138 millions d’euros : Rheinmetall rachète le chantier naval roumain de Mangalia
L'industriel allemand Rheinmetall rachète le chantier en faillite de Mangalia pour 138 M€, avec un contrat de 920 M€ pour quatre navires de la marine roumaine.
Le chantier naval roumain de Mangalia, en faillite depuis avril, a trouvé un repreneur. L’industriel allemand de défense Rheinmetall l’a racheté pour 138 millions d’euros, avec en ligne de mire un contrat de 920 millions d’euros pour la construction de quatre navires destinés à la marine roumaine.
Un des plus grands chantiers d’Europe, tombé en faillite
Le chantier de Mangalia, sur la mer Noire, est né en 2018 d’une coentreprise entre le groupe néerlandais Damen, actionnaire à 49 %, et l’État roumain, actionnaire majoritaire à 51 %. En 2023, un changement des règles roumaines de gestion des entreprises à participation publique a conduit Damen à estimer que son contrat avait été rompu. L’année suivante, le groupe néerlandais a demandé l’ouverture d’une procédure d’insolvabilité, invoquant le poids de prêts importants contractés par le chantier.
La faillite a été prononcée le 28 avril 2026, après le rejet par les créanciers d’un plan de réorganisation, le liquidateur judiciaire a évalué les actifs du site à 84 millions d’euros, pour des dettes contestées atteignant 190 millions d’euros. Les administrateurs ont alors validé la vente des actifs fin mai, avant de devoir organiser plusieurs enchères infructueuses. Les trois premiers tours n’ont attiré aucun acheteur, à l’exception d’une offre jugée dérisoire de 10 millions d’euros que le ministre roumain de l’Économie de l’époque, Radu Miruță, dit avoir refusée. Le site employait entre 2 000 et 2 500 personnes à son apogée, il y a une dizaine d’années ; plus de 1 000 salariés ont depuis été licenciés, avec versement d’indemnités compensatoires.
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Rheinmetall, 138 millions d’euros et un prix cassé
La vente a finalement été conclue le 9 octobre, pour 138 millions d’euros hors taxes, au profit de Rheinmetall Real Estate Romania SRL, filiale immobilière du groupe allemand. Ce montant représente 75 % du prix de marché initial, fixé à 184 millions d’euros, après plusieurs baisses successives décidées lors des enchères précédentes.

Pour Rheinmetall, plus connu comme fabricant d’armements terrestres, cette acquisition s’inscrit dans une diversification déjà engagée vers la construction navale : le groupe avait finalisé en mars 2026 le rachat du chantier allemand Naval Vessels Lürssen (NVL). Rheinmetall avait confirmé dès mai 2026 étudier la reprise de Mangalia, un projet qu’il envisage de partager avec l’armateur suisse-italien MSC (Mediterranean Shipping Company), déjà intéressé par une remise en activité du site, d’abord pour la maintenance puis, à terme, pour la construction de navires de commerce.
Un contrat de défense de 920 millions d’euros en toile de fond
La rentabilité du pari industriel de Rheinmetall tient beaucoup à un autre dossier : le groupe allemand s’est vu attribuer en mai 2026 un contrat estimé à environ 920 millions d’euros dans le cadre du programme européen de défense SAFE, portant sur la construction de quatre navires pour la marine roumaine, deux patrouilleurs hauturiers (OPV) et deux navires de soutien. Selon le ministre roumain de la Défense Radu Miruță, l’inclusion de Mangalia dans ce programme européen a été déterminante pour attirer l’investisseur. Les quatre navires doivent être construits sur le site d’ici 2030.
Radu Miruță présente la vente comme un chantier « officiellement sauvé » (propos traduits). Il rappelle avoir écarté une offre jugée dérisoire au début de la procédure : « Pas pour 10 millions d’euros, comme l’investisseur l’avait proposé initialement. J’ai refusé » (propos traduits), avant d’ajouter avoir choisi de « croire en la valeur de ce chantier d’importance stratégique pour la Roumanie » (propos traduits). Il évoque aussi les promesses faites aux salariés dès septembre 2025, lors d’une manifestation devant le ministère de l’Économie : « Je leur ai dit, à cœur ouvert, de faire confiance : nous sauverons le chantier » (propos traduits), sans toutefois annoncer de calendrier d’embauche ni de nombre de postes précis pour la suite.
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Prix de vente du chantier | 138 M€ (75 % du prix initial de 184 M€) |
| Valeur de liquidation estimée des actifs | 84 M€ |
| Dettes contestées | 190 M€ |
| Offre initiale refusée | 10 M€ |
| Contrat SAFE pour la marine roumaine | environ 920 M€ (4 navires, livraison visée d’ici 2030) |
| Effectifs à l’apogée du site | 2 000 à 2 500 salariés |
| Salariés licenciés depuis la faillite | plus de 1 000 |
Le chantier a connu des années bien plus fastes : en 2017 encore, Mangalia affichait un chiffre d’affaires de 988 millions de lei (environ 200 millions d’euros) et un bénéfice net de 158 millions de lei, pour un effectif proche de 2 000 salariés. Selon les calculs du quotidien économique roumain Ziarul Financiar, l’ensemble des contrats déjà conclus entre l’État roumain et le groupe Rheinmetall, au-delà du seul rachat du chantier, représenterait désormais une valeur cumulée d’environ 5,6 milliards d’euros, illustrant l’ampleur du pari industriel et militaire que la Roumanie fait sur l’industriel allemand.
La transaction ouvre une nouvelle page pour l’un des plus grands chantiers navals d’Europe, mais plusieurs inconnues demeurent. Le partage effectif du site avec MSC n’est pas encore acté, et aucun calendrier précis de reprise des embauches n’a été communiqué par Rheinmetall ou par le gouvernement roumain. La livraison des quatre navires militaires financés par le programme SAFE, elle, est attendue d’ici 2030, un horizon qui donnera une première mesure de la capacité du groupe allemand à relancer une activité industrielle mise à l’arrêt pendant plusieurs mois. Pour Bucarest, l’enjeu dépasse la seule question de l’emploi local : le gouvernement veut faire de Mangalia un pôle naval stratégique sur le flanc oriental de l’Europe, face à une mer Noire où la tension maritime ne faiblit pas.
Sources
- Maritime Executive, « Germany’s Rheinmetall Acquires Romania’s Mangalia Shipyard » : chronologie de la faillite, montant de la vente, rôle de MSC.
- Spotmedia.ro, « Mangalia shipyard sold for €138 million » : calendrier détaillé, citations du ministre Radu Miruță, données sur l’emploi.