Étiquetage des médias : l’Élysée en guerre contre CNews
La tension entre l’Élysée et les médias du groupe Bolloré s’intensifie à la suite des critiques formulées par ces derniers.
Affrontement entre l’Élysée et le groupe Bolloré
Les médias Bolloré continuent d’ignorer la situation. Les deux parties s’accusent mutuellement de falsification. Dans un contexte médiatique sans régulation, l’espace public ressemble davantage à une jungle, où la loi du plus fort prédomine. Un conseiller de l’exécutif a commenté hier : « Ça y est, nous avons franchi le seuil de la post-vérité ! »
Dans ce climat chaotique, comment les citoyens peuvent-ils se comporter ? Leur confiance en l’information diminue encore. Si chacun prétend que l’autre ment, si l’incertitude règne quant aux sources fiables, et si la vérification devient suspecte, alors les désinformateurs peuvent se réjouir.
La rivalité est désormais bien installée entre l’Élysée et les médias de Bolloré. Cette dynamique a commencé il y a deux semaines, lorsque le président de la République a exprimé son soutien à l’établissement d’un label professionnel pour les réseaux sociaux et les sites d’information, censé assurer leur fiabilité et lutter contre la désinformation générée par ceux qui « font de l’argent avec de la pub personnalisée ». Cette proposition n’est pas nouvelle ; elle avait déjà été mentionnée lors des « États généraux de l’information » l’année précédente, sous l’initiative du président. Récemment, le projet a pris forme, et son application pourrait être confiée, d’après Le JDD, à l’Arcom, l’autorité de régulation de l’audiovisuel, ainsi qu’à Reporters sans frontières, une ONG en conflit avec CNews, qu’elle accuse fréquemment de partialité et de manque de diversité dans ses contenus.

Avec une note moqueuse, le présentateur de l’émission L’heure des pros a même « proposé un nom pour ce nouveau service de communication : la Pravda ». Quelques jours plus tôt, sur la même chaîne, Philippe de Villiers, ancien ministre et créateur du Puy du Fou, avait averti d’un « danger totalitaire », qu’il estime, « jamais aussi présent, aussi probable, depuis la peste brune et la peste rouge qu’avec la macronie finissante ». De son côté, Le Journal du dimanche affichait à sa Une du 30 novembre : « Vers un contrôle de l’information. » Ces commentaires défavorables ont fini par attiser la colère de la présidence.

En début de soirée, l’Élysée a réagi en diffusant une vidéo sur ses réseaux sociaux, dans laquelle toutes les déclarations précédentes sont citées et qualifiées de « fausses informations ». Cela vise à les ridiculiser. La vidéo inclut également les critiques de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, de Bruno Retailleau, son homologue des Républicains, et de David Lisnard, maire de Cannes et président de l’AMF, qui établissent un parallèle avec le « ministère de la Vérité » du roman 1984 de George Orwell.
Pravda ?
Ministère de la vérité ?
Quand parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation… pic.twitter.com/PspZup1aXF
— Élysée (@Elysee) December 1, 2025
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Réactions négatives
Visée par la droite et les nationalistes, la présidence souhaite clarifier sa position. « Quand parler de lutte contre la désinformation suscite de la désinformation… », peut-on lire dans la publication X de l’Élysée. L’occasion de republier les propos d’Emmanuel Macron à ce sujet. « Ce n’est pas l’État qui doit vérifier. Si c’est l’État qui doit vérifier, là ça devient une dictature. Mais il faut faire que les journalistes garantissent à leurs lecteurs que, eux ont vérifié (une information, NDLR) avec une déontologie, dont ils sont les garants entre eux », affirmait le chef de l’État, plaidant pour une « labellisation » orchestrée par des « professionnels » pour combattre les informations trompeuses et diverses manipulations.
Bien que la réponse proactive de l’Élysée ne soit pas surprenante – plusieurs déclarations jugées inexactes ayant déjà été démenties de cette manière ces derniers mois – elle a néanmoins suscité une forte vague de rejet parmi certains acteurs politiques. Juste après la publication de la vidéo, Jordan Bardella a réagi : « Que le compte officiel de l’Élysée s’attaque à un média privé en dit long sur la dérive de la présidence macroniste, et sur le détournement des institutions », a-t-il accusé. Par ailleurs, l’eurodéputée de Reconquête, Sarah Knafo, a tourné en dérision Emmanuel Macron en le comparant à un « découvrant Staline : “Les idées sont plus dangereuses que les fusils. Nous ne laissons pas nos opposants avoir des fusils. Au nom de quoi devrions-nous les laisser avoir des idées ?”».
Du côté des Républicains, Bruno Retailleau a adopté un ton sarcastique : « Rassurez-moi : ce tweet de l’Élysée a bien été labellisé ? ». Éric Ciotti, ancien président de LR et actuel chef de l’UDR, a dénoncé une « dérive illibérale », assimilée à « des pratiques de régimes autoritaires étrangers à la liberté française. » Dans une lettre adressée ce lundi soir à Emmanuel Macron, le candidat à la mairie de Nice lui demande « solennellement » de « renoncer » à ce projet. Enfin, David Lisnard considère que « les arguments produits pour dénoncer le risque d’un tel “label du bon média” proposé par Emmanuel Macron, méritent mieux que cette communication stigmatisante et populiste de l’Élysée », avant d’ajouter : « À moins que le but ne soit que de remettre une pièce dans la machine et de tenter d’exister pour masquer cette fin crépusculaire de mandat ».