Échanges France-Chine : 47 milliards d’euros de déficit en 2024
La montée de la concurrence chinoise dans divers secteurs, y compris l’innovation, pousse plusieurs entreprises françaises à juger crucial de maintenir leur implantation en Chine, où Emmanuel Macron se rendra du 3 au 5 décembre.
Lors de son déplacement inaugural en Chine, le 8 janvier 2018, au sein du cadre historique de Xi’an, il avait assuré son intention de revenir «au moins une fois par an». Huit années plus tard, il s’apprête à réaliser sa quatrième visite officielle dans ce pays. Accueilli par Xi Jinping, il abordera de nombreux sujets comme le multilatéralisme, la guerre en Ukraine ainsi que la nécessité de rééquilibrer les échanges commerciaux entre l’Europe et la Chine.

Cette nouvelle mission devrait ressembler aux précédentes, Emmanuel Macron ayant l’intention d’adopter une approche conciliatrice sur des thèmes délicats tels que les droits humains, Taïwan et Hong Kong, tout en visant à obtenir des contrats favorables pour les entreprises françaises ainsi que quelques engagements diplomatiques symboliques.
Dans un secteur en pleine évolution à Shanghaï, où se mêlent les salariés des grandes entreprises technologiques chinoises et les amateurs d’art contemporain le long des rives du fleuve Huangpu, un centre d’innovation a fait ses débuts en 2024 : l’Ampere China Development Center (ACDC) de Renault. L’entreprise a recruté près de 150 ingénieurs provenant des grandes marques de l’automobile en Chine, dans le but d’apprendre à concevoir des véhicules destinés à être produits en Europe, comme la nouvelle Twingo E-Tech électrique, développée en un temps record, deux fois plus rapide que sur son continent d’origine.
Des entreprises européennes choisissent désormais de s’implanter en Chine pour apprendre de leurs homologues locales, une réalité que Emmanuel Macron observait lors de son voyage à Pékin et Chengdu du 3 au 5 décembre. L’influence chinoise dans le domaine de l’innovation ne cesse de croître, ses usines augmentant leur production pour dépasser aujourd’hui 30 % de l’ensemble de la production industrielle mondiale, ce qui représente un défi important pour les autres économies.
En produisant pour autrui, la Chine a développé des compétences, une logistique ainsi que des procédures qui ont été délaissées ailleurs avec le temps, illustré par son monopole sur la transformation des terres rares, ces métaux indispensables. En parallèle, les consommateurs chinois affichent une plus grande prudence dans leurs dépenses. La concurrence entre les acteurs locaux devient intense, incitant les entreprises à offrir de plus en plus de services et de produits à des prix réduits.
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Encourager les productions locales
À partir du 1er janvier 2026, les appels d’offres pour les marchés publics se focaliseront davantage sur les productions locales d’équipements électriques, de machines-outils et de véhicules. Cela implique que les entreprises étrangères devront s’associer à des partenaires locaux ou produire sur le territoire chinois pour demeurer compétitives. Des conditions favorables seront offertes aux investisseurs étrangers pour s’établir : les autorités locales prévoient d’importantes incitations fiscales pour la R&D ainsi que des infrastructures appropriées. Bien que les gouvernements locaux cherchent activement de nouvelles implantations, peu d’entreprises semblent se précipiter pour répondre à cette demande. Les marges bénéficiaires s’érodent, et l’indice des prix à la sortie des usines diminue depuis plus de deux ans, reflétant une demande intérieure fragilisée par la crise immobilière et une capacité de production excédentaire.
À ces enjeux s’ajoutent les séquelles laissées par la pandémie. Les restrictions et quarantaines répétées ont affecté la population chinoise ainsi que les expatriés. Leur départ renforce la tendance des entreprises occidentales à adopter une approche plus localisée pour mieux naviguer dans ce marché complexe.
Parmi les grandes entreprises, les Américains Starbucks et Burger King, présents depuis plus de vingt ans mais en déclin, ont récemment cessé tout ou partie de leurs opérations en Chine au profit d’une société locale. De son côté, Decathlon, qui possède des usines et 200 magasins en Chine, envisage une voie similaire : d’après Bloomberg, le groupe français cherche un partenaire local prêt à acquérir environ 30 % de sa filiale, évaluée à près d’un milliard de dollars.
Des limites claires face à cette montée en compétence
À une époque où les Chinois privilégient les achats en ligne et où les prix sont en baisse, des enseignes comme Carrefour et Auchan ont choisi de se retirer du marché. Cependant, d’autres continuent de prospérer, comme Airbus, qui a ouvert sa deuxième ligne d’assemblage d’A320 à Tianjin en octobre, ou encore Safran, qui y commercialise ses composants via l’avionneur européen et en tant que fournisseur de moteurs et autres éléments du moyen-courrier chinois, le C919, que la Chine peine encore à réaliser uniquement avec des entreprises locales.
Sodexo, le géant de la restauration collective qui sert quotidiennement 1,2 million de repas en Chine, est un autre exemple de cette volonté de rester dans la compétition. En 2024, il a intégré les activités de son concurrent britannique Compass pour diversifier son portefeuille de clients et maintenir sa part de marché.

À long terme, la Chine vise néanmoins une autonomie, notamment dans les secteurs stratégiques et profite de la guerre en Ukraine pour renégocier ses partenariats. Cette ambition a été réaffirmée lors de l’annonce de son quinzième plan quinquennal en octobre. Dans le secteur nucléaire, l’importation de centrales n’est plus envisagée, bien que des fournisseurs français soient toujours bien intégrés dans la chaîne, tout comme dans l’automobile, où le français Forvia collabore avec BYD.

En 2024, le déficit commercial de la France avec la Chine a frôlé les 47 milliards d’euros. Pour pallier cette situation, les Européens cherchent à persuader les entreprises chinoises de délocaliser leur production en Europe, favorisant ainsi la création d’emplois.
Toutefois, l’efficacité des chaînes de production et l’innovation de plus en plus centralisée en Chine, le coût élevé des salaires en Europe et la priorité donnée à l’utilisation des capacités de production excédentaires dans le pays limitent l’attrait de telles implantations. En outre, les Chinois aspirent désormais à protéger leur propriété intellectuelle et leur expertise, à l’instar de ce que les Européens ont pu réaliser par le passé.