L’administration Trump répond aux critiques sur sa politique envers Poutine et la guerre en Ukraine
Le sommet d’Anchorage entre Donald Trump et Vladimir Poutine a suscité des réactions mitigées au sein de l’administration américaine, avec des autorités soulignant des avancées tout en reconnaissant des désaccords persistants.
Après la rencontre de vendredi 15 août à Anchorage (Alaska), le silence qui a prévalu pendant quelques heures contraste avec l’ardeur médiatique habituelle de l’équipe républicaine. À part une intervention du président américain sur Fox News, où les détails des discussions ont été omis, il a fallu attendre deux jours pour que les principaux protagonistes commencent à s’exprimer, le dimanche 17 août. Toutefois, des diplomates européens avaient déjà largement diffusé des informations sur le contenu des pourparlers.
À l’approche de la réunion impliquant le président américain, Volodymyr Zelensky et d’autres dirigeants européens, il était crucial de rectifier la perception qui s’était développée durant le week-end : celle d’une soumission totale de Donald Trump à Vladimir Poutine.
Le président a lui-même alimenté cette idée via plusieurs publications sur son réseau Truth Social. Dans son premier message, envoyé à son retour à Washington, il affirmait rechercher désormais « un accord de paix, qui mettrait fin à la guerre, et non un simple accord de cessez-le-feu, qui souvent ne tient pas le coup ». Cette déclaration rejoint la position de Vladimir Poutine, qui refuse d’accepter un cessez-le-feu préalable aux négociations tout en poursuivant ses offensives en Ukraine.
Dans un second post, Donald Trump s’en prend aux médias, les accusant de diffuser de fausses informations, et assure avoir eu « un grand rendez-vous en Alaska à propos de la guerre stupide de Biden ». Le conflit, initié par Poutine, est attribué à son prédécesseur, une affirmation que soutient le président russe lors de leurs échanges. Un autre message loue l’autocrate biélorusse, Alexandre Loukachenko, pour la libération de détenus.
Dimanche matin, Donald Trump partage le message d’une certaine « Loraine », dont le profil compte 240 abonnés, arborant une casquette Make America great again, qui reprend la propagande russe : « L’Ukraine doit être prête à perdre certains territoires au profit de la Russie, sinon plus la guerre durera, plus elle continuera à perdre des terres !! »
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Inverser la tendance
Alors que les élus républicains demeuraient discrets, les démocrates ont saisi cette occasion pour présenter un président américain sous l’influence des Russes. « Aujourd’hui, Donald Trump a déroulé le tapis rouge au voyou autoritaire Vladimir Poutine », a déclaré Chuck Schumer, le leader des démocrates au Sénat, dans un communiqué émis après le sommet. « Au lieu de se tenir aux côtés de l’Ukraine et de nos alliés, Trump s’est tenu aux côtés d’un autocrate qui terrorise le peuple ukrainien et le monde depuis des années. » Sur NBC, le sénateur Chris Murphy a qualifié la situation de « désastre », affirmant : « Poutine a eu sa séance photo, il n’a pris aucun engagement et il n’y a aucune conséquence. Quel grand jour pour la Russie. »
Pour répondre aux critiques, Marco Rubio et Steve Witkoff ont été envoyés dimanche sur les plateaux de plusieurs émissions matinales américaines, telles que « Face the Nation » (CBS), « Meet the Press » (NBC), « State of the Union » (CNN), « Fox News Sunday » et « This Week » (ABC), avec l’objectif de changer la perception. Ils avaient plusieurs messages à transmettre, notamment que la rencontre de vendredi représentait une « avancée », même si un accord de paix n’était pas encore à portée de main : « Nous avons progressé dans le sens où nous avons identifié les points potentiels d’accord, mais il reste de gros points de désaccord également », a commenté Marco Rubio sur ABC.
Face à des questions répétées sur l’affirmation de Donald Trump selon laquelle l’absence de cessez-le-feu entraînerait des « sévères conséquences » pour la Russie, Rubio a eu du mal à justifier ce changement de cap. Tout en insistant sur le fait que la cessation des hostilités, exigée par les Ukrainiens, n’était pas « écartée », il a indiqué qu’elle n’était plus la priorité.
« Récit médiatique absurde »
Le secrétaire d’Etat a également confirmé les pourparlers en cours sur les garanties de sécurité, déclarant sur NBC : « Il doit y avoir des garanties de sécurité pour l’Ukraine (…). C’est l’une de leurs demandes fondamentales : si la guerre devait s’arrêter, ils doivent être sûrs que cela n’arrivera plus jamais. Ils ne veulent pas être envahis à nouveau. »
Quant à Steve Witkoff, il a affirmé sur Fox News que « les Etats-Unis se prépar[ai]ent potentiellement à être en mesure de donner des garanties de sécurité, comme avec l’article 5, sauf qu’il ne s’agirait pas de l’OTAN, mais directement des Etats-Unis et des pays européens ». L’article 5 de l’Alliance atlantique stipule que tous les membres s’engagent à défendre l’un d’entre eux en cas d’agression.
Abordant la question des territoires que l’Ukraine pourrait céder dans le Donbass, Witkoff a été vague. « Les Russes ont fait des concessions autour de la table sur les cinq régions concernées », a-t-il indiqué, « Il y a d’importantes discussions à avoir autour de ce qui arrivera à Donetsk, et ce point sera spécifiquement détaillé lundi. » Toutefois, il n’a pas clarifié ce que signifiait le terme « concessions russes », alors qu’il s’agit de territoires ukrainiens. L’idée que Donald Trump reprenne les exigences de Moscou concernant des zones encore sous le contrôle de Kiev semble donc se renforcer.
Donald Trump envisage-t-il de mettre à nouveau la pression sur son homologue ukrainien, comme il l’avait fait en février dans le bureau ovale ? Nombreux sont ceux qui pensent que la présence des Européens vise à empêcher que ce scénario ne se reproduise. Marco Rubio a qualifié cela de « récit médiatique stupide » sur NBC. Lors de cet épisode, le secrétaire d’Etat était resté en retrait alors que J. D. Vance, le vice-président, jouait le rôle de l’accusateur. Ce dernier, qui avait été discret ces derniers jours, est censé, selon le Washington Post, participer au sommet de lundi.