90 marins captifs en Somalie : le cargo Lutuf aurait transporté des armes turques
Détourné le 17 août au large du Puntland, le cargo Lutuf transportait une cargaison d’armes et de matériel militaire turcs, selon une source somalienne citée par l’agence Associated Press.
Un cargo intercepté à quatre milles de la côte
Le Lutuf est un petit cargo construit en 1995, long de 75 mètres, affichant un port en lourd de 1 401 tonnes. Il bat pavillon camerounais et appartient à l’armateur turc Polar Movement Shipping. Le 17 août, huit hommes armés arrivés à bord de deux embarcations légères l’ont abordé alors qu’il ne se trouvait qu’à quatre milles de la côte, près de la localité de Mareeyo, sur la façade est de la Somalie. Le navire s’en était rapproché en raison des conditions météorologiques.
Dix personnes se trouvaient à bord au moment de l’attaque : six marins indiens, un marin turc, un marin géorgien et deux gardes de sécurité serbes. Les pirates ont conduit le navire et son équipage vers Garmaal, dans le district de Dagoroyo, au Puntland, avant de le déplacer vers Jiifle.
Une cargaison d’armes qui n’est pas officiellement confirmée
Selon un responsable somalien cité sous anonymat par l’agence Associated Press, le Lutuf, parti du port turc de Tekirdağ, transportait des armes destinées à un centre d’entraînement militaire turc à Mogadiscio, ainsi que du matériel de communication et des équipements satellitaires. La Turquie, alliée du président somalien Hassan Cheikh Mohamoud, dispose en effet dans la capitale somalienne de la base militaire de Turksom. Le système de suivi AIS du navire indiquait pourtant une route vers Dar es Salaam, en Tanzanie. Aucune source officielle turque ou somalienne n’a, à ce stade, confirmé la nature exacte de la cargaison ni sa destination réelle.
La situation s’est encore tendue à partir du 18 août, avec le signalement de frappes non revendiquées dans la zone où se trouvent les navires détournés. Le ministère de la Sécurité du Puntland a fait état, le vendredi 21 août, de frappes menées les 18 et 20 août « contre des civils et leurs biens » par des « navires internationaux », réclamant des « explications immédiates ». D’autres sources sécuritaires et médiatiques ont rapporté une nouvelle frappe le dimanche 23 août, visant une embarcation près de Jiifle et ayant fait plusieurs morts. Deux bâtiments turcs seraient déployés dans le secteur, surveillé par hélicoptères et drones, mais aucune frappe n’a été officiellement revendiquée à ce jour. Des sociétés de sécurité privée pointent la responsabilité de la Turquie, sans que les autorités du Puntland ne désignent directement Ankara.
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Six navires aux mains des pirates, l’OMI hausse le ton
Le Lutuf n’est pas un cas isolé. Le tanker Sibu 1, également connu sous le nom de Seamull, a été détourné le 18 août dans le golfe d’Aden. Un mois plus tôt, le 17 juillet, c’était l’Asana qui avait été capturé. Ces prises récentes s’ajoutent à trois détournements antérieurs : l’Eureka le 4 mai, le Sward le 26 avril et l’Honour 25 le 21 avril. Six navires se trouvent désormais aux mains de groupes de pirates somaliens, une situation que le secteur maritime n’avait plus connue depuis plusieurs années.
Le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a haussé le ton face à cette résurgence. Il évalue à plus de 90 le nombre de marins actuellement retenus captifs et « exige leur libération immédiate et inconditionnelle », rappelant que ces équipages sont soumis « à une incertitude et à des menaces constantes, souvent avec un accès limité à une alimentation suffisante, à de l’eau potable, à des soins médicaux et à d’autres services essentiels ». Il appelle les États du pavillon et les États côtiers à mieux préparer les marins aux risques encourus et à limiter leur exposition à des dangers évitables. L’OMI dit soutenir les initiatives régionales telles que le Code de conduite de Djibouti (DCoC) et plaide pour une coopération navale internationale renforcée dans la zone.

Aucune revendication officielle n’a permis à ce stade d’établir avec certitude la nature de la cargaison du Lutuf ni l’origine des frappes signalées près de Jiifle. Le sort des dix membres d’équipage du cargo, comme celui des dizaines d’autres marins retenus sur les navires détournés depuis avril, dépendra des négociations en cours entre les groupes pirates, les armateurs et les autorités concernées. L’OMI doit continuer de suivre la situation dans les prochaines semaines, alors que la pression monte sur les États côtiers et les marines présentes dans la zone pour sécuriser une route maritime redevenue à haut risque.
Sources
- Mer et Marine, « Piraterie : le cargo Lutuf détourné aurait transporté des armes » : article de référence détaillant le déroulé du détournement, la cargaison alléguée et la déclaration de l’OMI, avec dépêche Associated Press citée.
- TASS, « Over 90 seafarers captured by pirates in Gulf of Aden — IMO chief » : confirmation internationale du décompte de plus de 90 marins captifs communiqué par l’OMI.