21,4 millions d’euros pour décarboner la mer : l’État choisit six projets français

Voile de fret, moteur biométhane, drone anti-biofouling ou vedette électrique de pilotage portuaire : six nouveaux projets français viennent de décrocher 21,4 millions d’euros dans le cadre de l’appel à projets « CORIMER Navire Bas-Carbone » de France 2030.

Six lauréats pour couvrir plusieurs leviers de décarbonation

La seconde relève de l’appel à projets « CORIMER Navire Bas-Carbone » vient d’être dévoilée par l’État. Sur 17 dossiers déposés, six ont été retenus pour un montant total de 21,4 millions d’euros. Premier lauréat, le projet GDS 3, porté par Grain de Sail Shipping avec les Chantiers de l’Atlantique, concerne un démonstrateur de porte-conteneurs à propulsion vélique principale : l’armateur breton a dévoilé à la mi-juin 2026 les plans définitifs de son troisième navire, un porte-conteneurs de 162 mètres équipé de trois mâts Solid Sail rabattables, pour près de 6 900 m² de voilure, destiné à des liaisons transatlantiques entre l’Europe du Nord, New York et la Guadeloupe.

voilier-cargo Grain de Sail III

Le projet EO3, porté par Energy Observer avec EO Concept, vise à construire un navire laboratoire breton capable de tester en conditions réelles une chaîne multi-énergie associant plusieurs sources bas-carbone, dont l’ammoniac, en s’appuyant sur l’expérience du démonstrateur Energy Observer. Searenity, porté par Subsea Tech avec Naval Group, l’ENSTA, l’Université de Bretagne Sud et CMA CGM, doit développer un drone sous-marin autonome et modulaire chargé de nettoyer le biofouling, ces salissures qui alourdissent la traînée des coques et augmentent la consommation de carburant.

Trois autres projets complètent la sélection : Corsica Favorite 2025, porté par la coopérative SailCoop, vise un navire à passagers zéro énergie fossile pour les traversées vers la Corse, avec un objectif de réduction d’au moins 80 % des émissions de CO2 par passager. Vectra, porté par le syndicat des pilotes des ports de Marseille et du golfe de Fos avec Mauric et Alternatives Énergies, doit donner naissance à une vedette électrique rapide destinée au pilotage des navires à l’entrée des grands ports. Enfin, Biomogas, porté par Sapaic Industries avec FEV en Auvergne-Rhône-Alpes, développe un moteur gazeux V12 de 1 000 kW fonctionnant au biométhane.

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Une ambition industrielle assumée par l’État

Dans son communiqué, le ministère de la Transition écologique présente ce soutien comme un levier de souveraineté autant que d’écologie. L’objectif affiché est quadruple : soutenir le développement et la première industrialisation de technologies bas-carbone conçues en France, renforcer la compétitivité des industriels français sur un marché mondial en forte croissance, structurer une chaîne de valeur maritime innovante et consolider la souveraineté technologique française sur ces équipements stratégiques.

Marie Thabard, présidente du CORIMER, résume l’enjeu de cette seconde relève : « Je me réjouis de cette annonce, qui confirme l’engagement durable de l’État et de la filière en faveur de la décarbonation maritime. Ces projets illustrent le dynamisme de notre écosystème d’innovation sur différents leviers de décarbonation et notre capacité à développer en France les solutions maritimes de demain. » Le dispositif est opéré par l’ADEME pour le compte du Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), qui pilote l’ensemble du plan France 2030.

Une trajectoire qui s’accélère depuis 2025

L’appel à projets « CORIMER Navire Bas-Carbone » a été lancé en janvier 2025. Une première relève, en février 2026, avait déjà permis de soutenir trois projets pour 6,8 millions d’euros. Avec cette seconde vague, ce sont désormais neuf projets qui bénéficient du soutien de France 2030 au titre de ce dispositif, pour un montant cumulé de 28,2 millions d’euros. Le ministère souligne par ailleurs que cette dynamique fait écho à un autre appel à projets, consacré à la décarbonation du transport et des services maritimes et financé par les recettes du marché carbone européen (ETS maritime) : lancé le 2 avril 2026, il s’est clôturé le 6 juillet avec 92 candidatures reçues.

Le CORIMER a par ailleurs ouvert fin juillet 2026 un nouvel appel à manifestation d’intérêt, ouvert jusqu’au 30 septembre, destiné à recenser les projets de la filière maritime afin d’orienter les prochains soutiens de France 2030.

Repère Donnée
Projets retenus (2e relève) 6 sur 17 dossiers déposés
Montant de la 2e relève 21,4 M€
Montant de la 1re relève (février 2026) 6,8 M€ pour 3 projets
Total cumulé depuis janvier 2025 28,2 M€ pour 9 projets
Appel à projets ETS maritime (clos le 6/07/2026) 92 candidatures reçues

Le calendrier de la filière maritime bas-carbone ne s’arrête pas là : le nouvel appel à manifestation d’intérêt du CORIMER reste ouvert jusqu’au 30 septembre 2026, tandis que les six lauréats de cette seconde relève doivent désormais engager la phase de développement de leurs démonstrateurs, du porte-conteneurs à voile de Grain de Sail Shipping au drone anti-biofouling de Searenity. L’État mise sur ce cumul de projets pour faire émerger, d’ici la fin de la décennie, une offre française exportable de technologies maritimes bas-carbone.