Une consommation de drogue plus importante en France, de la cocaïne à l’héroïne
L’évolution des marchés des drogues illicites en France est au centre d’une étude récente réalisée par l’OFDT en collaboration avec la MILDECA.
D’après les résultats publiés le lundi 8 décembre par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, la cocaïne se positionne désormais comme le leader des produits stupéfiants en France, avec un chiffre d’affaires atteignant 3,1 milliards d’euros, contre 2,7 milliards pour le cannabis.
Pour obtenir ces résultats, les chercheurs de l’université de Lille, Christian Ben Lakhdar et Sophie Massin, ont entrepris un recensement minutieux. En utilisant une approche ascendante, fondée sur des retours de terrain concernant la demande de stupéfiants, ils ont consolidé les données des études épidémiologiques récentes pour évaluer les dépenses des consommateurs. Les résultats sont présentés selon trois scénarios : estimation basse, centrale et haute, cette dernière dépassant les 10 milliards d’euros.
Entre 2010 et 2023, les économistes ont observé une hausse de 87,5 % en volume (en tonnes) et de 189,3 % en chiffre d’affaires global du marché des drogues. Les experts ne dépeignent pas un marché uniforme mais plutôt des segments aux dynamiques variées, mettant en avant la forte augmentation des psychostimulants.
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Une recomposition des marchés
Ces changements révèlent des dynamiques diverses : variation des prix et des puretés des substances, diversification des contextes de consommation, intensification des échanges internationaux, structuration des réseaux de distribution et évolution des stratégies commerciales, de plus en plus élaborées. La hausse du chiffre d’affaires des stupéfiants ne se limite donc pas à une simple augmentation des volumes consommés, mais traduit également une redéfinition de l’offre, particulièrement marquée par l’essor des drogues les plus rentables, telles que la cocaïne.
“Ces estimations accréditent la forte explosion de la consommation des psychostimulants observées ces dernières années : en vingt ans, le nombre de personnes ayant expérimenté la cocaïne a été multiplié par quatre” indique le Dr Nicolas Prisse, Président de la MILDECA.
Cocaïne plus pure et moins chère
Les vagues du tsunami blanc sont principalement arrivées par les ports de la mer du Nord ou d’Espagne, transitant par de grands hubs logistiques ou des ports secondaires. Ainsi, la disponibilité de la cocaïne alimente un marché qui ne craint guère les pénuries. Au contraire, comme le notent les services d’enquête spécialisés, cette drogue s’est intégrée dans l’offre des points de deal et des plateformes de vente en ligne, affichant des prix en baisse et une pureté inégalée.

Un rapport émanant du service statistique ministériel de la sécurité intérieure, publié le 3 décembre, révèle également que le nombre de personnes mises en cause pour trafic de cocaïne ou d’ecstasy augmente beaucoup plus rapidement que pour le trafic de cannabis ou d’héroïne. En chiffres, cela se traduit par une hausse moyenne de 4 % des mises en cause pour trafic de cannabis entre 2016 et 2024, alors que les augmentations annuelles sont de 10 % pour l’ecstasy et de 14 % pour la cocaïne.
Estimations des volumes consommés et des chiffres d’affaires des principales drogues illicites en France en 2023
Le tableau présente les évaluations quant à la taille des marchés, en volume et en valeur, du cannabis, de la cocaïne, du crack, de l’héroïne, de l’ecstasy/MDMA et des amphétamines pour l’année 2023 en France métropolitaine. Les autres produits de drogue illicite, plus marginaux, ne sont pas inclus.

Après avoir additionné les chiffres d’affaires de chaque produit, le marché français des principales drogues illicites est estimé entre 3,8 et 9,7 milliards d’euros, avec une valeur centrale de 6,8 milliards d’euros en 2023. Le cannabis et la cocaïne à eux seuls représentent environ 90 % du chiffre d’affaires total des drogues illicites cette année-là. La cocaïne, bien que consommée en quantité nettement inférieure au cannabis (47,1 tonnes contre 397,4 tonnes), constitue le marché le plus lucratif. En outre, le marché de l’ecstasy/MDMA a désormais dépassé celui de l’héroïne, tant en volume qu’en valeur.
A retenir
L’analyse met en évidence des dynamiques variées selon les substances : stabilisation pour le cannabis, forte progression de la cocaïne, montée rapide du crack, retour en force de l’héroïne et augmentation des consommations d’ecstasy/MDMA. Ces tendances sont influencées non seulement par l’évolution des prix et des modes de consommation, mais également par l’offre internationale, la structuration des réseaux de distribution et les tactiques commerciales des trafiquants.
Cependant, ces estimations souffrent de limitations significatives. L’absence de données récentes et détaillées sur les comportements d’usage, les prix locaux et la diversité des produits rend nécessaire l’émission de nombreuses hypothèses. Cette incertitude rend l’analyse des résultats plus adaptée à l’examen des tendances qu’à la production de chiffres absolus. Pour améliorer la compréhension, des recherches supplémentaires doivent être menées sur les contextes et modalités réelles de consommation, ainsi que sur la structure économique des marchés illicites.
Ce travail est un élément essentiel pour éclairer les politiques publiques de lutte contre les drogues, en objectivant les enjeux économiques en jeu. Il révèle également la nécessité de pérenniser et d’intensifier la collecte de données sur ces marchés afin de mieux appréhender les dynamiques sous-jacentes et de prévoir les évolutions futures.