Joël Guerriau, ex-sénateur condamné à 4 ans de prison dont 18 mois ferme
Le tribunal a établi l’intention criminelle de l’élu, condamnant celui-ci pour avoir tenté d’agresser sexuellement sa collègue, avec une inéligibilité de cinq ans et une obligation de soins.
Condamnation forte
Mardi soir, la justice française s’est prononcée sur une affaire marquante concernant les violences faites aux femmes par le biais de la soumission chimique. Le tribunal correctionnel de Paris a infligé une peine de quatre ans de prison, dont 18 mois de prison ferme, à l’ex-sénateur Joël Guerriau, reconnu coupable d’avoir drogué la députée Sandrine Josso en 2023 dans le but de la violer.
Après plus de quatre heures de délibérations, le tribunal a conclu que l’ancien élu centriste, qui tentait de se défendre en parlant d’accident, avait délibérément administré de la MDMA à celle qui était alors son amie, lors d’un dîner en tête-à-tête au cours de la soirée du 14 novembre 2023 dans son appartement parisien.
L’avocat de Joël Guerriau a indiqué son intention de faire appel
Durant deux jours, l’ancien sénateur a tenté de persuader le tribunal qu’il avait, à cette occasion, servi à son “amie” une flûte de champagne dans laquelle se trouvait, par “inadvertance“, de la MDMA. Les avocats de la défense ont longuement insisté sur l’absence de comportements ou de propos à connotation sexuelle de leur client envers son invitée, argumentant ainsi qu’il n’avait pas de dessein criminel. L’avocat de Sandrine Josso, Arnaud Godefroy, a de son côté soutenu que “Ce n’est pas un acte de séduction, la soumission chimique, c’est un acte d’agression“.
Le président, le procureur et la partie civile ont également fait remarquer les incohérences dans le récit de l’ancien sénateur. D’où provenait la MDMA utilisée pour droguer Sandrine Josso ? Selon lui, elle lui avait été fournie par un autre sénateur plusieurs mois auparavant, tout en refusant de donner un nom. Il a toujours soutenu qu’il ne savait pas de quoi il s’agissait, bien qu’il ait avoué que l’idée d’une drogue lui avait “traversé l’esprit“. Comment se fait-il qu’elle se soit retrouvée dans le verre de Sandrine Josso ? Il a déclaré qu’elle avait été versée pour sa propre consommation la veille, avant que le verre ne soit rangé et plus tard servi sans qu’il réalise qu’il était encore empli.

Pourquoi avait-il mené des recherches sur l’ecstasy (un dérivé de la MDMA) et le GHB un mois avant les événements ? Le prévenu a rétorqué : “Je n’ai aucun souvenir de ces recherches, c’était très rapide“, tout en plaidant la nécessité professionnelle d’être informé sur l’actualité et son désir d’en apprendre davantage sur la “drogue du violeur” après l’agression d’une amie de sa fille.
Le procureur et la partie civile ont aussi critiqué des remarques “indélicates” de Joël Guerriau envers Sandrine Josso durant l’audience. Il a en effet reconnu le combat législatif de la députée contre la soumission chimique, qu’elle mène depuis l’incident dont elle l’accuse, tout en insinuant que certains considéraient cela comme un choix délibéré pour propulser sa carrière politique.
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Excuses et défense
Cependant, l’ancien sénateur Horizons s’est longuement excusé auprès de Sandrine Josso lundi soir. “J’ai reconnu ma faute, j’étais stupide, j’étais ridicule“, a-t-il déclaré, admettant qu’il avait fait preuve de légèreté en gardant de la MDMA avec lui pendant des mois sans être conscient de ses effets. “Je voudrais qu’elle sache que je n’avais pas de mauvaise intention à son égard“, a-t-il réitéré, alors que les deux parties ont évoqué leur amitié de près de dix ans avant les faits. Sandrine Josso, en revanche, a exprimé son scepticisme concernant l’erreur de manipulation défendue par le prévenu et a détaillé le traumatisme psychologique ainsi que les problèmes de santé qu’elle endure depuis cette soirée.
La députée, qui a partagé son hypervigilance face aux bruits, a également fait état de troubles du sommeil, de douleurs dorsales et a expliqué avoir dû subir l’extraction de quatre dents endommagées à cause de ses tensions. À la sortie de l’audience, accompagnée de sa fille, elle a exprimé un “immense soulagement” pour elle-même et pour la cause qu’elle défend.