Trojena, station de ski à 4,7 milliards de dollars, abandonnée par Neom : vers un désastre pour l’Arabie saoudite ?
Un projet ambitieux de station de ski en plein désert fait face à des complications majeures.
Dans une région montagneuse dépourvue d’eau douce, l’Arabie saoudite avait conçu un projet rêveur : un lac artificiel de 2,8 kilomètres de long, situé en altitude et alimenté par un système hydraulique entièrement conçu de manière artificielle. Ce projet s’intégrait dans le développement de la station de ski Trojena, l’une des réalisations phares du vaste programme NEOM.

Cette semaine, Eversendai a annoncé la résiliation de son contrat pour la fourniture d’acier de construction concernant le site de Trojena, en cours de développement dans la province de Tabuk.
Initialement, le contrat avait été attribué en mars 2024 à Eversendai et à la société saoudienne Al Bawani, avec l’objectif d’achever le complexe cette année. Cependant, des retards de construction ont été signalés, et le projet n’est désormais plus en activité.
Les amateurs de grands chantiers devront donc faire face à cette triste nouvelle, puisque le commanditaire a décidé de mettre un terme au contrat. Le groupe Webuild, responsable de ces infrastructures, a confirmé que NEOM avait exercé une clause de résiliation pour convenance : termination for convenience.
Cette résiliation prendra effet le 29 mars 2026 alors que 30 % des travaux étaient déjà réalisés, laissant encore 2,8 milliards d’euros de chantier à conclure sur un budget total de 4 milliards d’euros.
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Trojena, une station de ski… au cœur du désert
Il est évident que ce type de projet ne plaira pas aux défenseurs de l’environnement !
La station Trojena devait émerger entre 1 500 et 2 600 mètres d’altitude dans la province de Tabuk, au nord-ouest de l’Arabie saoudite, sur une surface d’environ 60 km². L’objectif affiché était d’offrir des activités comme le ski, des loisirs nautiques, du VTT et des sentiers de randonnée… tout cela dans un cadre désertique ! Que l’on trouve cela extravagant ou impressionnant, il faut reconnaître l’ambition qui sous-tend ce projet.
Le développement prévoyait la construction d’hôtels, de chalets, de villas, de centres de bien-être ainsi que des zones commerciales, tous centrés autour de ce fameux lac artificiel, conçu pour devenir le cœur du site.
Pour réaliser cette vision, il était nécessaire de créer des conditions qui n’existent pas naturellement dans la région. Par exemple, la neige devait être produite de manière artificielle à partir d’eau dessalée, le lac devant également jouer le rôle de réserve d’eau, de régulateur thermique et d’attraction touristique.
Trojena avait été sélectionnée pour accueillir les Jeux asiatiques d’hiver de 2029, une décision qui avait étonné de nombreux observateurs en raison du climat local. Cependant, face aux retards et aux problèmes techniques, cet événement a finalement été attribué à Almaty, au Kazakhstan.
Cela pourrait expliquer la suspension de ce projet gigantesque.
Un barrage… là où il n’y a pas d’eau !
Pour apprécier la portée de l’initiative, il faut abandonner l’idée traditionnelle d’un barrage sur une rivière, car ici il n’y a tout simplement pas de cours d’eau.

L’objectif était de mettre en place un système hydrique complet capable de fournir, réguler et maintenir un lac artificiel dans un milieu désertique. Ce dispositif reposait sur trois barrages destinés à stocker et gérer l’eau, complétés par une structure architecturale majeure nommée The Bow.
Dans un tel environnement, l’eau doit être captée, transportée, stockée et protégée de l’évaporation. Chaque facteur est crucial : température, pression, circulation et qualité.
En d’autres termes, il ne s’agissait pas simplement d’élever une structure. Il fallait établir un équilibre hydrologique complet dans un territoire qui en manque.
Un chantier déjà profondément engagé
Les équipes de construction avaient déjà atteint une étape significative en ayant mis en place plus d’un million de mètres cubes de béton compacté au rouleau, soit environ 25 % du volume total prévu. Ce matériau permet un assemblage rapide de structures massives, capables de supporter de fortes contraintes mécaniques.
Les fondations du système hydraulique étaient donc bien établies, et le chantier prenait déjà forme dans le paysage environnant.
L’arrêt de ce projet se produit à un moment où l’infrastructure commence à se matérialiser, rendant la décision d’autant plus frappante.
Une résiliation encadrée et anticipée
Webuild a précisé que tous les frais engagés jusqu’à la date de résiliation seront remboursés, ainsi que ceux liés au retrait du site, y compris la démobilisation des équipes et des équipements. Cette clause de résiliation, prévue dès le départ, avait pour but d’éviter un impact financier direct pour l’entreprise.
De plus, le groupe a indiqué que son carnet de commandes, en dehors du projet Trojena, dépasse les 50 milliards d’euros, lui offrant une marge de manœuvre confortable.