Instaurer un service militaire volontaire : les enjeux et implications pour l’Allemagne
Le projet de loi présenté lors du conseil des ministres mercredi soulève des critiques de la part de la CDU/CSU, qui réclame le rétablissement de la conscription.
En 2011, l’Allemagne a été le dernier pays en Europe à abolir la conscription. La question de sa réintroduction se pose à nouveau, en particulier à la lumière de la guerre en Ukraine, qui a ravivé les débats politiques à Berlin et au-delà. À l’occasion de la rentrée, le gouvernement du chancelier conservateur Friedrich Merz (Union chrétienne-démocrate, CDU) a prévu de soumettre un projet de loi lors de son conseil des ministres du 27 août, portant sur la réintroduction progressive du service militaire. Pour souligner l’importance de ces questions de sécurité, cette réunion s’est tenue pour la première fois depuis plus de trente ans au ministère de la défense.
La suspension du service militaire a eu lieu en 2011, sans abolition formelle, car il n’y avait pas de consensus à l’époque. Sous la direction d’Angela Merkel (CDU), le gouvernement cherchait à réduire les coûts dans un contexte de crise financière et à professionnaliser une armée que l’on pensait ne plus devoir mobiliser que pour des conflits mineurs. Les effectifs militaires, qui avaient atteint 500 000 durant la guerre froide, sont passés d’environ 250 000 soldats en 2010 à 185 000.
Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, l’armée allemande rencontre aujourd’hui des difficultés structurelles pour attirer des recrues. Malgré cela, elle a récemment ajusté ses objectifs et espère atteindre 260 000 soldats d’ici 2031, contre 183 000 actuellement, avec l’ajout de 200 000 réservistes.
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Modèle suédois
Cependant, la réintroduction du service militaire suscite des opinions divergentes dans un pays qui, depuis 1945, est fortement ancré dans une tradition pacifiste. Les conservateurs soutiennent un retour à la conscription, tandis que les sociaux-démocrates s’y opposent avec force.
Le texte qui a été présenté mercredi n’est pas encore accessible au public et était encore l’objet de discussions jusqu’à lundi soir, mais ses grandes lignes sont déjà connues. En l’absence d’un accord pour un retour immédiat à la conscription, le nouveau service militaire s’appuiera sur le volontariat, avec des conditions jugées attractives, comme une rémunération et des primes d’engagement pour encourager les recrues à rester.
Le programme mettra également l’accent sur la formation, incluant des cours de langue, des activités sportives, ainsi que la possibilité d’obtenir un permis de conduire. Les militaires allemands jouissent également d’autres avantages, tels que l’accès gratuit aux transports, un salaire de base compétitif et des soins médicaux sans frais.
Inspiré par le modèle suédois, tous les jeunes de plus de 18 ans recevront un questionnaire : obligatoire pour les hommes et facultatif pour les femmes. Ce document évaluera leur santé, leurs compétences, leurs projets et leur intérêt pour l’armée. Ce recensement permettra aux forces armées de disposer d’une vision globale des jeunes susceptibles d’effectuer le service militaire, une donnée manquante depuis 2011. Le ministère de la défense espère ainsi recruter annuellement 40 000 jeunes, hommes et femmes, d’ici 2031, pour renforcer la réserve, bien que les capacités d’accueil et d’encadrement de la Bundeswehr ne permettent pas d’accélérer le processus.

Une fracture entre générations
Le volontariat sera-t-il suffisant pour répondre aux besoins de l’armée ? La CDU/CSU en doute, tandis que le SPD reste optimiste, pensant qu’il est possible de recruter via d’autres incitations, notamment financières. Le projet de loi prévoit que si les objectifs de recrutement par le volontariat ne sont pas atteints, le service militaire pourrait devenir obligatoire avec l’approbation du Bundestag. Cette obligation ne concernerait que les hommes, une réforme constitutionnelle étant nécessaire pour l’étendre aux femmes.
Les sondages indiquent qu’une majorité de la population allemande est favorable à la réintroduction de la conscription, mais révèlent également un fossé générationnel : selon une enquête Ipsos de juillet, 72 % des plus de 60 ans soutiennent ce retour, tandis que seulement 52 % des 18-39 ans partagent cet avis.