11 réacteurs touchés sur 57 : comment la canicule a mis sous tension le nucléaire français
Entre le 9 et le 12 juillet, EDF a dû arrêter trois réacteurs nucléaires et réduire la puissance de huit autres pour respecter les limites de température imposées sur les rejets d’eau de refroidissement. Un épisode qui illustre la vulnérabilité du parc nucléaire français face aux canicules à répétition.
Trois réacteurs à l’arrêt complet en pleine vague de chaleur
La canicule qui a touché la France en juillet 2026 a commencé le 4 juillet et s’est intensifiée progressivement, jusqu’à un pic atteint le 12 juillet, jour où 37 départements ont été placés en vigilance rouge. Dans ce contexte, EDF a dû immobiliser trois réacteurs les uns après les autres : celui de Golfech n°2 (Tarn-et-Garonne, sur les rives de la Garonne), dont l’arrêt a été décidé le 9 juillet, puis celui de Bugey n°3 (Ain, sur le Rhône), à l’arrêt dès le lendemain, et enfin celui de Chooz n°2 (Ardennes, en bordure de Meuse), qui a rejoint la liste le 11 juillet.
Ces trois installations partagent un point commun : leur implantation en bord de fleuve, qui rend leur système de refroidissement particulièrement sensible à la hausse des températures de l’eau en période estivale. EDF justifie ces arrêts par la nécessité de respecter « les arrêtés sur les rejets, et donc l’environnement », selon les termes de l’exploitant.
Parallèlement à ces arrêts complets, huit autres réacteurs ont fonctionné en mode dégradé, à puissance réduite : les deux unités de Saint-Alban (Isère, sur le Rhône), les réacteurs n°1 et n°3 de Blayais (Gironde), les réacteurs n°4 et n°5 de Bugey, ainsi que le réacteur n°1 de Chooz. Le réacteur n°3 de Tricastin (Drôme) a lui aussi connu une réduction temporaire de puissance le dimanche 12 juillet, avant de retrouver un fonctionnement normal en fin d’après-midi. Au total, onze réacteurs sur les 57 que compte le parc nucléaire français ont donc été affectés par cet épisode caniculaire.
| Réacteur | Localisation | Situation |
|---|---|---|
| Golfech n°2 | Tarn-et-Garonne (Garonne) | Arrêt complet depuis le 9 juillet |
| Bugey n°3 | Ain (Rhône) | Arrêt complet depuis le 10 juillet |
| Chooz n°2 | Ardennes (Meuse) | Arrêt complet depuis le 11 juillet |
| Saint-Alban n°1 et n°2 | Isère (Rhône) | Puissance réduite |
| Blayais n°1 et n°3 | Gironde | Puissance réduite |
| Bugey n°4 et n°5 | Ain (Rhône) | Puissance réduite |
| Chooz n°1 | Ardennes (Meuse) | Puissance réduite |
| Tricastin n°3 | Drôme (Rhône) | Réduction temporaire le 12 juillet, résolue en soirée |
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Pourquoi la chaleur met le parc nucléaire sous tension
Le fonctionnement d’un réacteur nucléaire nécessite d’importantes quantités d’eau : celle-ci circule dans les circuits de refroidissement pour évacuer la chaleur produite par la fission, puis retourne au milieu naturel avec une température supérieure de plusieurs degrés à celle du prélèvement. Pour limiter l’impact de ces rejets sur la faune et la flore aquatiques, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) fixe, pour chaque centrale, des seuils de température maximale à ne pas dépasser.
Or, lorsque la température des cours d’eau grimpe sous l’effet d’une canicule, la marge de manœuvre pour refroidir les installations se réduit fortement. Les centrales situées en bord de fleuve, comme Golfech sur la Garonne ou Bugey sur le Rhône, sont les premières concernées, les débits réduits et les eaux plus chaudes limitant leur capacité à évacuer la chaleur sans dépasser les seuils fixés par le régulateur.

La France compte 57 réacteurs nucléaires, tous implantés à proximité immédiate d’un cours d’eau ou du littoral, une configuration indispensable à leur fonctionnement mais qui devient une contrainte croissante à mesure que les épisodes de canicule se multiplient. Un scénario comparable s’était déjà produit en juin 2026, lorsque trois réacteurs (Golfech, Bugey et Nogent-sur-Seine) avaient dû être arrêtés pour les mêmes raisons, signe que cette situation tend à se répéter d’un mois sur l’autre plutôt que de rester exceptionnelle.
Une dérogation gouvernementale jusqu’au 20 juillet
Face à la simultanéité de ces arrêts et réductions de puissance, le ministère de l’Économie a publié au Journal officiel une dérogation concernant la centrale du Bugey, valable jusqu’au 20 juillet 2026, afin, selon les termes retenus, « d’assurer la sécurité du réseau électrique ». Cette mesure a permis à EDF de dépasser temporairement les limites de température des rejets fixées par l’ASNR, le temps que l’épisode de chaleur le plus intense se résorbe.
Le nucléaire représentant environ 70 % de la production d’électricité française, la perte simultanée de plusieurs gigawatts de capacité oblige le gestionnaire du réseau RTE à compenser par d’autres moyens de production ou par des importations, au moment précis où la demande électrique tend elle aussi à augmenter, notamment du fait de la climatisation. Cette double pression, sur l’offre et sur la demande, est ce qui rend ces épisodes caniculaires particulièrement sensibles pour l’équilibre du réseau électrique national.
Ce qu’il faut surveiller maintenant que la dérogation touche à sa fin
La dérogation accordée pour Bugey arrivait à échéance le 20 juillet, soit la veille de la publication de cet article. Reste à savoir si les températures des cours d’eau et le niveau de la demande électrique permettront un retour à une exploitation strictement conforme aux seuils habituels de l’ASNR, ou si de nouvelles mesures dérogatoires devront être prises en cas de nouvel épisode de chaleur. La répétition de ces situations, à un mois d’intervalle entre juin et juillet 2026, pose la question de la pérennité du modèle actuel : ces dérogations resteront-elles ponctuelles, ou deviendront-elles un outil de gestion récurrent du parc nucléaire français à mesure que les vagues de chaleur se multiplient ?
Les prochaines semaines diront si les unités de Golfech, Bugey et Chooz reprennent normalement leur activité à mesure que les températures redescendent, et si RTE aura dû recourir de façon significative aux importations d’électricité pour compenser la capacité perdue durant cet épisode.