Le futur du nucléaire en France avec ce nouveau réacteur modulaires à neutrons rapides refroidis au plomb
Newcleo, entreprise franco-italienne, a récemment finalisé une levée de fonds s’élevant à 75 millions d’euros, portant le total des financements obtenus en une année à plus de 105 millions d’euros.
Depuis 2021, la somme cumulée atteint désormais 645 millions d’euros, ce qui témoigne de la croissance d’un projet qui suscite un intérêt croissant dans le secteur de l’énergie depuis cinq ans.
Newcleo accélère son développement de petits réacteurs modulaires à neutrons rapides
Parmi les investisseurs notables figurent Kairos et Indaco Ventures, ainsi que des acteurs industriels tels que le sidérurgiste Danieli & C., le cimentier Cementir Holding NV et le fabricant de vannes Orion Valves. Il est également à noter l’implication du fonds de pension du CERN.
Cette sélection d’investisseurs a été soigneusement choisie, car Newcleo cible des secteurs énergivores comme l’acier, le ciment et la chimie, où son innovation pourrait avoir un impact significatif.
Le choix du réacteur rapide refroidi au plomb
La technologie mise au point repose sur un réacteur rapide à refroidissement au plomb, désigné sous l’acronyme LFR pour Lead-cooled Fast Reactor.

Ce type de réacteur de génération IV, la plus avancée, utilise du plomb liquide comme fluide de refroidissement, remplaçant ainsi l’eau sous pression et le sodium liquide. Ce métal lourd, stable et non inflammable à l’air, fonctionne à pression atmosphérique, ce qui évite les contraintes liées à la vapeur haute pression.
En intégrant un combustible recyclé provenant de déchets nucléaires, la technologie développée semble offrir de nombreux avantages.
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La stratégie d’intégration verticale
L’entreprise s’efforce de réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs externes, pour cela, elle a décidé d’internaliser certaines de ses activités d’ingénierie et de fabrication via ses filiales industrielles.
En Italie, au sein du centre de recherche ENEA de Brasimone, newcleo a déjà établi Othello, une boucle expérimentale de 2 MW thermiques destinée à évaluer les composants du futur réacteur. Ce projet sert de base pour tester les pompes, les échangeurs et tous les matériaux en contact avec le plomb fondu.
La prochaine étape sera le Precursor, un système non nucléaire de 10 MW thermiques, conçu pour simuler l’ensemble des sous-systèmes du réacteur, y compris la turbine. Newcleo prévoit de finaliser sa construction d’ici fin 2026, avec une mise en service ciblée pour début 2027. Il pourrait alors devenir le réacteur non nucléaire intégré le plus puissant jamais réalisé.

En France, newcleo progresse sur deux fronts
L’entreprise a déposé son programme de sûreté nucléaire pour son installation de fabrication de combustible avancé ainsi que pour son réacteur, avec l’objectif d’obtenir une autorisation de construction d’ici la fin de 2027.
Un site a été sécurisé à Nogent-sur-Seine pour l’usine de combustible, tandis qu’à Chinon, un terrain est en cours d’acquisition pour accueillir un futur réacteur.
Puis l’Europe centrale et les États-Unis
En Slovaquie, l’entreprise a récemment formé une coentreprise avec l’exploitant public JAVYS pour déployer jusqu’à quatre réacteurs de 200 MW électriques chacun sur le site de Jaslovské Bohunice, permettant ainsi de passer de la théorie à la pratique.
Aux États-Unis, un partenariat stratégique a été établi avec Oklo pour promouvoir le développement de l’écosystème du combustible avancé. Actuellement, l’Amérique du Nord représente l’un des marchés les plus dynamiques pour les réacteurs avancés, et Newcleo souhaite y renforcer sa présence.
Besoin de lourds investissements
Accumulant 645 millions d’euros sur cinq ans ne constitue pas seulement un objectif, mais s’avère être une condition essentielle pour réaliser la transition de la phase de conception vers celle du déploiement.
Le nucléaire avancé ne se veut pas une course de vitesse, mais plutôt un défi d’endurance. Chaque étape réglementaire, chaque essai matériel et chaque partenariat industriel rapprochent le projet d’une concrétisation commerciale.
Avec cette nouvelle levée de fonds, l’entreprise gagne en temps, en compétences et en emplacements. Dans le secteur nucléaire, ces éléments sont déterminants pour passer d’une idée ambitieuse à une installation capable de produire effectivement de l’énergie.