Amélie de Montchalin à la Cour des comptes : entre mérite et favoritisme
La nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes suscite de vives réactions au sein du paysage politique français.
De fortes indignations
Bien qu’Emmanuel Macron s’engage à demeurer « calme », il ne cache pas son irritation face à cette désignation. Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, évoque un « danger » et souligne le manque d’objectivité d’Amélie de Montchalin par rapport au pouvoir en place. Il se demande : « Comment la ministre actuelle pourrait-elle donner un avis crédible sur le prochain budget qu’elle a elle-même préparé ? »
Pour éviter de donner l’impression qu’il tente de contrôler des institutions autonomes, Emmanuel Macron est incité à reconsidérer sa décision. La réaction d’Éric Coquerel n’est pas isolée et reflète le malaise d’une classe politique qui observe avec consternation le placement de proches du président.
« La République des copains se porte bien », déclare François Ruffin avec ironie. Bien que de nombreux acteurs reconnaissent les compétences techniques de la ministre, beaucoup s’interrogent sur le choix de sa nomination à ce moment précis, étant donné qu’elle est déjà impliquée dans l’élaboration du prochain budget. Philippe Brun, député socialiste et candidat à la primaire de la gauche, ironise : Amélie de Montchalin pourra donner un avis éclairé sur son propre budget après avoir passé huit ans à accompagner le déficit public dans son déclin.
« C’est un véritable coup d’État comptable », s’insurge le député LFI Hadrien Clouet, soulignant que le contrôle des finances publiques sera désormais assuré par une proche du président. Sébastien Chenu, porte-parole du RN, évoque un verrouillage des postes « par tous les copains de la macronie ».
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Des critiques sur l’âge, mais pas pour son âge
30 ans de CDD
Un autre sujet de mécontentement concerne l’âge d’Amélie de Montchalin. À 40 ans, l’ancienne députée de l’Essonne aura la possibilité de diriger la Cour des comptes jusqu’à 68 ans, en raison de la règle d’inamovibilité, soit un mandat de vingt-huit ans, comme le rappelle Philippe Brun. Traditionnellement, les nominations se font sur des profils plus âgés pour favoriser le renouvellement des postes. Hadrien Clouet souligne que cela implique qu’elle sera inamovible pendant près de trois décennies dans un rôle clé, peu importe les choix des électeurs.

La compétence prime pour certains
En revanche, pour certains, sa jeunesse est un atout. Un proche du président, s’exprimant anonymement dans le Parisien, déclare : « Le président de la République casse l’un des derniers plafonds de verre en ne nommant pas un homme de plus de 60 ans. Elle a le meilleur CV pour la Cour, elle a fait du privé et du public, elle a fait des budgets et travaille sur les agences ».
Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a exprimé sur France 2 le 10 février que sa jeunesse est bénéfique, signalant qu’elle apportera une énergie nécessaire à la Cour des comptes. Concernant les accusations de dépendance au pouvoir, il les balaie en affirmant : « Pierre Moscovici, son prédécesseur, avait été ministre de l’Économie par le passé. C’est un gage de compétence ».
Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a également salué, lors d’une interview sur Europe 1, un aspect particulier d’Amélie de Montchalin. « Pour une fois le Président m’aura écoutée, je voulais absolument qu’il nomme une femme, a-t-elle déclaré. La Cour des comptes n’a jamais été présidée par une femme depuis sa création il y a plus de 200 ans. Je suis lassée de cette République où les femmes n’ont pas leur place ». L’institution, chargée de surveiller l’utilisation des fonds publics, a été fondée par Napoléon Bonaparte en 1807.
Renforcement de la défiance vis à vis du monde politique
Au-delà du cercle politique, quelle est la réaction des intellectuels et constitutionnalistes ? L’historien Éric Anceau exprime que cette nomination représente un détournement complet des institutions : « La défiance des Français envers leurs dirigeants n’a jamais été aussi forte depuis 1958. Le drame est à venir.
Emmanuel Macron en sera le principal responsable. » La maîtresse de conférences en droit public, Lucie Sponchiado, a écrit en 2017 : « Nommer n’est pas simplement nommer. D’un point de vue politique, cela permet de tisser un réseau de gratitude voire de déférence, de récompenser ou de punir ». Cela ne manquera pas d’alimenter les débats.