L’intelligence en déclin ? Ce que révèlent les dernières études
Le débat autour de la supposée diminution de l’intelligence suscite de vives inquiétudes concernant l’éducation et l’avenir des jeunes.
Sommes-nous plus bêtes que nos parents ?
Depuis quelques années, la notion de déclin de l’intelligence est devenue un sujet de discussion fréquent. Le documentaire intitulé « Demain, tous crétins ? », diffusé sur Arte en 2017, a alimenté cette controverse en France. Les médias, pour leur part, ont rapidement relayé cette thématique avec des titres alarmants tels que « Et si l’humanité était en train de basculer dans l’imbécillité ? » ou « Le QI des Français en chute libre ».

Face à cette inquiétude, des responsables ont été désignés. Selon leur perspective politique, certains commentateurs ont mis en cause divers facteurs tels que les pesticides, les perturbateurs endocriniens, le désintérêt pour la lecture, les réformes orthographiques, l’intégration européenne, sans oublier l’impact des écrans.
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Une élévation de l’intelligence
Avant de se pencher sur les raisons d’un éventuel déclin de l’intelligence, il convient de s’assurer qu’une telle tendance existe réellement. Cette idée de baisse de l’intelligence est plutôt étonnante, car en réalité, le niveau moyen d’intelligence a généralement augmenté au cours du XXe siècle. Des centaines d’études, impliquant des millions de participants dans plus de 70 pays, démontrent qu’en moyenne, chaque génération présente de meilleurs résultats que la précédente lors des tests d’intelligence. Si l’on parle de quotient intellectuel (QI, qui est le score moyen résultant d’une série de tests d’intelligence, fixé à 100, avec la plupart des individus se situant entre 85 et 115), le QI moyen a crû d’environ 3 points tous les dix ans depuis le début du XXe siècle.
Cette progression du QI moyen d’une génération à l’autre est connue sous le nom d’effet Flynn. Identifié dès les années 1930, cet effet est généralement attribué à d’importantes avancées réalisées au cours du XXe siècle, telles que la diminution de la malnutrition et des maladies infantiles, ainsi que l’essor de l’éducation. Actuellement, bien que cet effet ralentisse dans les pays développés, il se poursuit à vive allure dans les pays en développement, où les scores d’intelligence augmentent deux fois plus rapidement que dans le monde occidental.
Il n’est donc pas surprenant que l’effet Flynn ralentisse ou soit interrompu, étant donné que la qualité de notre système éducatif et de santé ne progresse plus aussi rapidement. Cependant, parler d’un déclin de l’intelligence ? Quelques études révèlent effectivement de légères baisses, mais celles-ci n’ont rien à voir avec les gains observés durant le XXe siècle.
Une recherche plus idéologique que scientifique
D’où provient alors l’idée que l’intelligence est en train de s’effondrer en France ? La littérature ne contient qu’une unique étude d’Edward Dutton et Richard Lynn sur un échantillon de 79 individus. C’est un échantillon très restreint pour susciter une panique morale : 79 personnes ne sont pas représentatives de la population française dans son ensemble. Lors de l’élaboration d’un test d’intelligence, on le teste généralement sur un échantillon d’au moins 1000 personnes pour obtenir une estimation fiable (comme pour l’échelle d’intelligence pour adultes de Wechsler, la WAIS, la plus couramment utilisée en France).
Cependant, le problème majeur de cette étude réside dans sa méthodologie et ses conclusions. Ce groupe de 79 personnes a passé deux tests d’intelligence en 2009 : un test ancien (la WAIS-III, étalonné en 1999) et un test plus récent (la WAIS-IV, étalonné en 2009). En comparant les résultats de ces 79 individus à la moyenne des échantillons de référence pour chaque test, Dutton et Lynn constatent que le score de ce groupe est légèrement inférieur à la moyenne sur l’ancien test, mais légèrement supérieur sur le nouveau. Ils en concluent donc qu’il était plus difficile d’obtenir un bon score sur le test de 1999, impliquant que l’intelligence moyenne aurait diminué entre 1999 et 2009.
En théorie, le constat de Dutton et Lynn est valide : il est vrai que nous avons tendance à obtenir de moins bons résultats sur les anciens tests d’intelligence. Toutefois, il existe d’autres raisons que le déclin de l’intelligence pour expliquer pourquoi les résultats étaient moins bons en 2009 sur un test datant de 1999.
Pour bien saisir cette problématique, il faut analyser le contenu du test. Un test d’intelligence de type WAIS comprend diverses épreuves qui mesurent différents aspects : le raisonnement logique abstrait, mais aussi des connaissances, la mémoire ou encore la rapidité de traitement de l’information.
Dans l’étude de Dutton et Lynn, les scores sont en fait restés stables dans le temps pour le raisonnement logique abstrait, la mémoire et la vitesse de traitement, ce qui signifie qu’ils n’ont pas décliné : les seuls scores en baisse en 2009 par rapport à 1999 sont ceux liés aux connaissances. Une tendance similaire a été observée dans d’autres pays comme la Norvège, où le raisonnement logique abstrait est constant, tandis que les scores de connaissance diminuent pour les anciens tests.
Tests non actualisés
Il apparaît donc que l’intelligence générale ne diminue ni en France ni dans le monde occidental. Peut-on néanmoins affirmer que les connaissances déclinent : la culture s’efface, les jeunes n’apprennent plus ? Pas vraiment : si les individus obtiennent de moins bons résultats sur les anciennes versions des tests d’intelligence, c’est simplement parce que les questions deviennent désuètes avec le temps. La WAIS-III demandait aux Français de convertir des prix en francs, de comparer les caractéristiques des douaniers et des instituteurs, ou de citer des auteurs célèbres du XXe siècle.
Avec le temps, ces questions sont devenues plus complexes, les scores ont donc baissé, mais cela ne signifie pas pour autant que l’intelligence ait diminué.
Un agenda politique clairement identifiable
Confondre une baisse de l’intelligence avec l’obsolescence des questions d’un test constitue une erreur significative. Comment Dutton et Lynn ont-ils pu commettre une telle méprise ? Cette confusion n’est pas innocente, car ces deux auteurs ne sont pas totalement impartiaux. Edward Dutton est théologien, tandis que Richard Lynn défend l’idée de disparités génétiques en matière d’intelligence selon le sexe et l’origine ethnique ; tous deux ont été rédacteurs en chef d’une revue réputée pour ses positions suprémacistes blanches (Mankind Quarterly) et leurs travaux alimentent des mouvements d’extrême droite.
Aujourd’hui, il est avéré qu’il n’y a pas réellement de déclin de l’intelligence en France, même si l’effet Flynn a bel et bien connu un ralentissement. La discussion sur le déclin de l’intelligence dans le monde occidental ne relève pas du domaine scientifique, mais plutôt de la sphère politique, constituant un argument utilisé par les déclinistes pour susciter la peur, désigner des coupables et promouvoir des réformes hostiles.