30 mégawatts sur l’eau : Bureau Veritas valide le premier data center flottant
Et si les futurs centres de données géants de l’intelligence artificielle flottaient sur l’eau plutôt que de s’étendre sur des hectares de terrain ? La société française Bureau Veritas vient d’accorder une Approbation de principe au concept de data center flottant de 30 mégawatts imaginé par le groupe singapourien Seatrium, une étape clé avant une éventuelle construction.
Un data center sur une barge, refroidi par l’eau de mer
Le concept, baptisé Floating Data Center (FDC), a été développé par Seatrium Technology & Innovation, filiale technologique du groupe Seatrium, spécialiste singapourien de l’ingénierie offshore, marine et énergétique. Il repose sur une barge non propulsée, amarrée à quai, qui intègre six modules indépendants de 5 mégawatts chacun, surnommés « Data-in-a-Box ». Chaque module regroupe dans un espace compact les équipements informatiques, les systèmes de refroidissement, la distribution électrique et les infrastructures de support nécessaires à son fonctionnement autonome.
L’intérêt de la formule tient à sa conception modulaire et à son mode de refroidissement, qui exploite l’eau de mer naturelle plutôt que des systèmes de climatisation classiques, gourmands en eau douce et en électricité. Alors que la demande en calcul liée à l’intelligence artificielle, au cloud et à l’informatique en périphérie de réseau explose, les data centers flottants apparaissent comme une piste sérieuse pour contourner les contraintes foncières et énergétiques qui freinent aujourd’hui l’implantation de nouveaux centres de données sur terre, en particulier dans les zones côtières densément peuplées.
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Le rôle clé d’un classificateur français dans la validation technique
C’est ici qu’intervient Bureau Veritas, société de classification et de certification fondée à Anvers en 1828 et aujourd’hui basée à Neuilly-sur-Seine. Cette Approbation de principe s’inscrit dans le prolongement d’un protocole d’accord signé entre Bureau Veritas et Seatrium lors de la Singapore Maritime Week, plus tôt cette année, pour développer conjointement les technologies offshore de production d’énergie et du numérique.
Concrètement, les équipes de Bureau Veritas ont mené une évaluation technique indépendante de la faisabilité du concept, en confrontant sa conception aux règles de classification du groupe, aux normes internationales et aux exigences réglementaires applicables. L’examen a porté sur l’arrangement général de la barge, le circuit de refroidissement, la stabilité préliminaire, les systèmes marins et les principales considérations de sécurité. Drago Pinteric, vice-président de Bureau Veritas Marine & Offshore pour l’Asie du Sud-Est, résume l’enjeu de cette démarche : « Les data centers flottants montrent comment l’expertise maritime peut répondre à la demande croissante de capacité de calcul résiliente et durable. À mesure que ces concepts évoluent, une assurance technique indépendante est essentielle » (propos traduits).

Pour Seatrium, cette validation représente une étape de confiance avant d’aller plus loin. Aziz Merchant, vice-président exécutif en charge de la technologie et du développement de nouveaux produits chez Seatrium, a salué une « validation importante du concept » qui renforce la confiance du groupe dans la poursuite du développement de cette plateforme offshore de nouvelle génération (propos traduits).
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Puissance du concept validé | 30 mégawatts |
| Nombre de modules « Data-in-a-Box » | 6 modules de 5 MW chacun |
| Puissance du concept en développement | 100 mégawatts |
| Type de support | barge non propulsée, amarrée à quai |
| Mode de refroidissement | eau de mer naturelle |
| Date de l’annonce | 27 juillet 2026 |
Vers une nouvelle filière offshore pour l’industrie du numérique
Cette annonce illustre une tendance de fond : l’extension progressive des compétences maritimes traditionnelles vers des usages entièrement nouveaux, portés par la révolution de l’intelligence artificielle. Les classificateurs, dont le métier historique consiste à certifier la sécurité des navires et des plateformes offshore pétrolières ou éoliennes, se positionnent désormais comme des acteurs incontournables de la validation technique des infrastructures numériques flottantes, un secteur en gestation mais dont l’appétit en électricité et en refroidissement croît à un rythme soutenu.
Seatrium ne compte pas s’arrêter à ce premier concept de 30 mégawatts. Le groupe développe déjà une version de 100 mégawatts, conçue pour ouvrir la voie à des déploiements à l’échelle industrielle tout en conservant les avantages de la construction modulaire, du refroidissement par eau de mer et de l’implantation offshore flexible. Une Approbation de principe ne vaut pas feu vert à la construction : elle atteste seulement qu’un concept est jugé réalisable en l’état des connaissances, avant les phases d’ingénierie détaillée, de financement et, le cas échéant, de construction proprement dite. Le calendrier d’un premier prototype opérationnel n’a pas été précisé à ce stade.
Pour Bureau Veritas, cette collaboration avec un poids lourd asiatique de l’ingénierie offshore confirme surtout que l’expertise française en matière de classification maritime continue de s’exporter bien au-delà des frontières traditionnelles du secteur, entre pétrole, gaz et énergies marines renouvelables. À mesure que les géants du numérique cherchent de nouveaux espaces pour héberger leurs serveurs, la mer pourrait devenir, dans les années à venir, un terrain d’expansion à part entière pour l’industrie des données.
Sources
- Bureau Veritas Marine & Offshore, communiqué officiel du 27 juillet 2026 annonçant l’Approbation de principe accordée au concept de Seatrium.
- Marine Link, compte rendu de l’Approbation de principe et du contexte du partenariat Bureau Veritas-Seatrium.