70% des Français estiment que l’accès au logement est devenu difficile
La situation du logement en France est devenue préoccupante, affectant un large éventail de la population.
Un problème généralisé
L’accès au logement pose des problèmes à tous les groupes sociaux, et ne se limite plus uniquement aux plus défavorisés. Cette crise, qui touche toutes les générations, inclut les étudiants, les jeunes couples, les familles désireuses de s’agrandir, ainsi que les personnes âgées. Les zones les plus prisées, telles que les grandes villes, les pôles universitaires et les régions touristiques, sont particulièrement touchées, et la nécessité de logements abordables se fait sentir dans une grande partie du pays.
D’après un sondage Odoxa publié le 18 novembre, 70 % des Français estiment qu’il est devenu difficile de trouver un logement dans leur commune. Bien que le pouvoir d’achat soit une priorité pour les ménages, les dépenses liées au logement surpassent largement toutes les autres catégories, représentant un tiers de leurs revenus.
Entre 1996 et 2023, les prix de l’immobilier ont grimpé de 88 % sans tenir compte de l’inflation, alors que les salaires n’ont augmenté que de 13 %. Comme le souligne l’indice de Jacques Friggit, économiste spécialisé dans le logement, c’est à partir des années 2000 que l’immobilier résidentiel a commencé à grimper bien plus rapidement que les revenus des ménages. Pour acquérir un bien équivalent, un acheteur doit s’engager sur un crédit de vingt-cinq ans à la fin de 2024, comparé à quinze ans en 2000, avec un taux d’effort accru et, par conséquent, un pouvoir d’achat réduit.
Plusieurs éléments expliquent cette flambée des prix, tels que la baisse des taux d’intérêt et l’allongement des durées de prêts, qui facilitent l’endettement par rapport à auparavant, ainsi que des incitations fiscales comme le Robien ou le Pinel pour encourager l’investissement locatif. Toutefois, le manque d’offres en logements abordables, associé à une demande croissante, constitue le principal facteur de cette crise, surtout dans les zones tendues.
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Augmentation de la population, baisse de nombre d’habitant par logement
D’une part, le nombre de ménages ne cesse d’augmenter en France, en raison de la croissance démographique, mais également à cause des séparations et de la décohabitation : en 2019, la taille moyenne d’un foyer était de 2,19 personnes, contre 3,08 en 1968. Pourtant, depuis 2010, la progression du parc de logements ralentit : la croissance annuelle moyenne a chuté à 0,9 % depuis 2018, alors qu’elle était de 1,2 % entre 2000 et 2009. De plus, durant la décennie 2010, la proportion de logements vacants et de résidences secondaires a fortement augmenté.
Les attentes des Français évoluent également, avec un attrait grandissant pour les métropoles et le littoral, où se concentrent emploi et tourisme. Un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande était déjà en place lorsque la crise a éclaté en 2022, aggravée par la montée des taux d’intérêt.
Pour contrer l’inflation croissante au début de la guerre en Ukraine, en février 2022, la Banque centrale européenne a augmenté ses taux à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’institution. Les banques ont répercuté cette hausse sur les prêts immobiliers, restreignant ainsi l’accès au crédit. De nombreux ménages doivent abandonner leur rêve de propriété, entraînant un effondrement des transactions immobilières. Les constructions neuves sont également à l’arrêt. Les ménages incapables d’acheter ne libèrent pas leurs locations, ce qui empêche de nombreux jeunes de gagner en autonomie et freine les mouvements sur le marché.
Après plus de trois années de crise, quelques signes de reprise commencent à émerger, notamment sur le marché de l’ancien, grâce à une baisse puis une stabilisation des taux d’intérêt autour de 3 %, ce qui réduit le coût du crédit. À la fin septembre 2025, les notaires ont noté une augmentation de plus de 10 % des ventes sur un an, avec 921 000 transactions, contre 832 000 à la même date en 2024.
La construction du neuf à l’arrêt
En revanche, le secteur du neuf demeure fragile. Au cours des douze derniers mois, seulement 272 700 logements ont été mis en chantier, soit une baisse de 22 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, établissant un niveau historiquement bas. En conséquence, Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice des Alpes-Maritimes (Les Républicains) et présidente de la commission des affaires économiques, propose dans sa loi d’orientation pour renforcer l’habitat des objectifs de construction nationaux visant 400 000 logements par an d’ici 2030.
La stagnation de l’accession à la propriété ces dernières années, associée à un engouement croissant pour les locations saisonnières, plus lucratives que les locations traditionnelles, ainsi qu’à une vague de vente d’appartements anciens peu performants en matière d’efficacité énergétique, a provoqué une pénurie dramatique sur le marché locatif. Par conséquent, 2,9 millions de ménages attendent aujourd’hui un HLM.

La crise du logement est devenue si pressante qu’elle figure parmi les enjeux majeurs des campagnes pour les élections municipales de mars 2026. Elle commence également à interroger les dirigeants politiques à l’échelle nationale. La difficulté d’accéder à des logements à prix abordables a été un frein à l’emploi pendant trois ans et contribue aux tensions sur le marché du travail, étant désormais perçue comme un obstacle à la natalité, qui décline en France depuis plusieurs années.