Quand un smartphone devient un poids : l’impact caché sur la santé mentale des jeunes

Une enquête portant sur plus de 100 000 jeunes met en lumière le lien entre l’utilisation précoce des smartphones et une dégradation de la santé mentale à l’âge adulte. Pour de nombreux parents, l’achat d’un smartphone coïncide souvent avec l’entrée de leur enfant au collège.

Ce dispositif, offrant une plus grande indépendance, est considéré comme un moyen fiable de vérifier que l’enfant est bien rentré chez lui après les cours et de suivre ses déplacements durant la journée.

En octobre dernier, une étude réalisée par l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open) a montré que les préadolescents reçoivent généralement leur premier téléphone autour de 11 ans. Cependant, des recherches récentes parues en juillet 2025 dans le Journal of Human Development and Capabilities soulignent que cet âge est encore prématuré et peut avoir des conséquences néfastes sur leur santé mentale.

Quand un smartphone devient un poids

Des analyses antérieures avaient déjà mis en évidence un lien entre l’utilisation précoce des smartphones et l’augmentation des risques d’anxiété et de dépression chez les adolescents. La nouvelle étude approfondit cette question en se basant sur des questionnaires autodéclarés de 100 000 jeunes âgés de 18 à 24 ans, provenant de différents pays, et met en relief les impacts de cette utilisation sur la dynamique familiale, la qualité du sommeil, la gestion des émotions et l’estime de soi.

« Nos données indiquent que la possession précoce d’un smartphone, et l’accès aux réseaux sociaux qu’elle implique souvent, est liée à un profond changement dans la santé mentale et le bien-être au début de l’âge adulte, » a affirmé Tara Thiagarajan, neuroscientifique et principale auteure de l’étude, également fondatrice de Sapien Labs, une organisation à but non lucratif consacrée à l’étude de l’influence de l’environnement sur le cerveau.

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Une estime de soi altérée et des pensées suicidaires

Le questionnaire a exploré plusieurs dimensions de la santé mentale. Les résultats ont mis en évidence qu’une acquisition précoce d’un smartphone est associée à une diminution de l’estime de soi chez les jeunes, qu’ils soient filles ou garçons. Les jeunes filles ont rapporté une résilience émotionnelle et une confiance en soi moindres, tandis que les garçons se sont déclarés moins sereins, moins équilibrés et avec une capacité d’empathie diminuée.

L’étude a également mis en évidence un lien entre la possession anticipée d’un smartphone et une altération de la santé mentale. Les participants ayant obtenu leur appareil avant l’âge de 13 ans étaient plus susceptibles de ressentir de l’agressivité, un désengagement, de connaître des hallucinations et d’avoir des pensées suicidaires.

Par ailleurs, l’utilisation précoce des réseaux sociaux intensifie de 13 % le risque de tensions dans les relations familiales, de 10 % celui de subir du cyberharcèlement et de 12 % le risque de troubles du sommeil.

Pas de smartphone avant 14 ans

Les chercheurs impliqués dans cette étude estiment que ces résultats soulignent l’importance de réguler l’accès au premier smartphone, surtout lorsqu’il intervient avant l’âge de 13 ans.

« Idéalement, les enfants ne devraient pas avoir de smartphone avant l’âge de 14 ans, et quand ils en possèdent un, les parents devraient prendre le temps d’expliquer comment interagir sur Internet et les conséquences de leurs actions, » a déclaré Tara Thiagarajan dans un communiqué adressé à ABC News.

Néanmoins, la chercheuse appelle également les décideurs politiques à s’impliquer dans cette régulation de l’utilisation des smartphones : « Nous les exhortons à adopter une approche préventive, similaire à la réglementation sur l’alcool et le tabac, en limitant l’accès aux smartphones pour les moins de 13 ans, en rendant obligatoire l’éducation aux technologies numériques et en renforçant la responsabilité des entreprises. »