
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Tension entre le Kremlin et Washington
Cependant, les inspections sur le terrain, effectuées par les deux nations pour s’assurer du respect des engagements du traité, ont été suspendues depuis 2023, suite à la décision de Moscou de ne plus accueillir les inspecteurs américains sur ses installations militaires, en raison du renforcement de l’assistance militaire de Washington envers l’Ukraine.
Il est à noter que, malgré l’annulation de la ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, la Russie a maintenu sa conformité aux restrictions imposées par le New Start. De plus, le Kremlin semble disposé à continuer de se conformer à ces limites pendant une année supplémentaire après l’échéance du traité. C’est en effet ce que Vladimir Poutine a déclaré la semaine dernière.
« La Russie est prête, après le 5 février 2026, à continuer de respecter pendant un an les restrictions quantitatives centrales prévues par le traité Start », a affirmé le président russe lors d’une réunion du Conseil de sécurité. « Nous pensons que cette mesure ne sera viable que si les États-Unis agissent de manière analogue et ne prennent pas de mesures qui sapent ou violent le ratio actuel de capacités de dissuasion », a-t-il ajouté.
À l’issue de cette année supplémentaire, la Russie décidera si elle maintiendra ou non ces restrictions volontaires, en fonction des circonstances, a précisé M. Poutine, sans faire mention d’une reprise des inspections, qui sont pourtant essentielles au New Start.
Volonté d’inclure Pékin, Paris et Londres
Il convient de rappeler que les discussions pour le prolongement de ce traité de désarmement après 2021 avaient partiellement échoué, car les États-Unis souhaitaient y inclure la Chine, dont l’arsenal nucléaire connaît une croissance rapide. Cette demande avait été catégoriquement rejetée par Pékin.
Actuellement, le président américain, Donald Trump, est toujours désireux d’initier des pourparlers sur le désarmement avec la Russie et la Chine. Ainsi, à moins d’un retournement de situation, l’avenir du New Start semble incertain. De plus, le Kremlin estime que les arsenaux britannique et français devraient également être intégrés dans de futures négociations. C’est ce qu’a affirmé son porte-parole, Dmitri Peskov, selon des informations relayées par l’agence Reuters.

« Les négociations sur la réduction des armes nucléaires stratégiques doivent d’abord être menées entre la Russie et les États-Unis, mais les arsenaux de la Grande-Bretagne et de la France devront finalement y être inclus », a déclaré M. Peskov, qui n’a pas mentionné la situation de la Chine.
Néanmoins, depuis la fin de la Guerre Froide, la France et le Royaume-Uni ont considérablement diminué la taille de leurs arsenaux respectifs, chacun possédant désormais entre 180 et 300 têtes nucléaires. En adhérant au principe de « stricte suffisance », Paris a abandonné ses missiles stratégiques sol-sol S3, tandis que Londres a mis fin à la composante aérienne de sa dissuasion.
Compte tenu de l’évolution du paysage sécuritaire, un retour en arrière est désormais envisagé. C’est en tout cas ce qu’a annoncé le Royaume-Uni, qui a manifesté en 2021 son intention d’accroître son arsenal nucléaire de 40%.
De plus, en juin, Londres et Paris ont exprimé leur volonté d’aller au-delà des dispositions établies lors des accords de Lancaster House signés en 2010, en coordonnant leurs forces stratégiques respectives en réponse à une « menace extrême pour l’Europe ».