Un milliardaire belge veut transformer les Antilles en un “Dubaï des Caraïbes”

Le projet de création d’une enclave autonome sur l’île de Nevis suscite des débats, notamment auprès des résidents locaux.

Le rêve du « Dubaï des Caraïbes » pourrait se concrétiser en 2026, selon Olivier Janssens. Ce riche entrepreneur belge de 46 ans, qui a accumulé sa fortune grâce aux cryptomonnaies dans les années 2010, envisage d’ériger une cité utopique comportant 10 000 logements destinés à des acheteurs fortunés du monde entier sur l’île de Nevis.

Olivier Janssens

Nommée Destiny, cette métropole privée devrait s’étendre sur 10 kilomètres carrés le long de la côte encore intacte du sud vallonné de Nevis, représentant 11 % de la surface totale de l’île. Ce petit morceau de terre volcanique, comparable à l’île de Ré, appartient à la fédération de Saint-Kitts-et-Nevis, un micro-État de 47 000 âmes situé au nord-ouest de la Guadeloupe, également connu sous le nom de Saint-Christophe-et-Niévès.

 

« L’idée principale est de créer un lieu très sûr pour les familles dans les Caraïbes », déclare Olivier Janssens au Monde, investisseur dans des entreprises dirigées par Elon Musk et fervent défenseur du libertarianisme. Le projet se veut un mélange entre Monaco et Dubaï, mais avec plus de nature, moins de densité et des bâtiments moins imposants.

L’investisseur attend désormais la validation finale des autorités locales et fédérales.

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Inquiétudes croissantes

Cette enclave de luxe se verra attribuer le statut de « zone spéciale de développement durable », une définition géographique établie par une loi votée en août par le Parlement fédéral de Saint-Kitts-et-Nevis, inspirée des zones économiques spéciales présentes dans plusieurs pays. Toutefois, le cadre législatif adopté à Basseterre, la capitale de cet État insulaire, impose des exigences environnementales plus strictes, stipulant que ces futures zones doivent fonctionner avec au moins 70 % d’énergies renouvelables pour leurs besoins énergétiques.

Le 27 octobre, lors d’une réunion publique tenue dans une église anglicane à Charlestown, la capitale de Nevis, l’ambiance était électrique. De nombreux participants ont demandé la tenue d’un référendum.

Saint-Christophe-et-Niévès

Malgré cette rencontre et d’autres qui ont suivi, les tensions n’ont pas diminué.

Droit de vote

Des doutes subsistent quant à la faisabilité du projet consistant à construire 1 000 logements haut de gamme chaque année dans cette zone autonome respectueuse de l’environnement. L’économie locale pourrait ne pas être suffisamment dynamique pour soutenir un tel développement, rendant le projet tributaire des importations et de la main-d’œuvre étrangère.

La réalisation de cette enclave pourrait en effet donner naissance à un État dans l’État.

Tendance générale

Ces critiques proviennent d’une minorité active en ligne, rétorque M. Janssens, qui estime que beaucoup de personnes sont impatientes de voir ce projet prendre forme, notamment grâce aux investissements qu’il prévoit pour les infrastructures de ce petit État et aux possibilités d’emplois qualifiés liés à la construction et à cette future zone franche.

 

Cependant, Tamanisha John, experte des Caraïbes et professeure adjointe au département de sciences politiques de l’université de York au Canada, soutient que les inquiétudes des habitants de Saint-Kitts-et-Nevis sont fondées. Les exemptions fiscales et juridiques accordées aux zones autonomes engendrent inévitablement des conflits avec la population locale, comme l’illustre le cas célèbre de l’enclave libertarienne de Prospera, créée en 2020 sur l’île hondurienne de Roatan, qui a provoqué des tensions avec une communauté autochtone sur la question des ressources en eau.

Cette universitaire d’origine guyano-américaine souligne que l’émergence de ces enclaves s’inscrit dans une tendance régionale de privatisation des côtes par des investisseurs aisés.