50 tonnes de coquillages par an : le pari d’usine d’une jeune entreprise bretonne
Près de Dinan, l’entreprise Oskkel donne une seconde vie aux coquilles d’huîtres, de moules et de Saint-Jacques en les transformant en mobilier. Une aventure artisanale qui, avec l’appui de l’entreprise adaptée Handyjob, vise désormais l’échelle industrielle.
D’une cave bretonne à l’atelier de Languenan
Tout est parti d’un constat presque anodin, au sortir d’un repas d’huîtres. Brieuc Pennaneac’h, ingénieur de formation spécialisé dans la valorisation de coproduits, s’interroge sur le devenir de ces montagnes de coquilles jetées après consommation. Connaissant un liant élaboré à partir de saumure de marais salants et de magnésium marin, capable de supporter la présence de sel sans les étapes de lavage et de séchage qu’exige un ciment classique, il se lance dans des essais chez lui, cassant des coquilles d’huîtres dans sa cave avant de transporter ses expériences jusque dans le cabanon de jardin d’un ami d’enfance.

Le procédé, aujourd’hui mis en œuvre dans l’atelier de Languenan, se rapproche d’une recette de pâtisserie : les coquilles broyées sont mélangées au liant marin dans une grande cuve, puis la préparation est coulée dans des moules où elle durcit naturellement, sans passage au four. C’est au ponçage que l’objet prend véritablement forme, en révélant peu à peu les fragments nacrés d’huîtres, de moules ou de coquilles Saint-Jacques à la surface. La teinte sable est celle du matériau brut ; pour le noir, Oskkel intègre du broyat de pneus, et pour le rose, de l’ocre du Roussillon. Les poussières issues du ponçage sont, elles, réintégrées dans les fabrications suivantes, afin de ne perdre aucune matière.
Il aura fallu trois années de recherche et développement pour stabiliser ce mélange, améliorer sa résistance à l’eau et maîtriser le moulage, non sans quelques déconvenues : les vases fabriqués par Brieuc Pennaneac’h pour son propre mariage, en 2022, ont depuis tous fissuré. Le procédé a depuis été validé à plus grande échelle, avec la réalisation d’un sol de 40 m² dans une maison de la baie de Saint-Brieuc, chantier qui a nécessité environ 3 000 coquilles Saint-Jacques, soit près de 400 kg de déchets valorisés.
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Un atelier conçu pour l’emploi inclusif
Dès les premiers essais industriels, Oskkel a fait le choix d’associer une entreprise adaptée à son développement. Le rapprochement avec Handyjob, qui emploie des personnes en situation de handicap, a convaincu les fondateurs de concevoir leur atelier en tenant compte, dès l’origine, des capacités de ses futurs opérateurs. Depuis juin 2026, trois salariés de Handyjob travaillent sur le site de Languenan : ils préparent le mélange, remplissent les moules, démoulent les pièces et assurent les finitions, chacun suivant l’objet auquel il a contribué de bout en bout.
Les postes de travail, les outils et l’organisation des gestes peuvent être adaptés avec l’appui de la médecine du travail, d’un ergothérapeute ou de spécialistes de la prévention. Camille Palamaras, responsable de site chez Handyjob, résume l’esprit du projet : « Une personne en situation de handicap peut participer à un projet complexe, écologique, économique et social. »
Une ambition industrielle à l’horizon de trois ans
La première gamme d’objets, encore artisanale, doit être commercialisée en ligne dès la fin de l’été : bougeoirs, vide-poches, dessous-de-plat, miroirs et tables basses. Oskkel vise aussi une clientèle professionnelle, cafés, hôtels, restaurants et architectes, avec des comptoirs, des plans de travail, des sols et des réalisations sur mesure. Pour amorcer son activité, l’entreprise a emprunté environ 100 000 euros, avec une stratégie de croissance volontairement progressive.

Les ambitions dépassent cependant déjà le cadre du petit atelier actuel. D’ici trois ans, Oskkel espère réunir une trentaine de collaborateurs et valoriser 50 tonnes de coquilles par an. « Notre objectif, c’est quand même de monter une usine », résume Brieuc Pennaneac’h, qui entend implanter cette future manufacture dans le secteur de Dinan : « On veut vraiment rester sur Dinan. On a trouvé beaucoup de soutien ici. »
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Localisation | Languenan, près de Dinan (Côtes-d’Armor) |
| Salariés Handyjob impliqués | 3, depuis juin 2026 |
| Test grandeur réelle (sol, baie de Saint-Brieuc) | 40 m², environ 3 000 coquilles Saint-Jacques (400 kg) |
| Financement de démarrage | Environ 100 000 € |
| Objectif à 3 ans | Une trentaine de collaborateurs, 50 tonnes de coquilles valorisées par an |
Avant d’envisager l’usine, Oskkel doit d’abord faire ses preuves sur le marché grand public, avec la mise en ligne de sa première gamme prévue avant la fin de l’été 2026.
La suite dépendra de la capacité de la jeune entreprise à convertir ses premiers clients professionnels, cafés, hôtels et architectes, en débouchés réguliers, condition nécessaire pour franchir le cap des 50 tonnes de coquilles valorisées chaque année et ancrer durablement la future usine dans le bassin de Dinan.