Deux jours d’audition au procès du RN : la stratégie de Marine Le Pen mise à mal
La députée d’extrême droite a rencontré des obstacles lors de son interrogatoire par la cour d’appel de Paris au sujet de présomptions de détournement de fonds publics, en se dégageant de toute responsabilité en accusant ses coaccusés et le Parlement européen.
Lors de sa dernière journée d’audition, le mercredi 21 janvier, l’ancienne dirigeante du parti a prudemment déclaré qu’elle « voulait bien entendre » la possibilité d’un acte illégal, reconnaissant que certains assistants parlementaires européens avaient pu travailler « de façon résiduelle » pour son parti.
La gestuelle de Marine Le Pen en disait long. À partir de son audition, qui a commencé mardi midi, elle a placé ses mains de manière détendue sur un pupitre blanc avant de les saisir fermement pour renforcer son affirmation répétée : « Jamais de la vie je ne demanderais à un député de prendre des assistants pour travailler pour le Front national. »
Un flot de questions continu
La juge, à la fois précise et méthodique, enchaîne ses questions rapidement. Elle souligne que le contrat d’assistant parlementaire accrédité (APA) signé par Catherine Griset stipulait sa présence et son activité à Bruxelles. Pourtant, celle-ci y allait peu. Dans ce contexte, la présidente interroge : comment pouvez-vous affirmer qu’elle a bien exercé son rôle parlementaire ? Son absence récurrente à Bruxelles ne constitue-t-elle pas une problématique ?
Marine Le Pen soutient que l’implication de sa collaboratrice pour le FN (désormais RN) était minime. Malgré cela, elle admet qu’il aurait été plus judicieux d’établir un contrat à temps partiel pour mieux séparer les deux rôles de Catherine Griset.
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Documents surprises
À maintes reprises, Marine Le Pen a tenté de transférer la responsabilité au Parlement européen, soutenant que celui-ci aurait dû faire remonter les anomalies. “Je n’arrive pas à comprendre pour quelles raisons vous ne connaissez pas suffisamment les textes et faites reposer la responsabilité sur le Parlement européen“, s’étonne la présidente de la cour d’appel, ajoutant d’un air désapprobateur : “Vous êtes avocate, tout de même…”
L’un des arguments principaux des accusés est qu’ils affirment que les assistants travaillaient en « pool » ou en « mutualisation », ce qui expliquerait l’absence de certaines personnes auprès de leur député. Marine Le Pen a justifié plusieurs de ces situations.
Elle cite, par exemple, Micheline Bruna, la secrétaire particulière de Jean-Marie Le Pen, qui, selon elle, travaillait pour l’ensemble des membres. De même, pour son garde du corps Thierry Légier, qui était affecté à plusieurs parlementaires, bien que l’ex-eurodéputé Fernand Le Rachinel ait reconnu la semaine dernière qu’il ne protégeait le groupe que lorsqu’il s’agissait de Jean-Marie Le Pen.
Détournement de fonds publics
L’un des reproches les plus sérieux pesant sur Marine Le Pen concerne sa participation au détournement de fonds publics par le FN de 2004 à 2016 en tant que personne morale. Elle évite de critiquer la gestion du parti par son père entre 2004 et 2011, même si elle en est responsable. L’ancien leader d’extrême droite ne se préoccupait guère des subtilités juridiques, au Parlement européen, il prônait une « débrouille », avait déclaré Jean-Marie Le Pen au cours de l’enquête, avant de décéder le 7 janvier 2025.
De son côté, sa fille a constamment insisté sur l’importance d’évaluer au cas par cas chaque assistant parlementaire, affirmant que chaque situation était unique. Cela lui permet de montrer qu’elle n’a pas hérité d’un système de manipulation des enveloppes financières destinées aux assistants pour rémunérer des permanents du parti, comme cela avait pu exister sous la direction de son père.