Exportations françaises d’uranium vers la Russie : “Ce n’est pas illégal, mais c’est immoral”

L’ONG Greenpeace exprime son désaccord face aux échanges nucléaires entre la France et la Russie, notamment concernant l’exportation d’uranium de retraitement, bien que ces opérations échappent aux sanctions internationales imposées à la Russie.

Dimanche, Greenpeace a informé l’AFP sur l’accroissement des transactions nucléaires entre ces deux pays en pleine guerre en Ukraine, après avoir observé, le samedi précédent à Dunkerque, le chargement d’uranium de retraitement destiné à la Russie.

L’organisation a enregistré le chargement d’une dizaine de conteneurs marqués comme radioactifs à bord du navire Mikhail Dudin à Dunkerque. Selon Greenpeace, le Mikhail Dudin, immatriculé sous pavillon panaméen, fait régulièrement escale dans ce port pour décharger de l’uranium enrichi ou naturel qu’il récupère à Saint-Pétersbourg.

photo cargo Mikhaïl Dudin porte Dunkerque 15-11-2025 © Greenpeace

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Un retour en arrière de la part de la France ?

Néanmoins, Greenpeace affirme que c’est la première fois en plus de trois ans qu’elle constate une exportation d’uranium de retraitement (URT) vers la Russie.

Ce n’est pas illégal, mais c’est immoral“, a déclaré à l’AFP Pauline Boyer, chargée de la campagne nucléaire pour Greenpeace France.

Elle a également souligné que “la France devrait mettre un terme à ses contrats avec Rosatom, une entreprise d’État qui a occupé la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, pendant plus de trois ans, un fait sans précédent dans l’histoire des conflits armés”.

Le seul site dans le monde

En 2018, EDF a signé un contrat de 600 millions d’euros avec Tenex, une filiale de Rosatom, pour le “recyclage de l’uranium retraité”. Ces échanges ne sont pas affectés par les sanctions internationales envers la Russie.

Rosatom possède le seul site au monde capable de convertir l’uranium de retraitement avant son ré-enrichissement, qui peut avoir lieu en Russie ou aux Pays-Bas, afin de produire de l’uranium de retraitement enrichi (URE).

D’après Greenpeace, seulement 10 % de l’uranium ré-enrichi est renvoyé de Russie vers la France, où il est utilisé par la centrale nucléaire de Cruas, la seule apte à fonctionner avec des combustibles URE.

Contactés par l’AFP, le ministère français de l’Énergie, EDF et Orano, un client potentiel de Rosatom, n’ont pas donné suite.

L’ONG soutient que le gouvernement français aurait “ordonné à EDF de cesser ses exportations d’uranium de retraitement vers la Russie en 2022”, suite aux révélations de Greenpeace France concernant l’envoi d’URT en Russie juste après le début de l’invasion ukrainienne.

En mars 2024, le gouvernement français a annoncé qu’il envisageait “sérieusement” de créer un site de conversion et d’enrichissement de l’uranium de retraitement “en France”.