1,22 milliard de dollars : l’allemand RWE renonce à l’éolien en mer américain

L’énergéticien allemand RWE a obtenu 1,22 milliard de dollars de l’administration américaine pour abandonner ses trois concessions éoliennes en mer aux Etats-Unis. L’argent sera réinvesti dans le gaz naturel liquéfié et des centrales thermiques.

Un accord à 1,22 milliard de dollars avec Washington

L’énergéticien allemand RWE a annoncé le 6 août avoir conclu un accord avec le Département américain de l’Intérieur (DoI) pour abandonner ses concessions éoliennes en mer aux Etats-Unis. Selon le communiqué officiel de RWE, cet accord met fin aux poursuites judiciaires engagées par sa filiale RWE US Offshore et prévoit le versement de 1,22 milliard de dollars d’indemnités (environ 1,05 milliard d’euros) par les autorités américaines.

En contrepartie, le groupe allemand renonce à développer ses projets en baie de New York, en Californie et au large de la Louisiane, pour une capacité potentielle totale d’environ 7 gigawatts, un volume que RWE présente comme suffisant pour alimenter plus de 5 millions de foyers américains. Le groupe rappelle avoir investi plus d’un milliard de dollars dans l’acquisition de ces baux et le développement des projets associés, une somme qui représentait, selon ses propres termes, « des années de planification, d’investissement et de partenariat avec les agences fédérales » (propos traduits).

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Le pivot de RWE vers le gaz naturel

Dans son communiqué, RWE justifie ce retrait par l’absence de perspective réglementaire aux Etats-Unis : « après mûre réflexion, il a été déterminé qu’il n’existait aucune voie permettant d’obtenir les autorisations de ces projets aux Etats-Unis dans un avenir prévisible » (propos traduits). Les capitaux dégagés par l’accord seront réalloués à d’autres projets américains : environ 900 millions de dollars financeront une participation indirecte de 16 % dans le terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié Louisiana LNG, et 300 millions de dollars serviront à réserver des turbines à gaz destinées à un portefeuille de 15 centrales de pointe réparties sur le territoire américain.

Plus largement, RWE Americas a annoncé son intention d’investir environ 17 milliards d’euros aux Etats-Unis au cours des six prochaines années, pour faire passer sa capacité de production installée d’environ 13 gigawatts aujourd’hui, répartis sur 27 Etats, à 22 gigawatts d’ici 2031. Le groupe précise avoir déjà mis en service 2 gigawatts de nouvelles capacités de production aux Etats-Unis au cours de la seule année 2025, un rythme qu’il entend accentuer, mais désormais sur des filières jugées plus sûres réglementairement que l’éolien en mer.

Une vague de retraits qui contraste avec l’élan européen

RWE n’est pas le premier grand énergéticien européen à solder ses ambitions éoliennes offshore américaines. Selon Mer et Marine, le groupe allemand emboîte le pas à TotalEnergies, premier acteur à avoir signé ce type d’accord avec Washington, avant que OceanWinds, Invenergy et Duke Energy ne renoncent à leur tour à leurs concessions. Ces désengagements en cascade font suite à l’arrivée à la Maison Blanche, en 2025, de Donald Trump, dont l’hostilité déclarée à l’éolien en mer a perturbé la construction des premiers parcs offshore du pays et rendu incertaine l’obtention des autorisations fédérales nécessaires.

éoliennes offshore

Le contraste est net avec la dynamique observée en France et plus largement en Europe, où le secteur continue au contraire de se structurer : le pays a franchi cette année le cap des 5 gigawatts de capacité installée en mer, et le cahier des charges du dixième appel d’offres éolien en mer (AO10) a été publié en juin, pour une attribution espérée début 2027, dans l’objectif d’atteindre 15 GW de puissance installée à horizon 2035. RWE lui-même l’assure dans son communiqué : le groupe reste engagé sur l’éolien en mer à l’échelle mondiale, avec 18 parcs en exploitation, quatre en construction et 6,9 GW de capacité récemment sécurisés lors de la dernière enchère britannique, preuve que le retrait américain relève d’un choix de marché plutôt que d’un abandon de la filière.

Pour les prochains mois, l’attention se déplacera vers la capacité des promoteurs européens, RWE compris, à concrétiser leurs projets sur leur marché domestique et au Royaume-Uni, pendant que l’offshore américain entre dans une phase d’incertitude prolongée sous l’administration Trump, dont le mandat court jusqu’en 2029.

Sources