Pétrole russe sous pression : les dernières offensives ukrainiennes redessinent la carte énergétique européenne

L’armée ukrainienne intensifie ses attaques contre les infrastructures pétrolières russes, entraînant une diminution de la production des raffineries.

Depuis le début du mois d’août, Kiev a accru ses frappes sur les raffineries et les installations pétrolières de la Russie, avec près de trente assauts, le dernier ayant eu lieu le lundi 6 octobre. L’objectif est de réduire la capacité de Moscou à financer ses opérations militaires. À ce jour, ces frappes ont porté leurs fruits, provoquant une chute d’environ 10% dans le débit de production des raffineries russes. En septembre, la production a chuté d’environ 400 000 barils par jour par rapport au premier semestre, atteignant approximativement 4,9 millions de barils.

attaques drone ukraine petrole russe

Des effets immédiats

Cette baisse de production a entraîné une hausse des prix à la pompe : au 1er septembre, le prix de l’essence a augmenté de 6,7% par rapport à la fin de l’année 2024, d’après Rosstat, l’agence de statistiques russe, et ce, malgré une chute des prix du pétrole brut. Pour éviter une pénurie, le gouvernement a décidé de limiter les exportations de produits pétroliers jusqu’à la fin de l’année et a prolongé l’interdiction sur l’essence.

Cette situation impacte une économie déjà en difficulté, la Russie occupant la position de troisième producteur mondial et de deuxième exportateur de brut, juste derrière l’Arabie saoudite. En 2023, les produits pétroliers constituaient plus de 20% des exportations en volume de la Russie. Environ 30% du budget du pays en 2024 provenait des revenus du pétrole et du gaz, faisant de cette ressource sa première source de financement, selon l’Oxford Institute for Energy Studies.

Lire en complément: Moscou propose d’intégrer les armes nucléaires de l’OTAN dans le dialogue sur le désarmement

Et sur le long terme ?

Pour l’instant, les revenus pétroliers de la Russie sont principalement affectés par la baisse des prix mondiaux du brut, avec une offre qui devrait rester abondante dans les mois à venir. Toutefois, la situation pourrait se détériorer, car quand les infrastructures sont abimées, il faut une durée prolongée pour rétablir leur fonctionnement.

De plus, l’Ukraine améliore constamment l’efficacité de ses attaques, ce qui pourrait mener à l’arrêt total des exportations russes de carburant, suivi d’un rationnement à l’intérieur du pays. Par ailleurs, l’émissaire américain pour l’Ukraine, Keith Kellogg, a récemment évoqué la possibilité de frappes profondes de Kiev utilisant des armes américaines.

La Russie tente de réorienter une part de son pétrole destinée à ses raffineries vers l’exportation, mais elle doit faire face à des défis logistiques et à un nombre restreint de pays prêts à importer des volumes plus élevés.

L’activité militaire supplante la diplomatie

La réduction du plafond d’achat de barils et la chute significative des importations de pétrole russe au sein de l’Union européenne suggèrent que les sanctions internationales ne produisent pas les effets escomptés.

Le décalage dans l’application de certaines sanctions a donné à Vladimir Poutine le temps de mettre en place un système commercial alternatif, utilisant des navires (la fameuse flotte fantôme), des financements et des clients. Même les droits de douane imposés par Washington, qui s’ajoutent à ceux déjà en place, de 25% sur de nombreux produits indiens, n’ont pas eu l’impact voulu pour faire pression sur New Delhi, qui continue d’importer le pétrole russe.

D’un autre côté, avec le retrait des entreprises pétrolières occidentales, les investissements dans les infrastructures russes ont énormément diminué, ce qui limite sa capacité à augmenter sa production de brut dans les années à venir. Actuellement, la Russie produit environ 9,25 millions de barils par jour, avec une capacité maximale de production de 9,45 mb/j, contre près de 10 mb/j avant le début du conflit.

 
Indicateur Avant le conflit Octobre 2025
Production quotidienne ≈ 10,0 millions de barils/jour 9,25 millions de barils/jour
Capacité maximale 10,0 millions de barils/jour 9,45 millions de barils/jour
Prix du baril de Brent 85 USD 63 USD
Revenus pétroliers estimés ≈ 850 millions USD/jour ≈ 583 millions USD/jour