Lentille canadienne : moins chère que la française, mais à quel prix pour la santé ?
La lentille canadienne, cultivée avec des pesticides prohibés en Europe, envahit nos assiettes, mettant en péril une production française en pleine croissance.
Près de 80 tonnes de lentilles sont actuellement disponibles à Laure-Minervois, dans l’Aude. Dans les dépôts de la coopérative Graines équitables, environ la moitié de la dernière récolte reste invendue par les agriculteurs.
Alors que divers secteurs agricoles craignent un accroissement des importations en raison de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, les producteurs de lentilles doivent déjà faire face à une forte concurrence en provenance du Canada. Bien que la situation ne soit pas uniforme, Terres Univia, l’interprofession des huiles et des protéines végétales, souligne qu’environ 50 % des lentilles consommées en France proviennent de l’étranger. En 2024, 25 000 tonnes ont été importées sans droits de douane, principalement du Canada. Dans nos supermarchés et sur nos tables, la lentille française doit donc rivaliser avec un produit cultivé selon des normes environnementales moins strictes.
Des cultures traitées avec des pesticides
Les disparités entre les deux types de production sont significatives. Au Canada, juste avant la récolte, les plants de lentilles sont traités avec des pesticides pour favoriser leur dessiccation, une pratique interdite en France. Le glyphosate est le principal produit employé. Cette approche contribue à une agriculture intensive et permet de réduire les coûts, simplifiant ainsi la récolte sur les vastes terres des exploitations canadiennes.
Les agriculteurs canadiens bénéficient également de l’utilisation d’herbicides prohibés en Europe, tels que le Sencoral, jugé nuisible pour l’environnement et la santé reproductive. Ces produits facilitent la lutte contre les herbes indésirables qui menacent la culture des lentilles.
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Des niveaux de pesticides dépassés
Face à la concurrence canadienne, la lentille française se trouve en position désavantageuse. Ce constat est d’autant plus déplorable que la filière française a des avantages écologiques considérables. Dans les champs, la lentille contribue à la fixation de l’azote du sol, ce qui diminue la nécessité d’engrais chimiques. Dans notre alimentation, elle constitue une source importante de protéines végétales, essentielles pour diminuer la consommation de viande et, par conséquent, l’empreinte carbone de notre régime alimentaire.
Ces divergences de normes soulèvent également des préoccupations sanitaires. L’émission Sur le front diffusée sur France 2 a révélé en novembre la présence de résidus dans certaines lentilles, avec des analyses à l’appui. Peu après la diffusion, la marque Videlys, mentionnée dans le reportage, a dû rappeler un lot de lentilles Beluga du Canada en raison de résidus de pesticides dépassant les limites autorisées.
L’émission a également identifié des résidus de glyphosate dans des échantillons des marques Vivien Paille (1,8 mg/kg) et Carrefour (3,2 mg/kg). Bien que ces niveaux soient inférieurs au seuil autorisé de 10 mg/kg, il est important de noter que ce plafond a été considérablement augmenté depuis 2011, où il était de 0,1 mg/kg. Ce relèvement de la limite maximale a été demandé par Monsanto Europe, selon les explications de Sophie Devienne, professeure à AgroParisTech dans un rapport de l’institut Veblen, afin de favoriser les importations nord-américaines. Elle souligne un paradoxe : la limite européenne est aujourd’hui plus du double de celle en vigueur au Canada (4 mg/kg) !
D’après des données officielles obtenues par Radio-Canada fin novembre, sur près de 200 échantillons analysés, 14 dépassaient la limite canadienne en glyphosate, sans forcément franchir la norme européenne.
Cependant, la situation canadienne ne représente pas l’unique cause des défis rencontrés. La lentille est une culture délicate, vulnérable aux variations climatiques. Plusieurs années de rendements faibles ont eu lieu, notamment en 2021 et 2022.
Les fluctuations de production sont également dues à un ennemi discret : la bruche de la lentille. Ce coléoptère, qui ne menace pas la lentille canadienne, peut entraîner des pertes de 5 à 10 % des récoltes.
Pourtant, atteindre une autosuffisance à hauteur de 50 % pour une consommation en forte augmentation est considéré comme un succès. Effectivement, entre 2015 et 2020, les surfaces cultivées en lentilles en France ont doublé, bien qu’une stagnation ait été observée depuis. « Notre défi est de devenir autosuffisant d’ici 8 à 10 ans, en augmentant encore les surfaces et en améliorant la performance. »
Vérifier l’origine
Pour les consommateurs, comment favoriser la lentille française, plus respectueuse de l’environnement que sa congénère canadienne ? Ce n’est pas toujours facile lors des courses. Les lentilles importées peuvent se dissimuler sous différentes marques bio et dans les rayons en vrac. Sur les paquets de lentilles sèches, l’origine est généralement mentionnée, mais elle est souvent absente sur les conserves et les plats préparés.
Pour déterminer la provenance, il faut jouer aux enquêteurs. L’origine française étant un argument attrayant, l’absence totale d’indication sur l’emballage est souvent révélatrice de produits d’importation ou de provenances variées selon les lots.
En ce qui concerne les produits bio, un repère est disponible : la mention associée au logo bio européen en forme de feuille (« agriculture France », « agriculture UE » ou « agriculture non UE »).
Enfin, en matière de variétés, les amateurs de lentilles corail pourraient être déçus : la production française est rare. La France privilégie essentiellement la lentille verte, notamment celle du Puy et du Berry, qui sont reconnues par des labels officiels de qualité (AOP, IGP, Label rouge).