150 km de portée : la marine néerlandaise mise sur l’intercepteur français Destinus

Le ministère néerlandais de la Défense a signé, le 24 août, un contrat avec la société française Destinus pour développer et intégrer sur les navires de sa marine royale un système d’interception de drones à bas coût, le Hornet B2. L’objectif : disposer d’une première capacité opérationnelle dès le deuxième trimestre 2027.

Un contrat signé en pleine montée de la menace des drones

C’est le commandement du matériel et des technologies de l’information du ministère néerlandais de la Défense, connu sous l’acronyme COMMIT, qui a signé cet accord avec Destinus. Il porte sur un programme dit de « Concept Development & Evaluation » (CD&E), une phase de développement et d’évaluation conjointe destinée à aboutir à une capacité opérationnelle initiale de lutte anti-drones pour la marine royale néerlandaise (Koninklijke Marine).

système Hornet B2 de Destinus

Le programme prévoit la livraison de systèmes intercepteurs Hornet B2, leur intégration sur plusieurs bâtiments de la flotte néerlandaise, ainsi que des activités de soutien logistique intégré. Le calendrier fixé par les deux parties vise une conclusion du programme CD&E au deuxième trimestre 2027.

Cette initiative répond à un constat partagé par plusieurs marines européennes : la menace des drones à moyenne portée s’intensifie. Le ministère néerlandais de la Défense a lui-même souligné que cette évolution ressort « à la fois des analyses opérationnelles et du tableau de menace actuel lors des opérations maritimes » (propos traduits).

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Le Hornet B2, un intercepteur pensé pour casser les coûts

Contrairement à un missile intercepteur classique, le Hornet B2 repose sur une architecture hybride. Stocké dans un conteneur scellé, il est propulsé au lancement par un booster à poudre, puis déploie des ailes repliables et bascule vers un vol de croisière à propulsion électrique. Cette conception combine, selon Destinus, la disponibilité de lancement d’un missile avec l’autonomie et la portée d’un aéronef, pour un coût par engagement très inférieur à celui des intercepteurs traditionnels.

L’appareil affiche une portée supérieure à 150 km et peut être équipé, en option, d’un radar et d’un autodirecteur électro-optique et infrarouge. Avec une charge utile de 3 kg, il est conçu pour neutraliser des drones, des munitions rôdeuses et des hélicoptères, c’est-à-dire des cibles dites « à sens unique » (one-way attack systems). Le ciblage s’appuie sur un traitement assisté par intelligence artificielle durant la phase terminale de l’engagement, mais la décision d’engagement reste sous contrôle humain, conformément aux règles d’engagement applicables.

Son prédécesseur, le Hornet B1, est déjà en production de série, ce qui donne à Destinus une base industrielle sur laquelle appuyer le développement de cette déclinaison navale.

Élément Donnée
Date du contrat 24 août 2026
Échéance du programme CD&E 2e trimestre 2027
Portée du Hornet B2 Plus de 150 km
Charge utile 3 kg
Statut du Hornet B1 (version précédente) Déjà en production de série
Siège social de Destinus SAS Paris (75014)

Un pari français porté par les opérateurs néerlandais

Destinus SAS, dont le siège social est établi à Paris, est l’héritière d’une entreprise fondée en Suisse en 2021 par l’entrepreneur Mikhaïl Kokoritch. La société dispose aujourd’hui d’implantations en France, notamment à Toulouse. C’est ce groupe à ancrage désormais français qui a décroché ce contrat auprès d’une marine européenne alliée.

Interrogé sur cette signature, le PDG de Destinus, Mikhaïl Kokoritch, a résumé l’enjeu économique qui sous-tend le programme : « Les menaces aériennes à bas coût ont inversé l’économie de la défense aérienne navale : aucune marine ne peut durablement échanger des missiles à plusieurs millions d’euros contre des menaces bon marché arrivant en nombre. Le Hornet B2 répond à cela avec une architecture différente : lancé depuis un conteneur comme un missile, croisant à l’énergie électrique comme un aéronef, et engageant des cibles subsoniques pour une fraction du coût par engagement. Développer cette capacité avec le COMMIT et la marine royale néerlandaise dès le premier jour signifie qu’elle sera façonnée par les opérateurs qui en dépendront » (propos traduits).

Concrètement, des opérateurs de la marine néerlandaise seront associés tout au long du programme CD&E pour contribuer à définir les exigences opérationnelles, l’intégration à bord des navires, la logistique et les procédures d’exploitation. Cette méthode vise à éviter d’avoir à adapter, après coup, un système déjà figé aux contraintes propres à l’environnement naval.