2 670 kW : ce moteur belge devient le premier au monde certifié 100 % hydrogène

Un moteur marin capable de tourner uniquement à l’hydrogène, sans une seule goutte de carburant fossile, vient de décrocher une première mondiale : sa certification par la société de classification Lloyd’s Register. Derrière cette prouesse se trouve une petite entreprise belge, BeHydro, dont la technologie pourrait changer la donne pour les remorqueurs et les navires de servitude des ports européens.

Une certification inédite pour un moteur entièrement hydrogène

C’est à Gand, en Belgique, que se joue une partie de l’avenir de la propulsion maritime décarbonée. Lloyd’s Register (LR), l’une des principales sociétés de classification au monde, a délivré le 17 juin 2026 le tout premier certificat d’homologation de type pour un moteur marin à allumage commandé fonctionnant exclusivement à l’hydrogène. L’appareil a été conçu et testé dans les ateliers d’ABC Engines, à Gand, par la coentreprise BeHydro, née en 2020 du rapprochement entre l’industriel Anglo Belgian Corporation (ABC) et l’armateur CMB.TECH.

Contrairement à la première génération de moteurs BeHydro, homologuée par LR dès 2023, qui fonctionnait en bicarburation (gazole et hydrogène combinés), ce nouveau modèle se passe totalement de carburant pilote. L’ensemble du système de combustion a été repensé pour n’utiliser que de l’hydrogène, ce qui simplifie l’architecture du moteur et supprime les émissions de CO2 directement à la source. Selon Tim Berckmoes, directeur général d’ABC Engines, cité par Lloyd’s Register (propos traduits), « cette homologation de type de nos moteurs BeHydro 100 % hydrogène à zéro émission confirme qu’il s’agit d’une technologie d’avenir, que BeHydro peut proposer aux armateurs innovants du monde entier ». Il précise que la gamme est disponible dans des puissances allant de 900 à 2 670 kilowatts (kW), soit environ 1 200 à 3 580 chevaux, pour couvrir différents usages maritimes.

Claudene Sharp-Patel, directrice technique mondiale de Lloyd’s Register, insiste de son côté sur la portée de cette homologation pour l’ensemble de la filière (propos traduits) : « la délivrance de ce certificat d’homologation de type démontre que la technologie des moteurs à combustion interne fonctionnant à l’hydrogène continue de mûrir comme option viable pour les applications maritimes. Pour les armateurs et les opérateurs, une certification indépendante est essentielle pour bâtir la confiance dans la capacité des carburants émergents à répondre aux exigences du secteur en matière de sécurité, de fiabilité et de performance opérationnelle ».

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Deux remorqueurs déjà convertis à l’hydrogène

La technologie BeHydro n’en est pas à ses débuts sur l’eau. La version bicarburant, certifiée en 2023, équipe déjà deux remorqueurs en service. Le premier, baptisé Hydrotug 1, navigue dans les eaux du port d’Anvers-Bruges et embarque 415 kilogrammes d’hydrogène stockés sous forme de bouteilles à bord. Le second, construit au Japon, stocke 250 kilogrammes d’hydrogène dans des réservoirs à haute pression et est équipé de deux moteurs V12 développant 4 400 chevaux chacun.

Le nouveau moteur 100 % hydrogène, lui, cible plus spécifiquement les remorqueurs, les bateaux-pilotes et les autres navires de servitude portuaire, c’est-à-dire des unités qui multiplient les manœuvres à faible distance des quais et pour lesquelles une motorisation zéro émission a un impact environnemental immédiat sur la qualité de l’air des zones portuaires. Le secteur maritime dans son ensemble reste responsable d’environ 3 % des émissions mondiales de CO2, un chiffre que les autorités portuaires et les armateurs cherchent à faire baisser sous la pression des réglementations internationales.

Sur le plan technique, BeHydro a fait un choix distinct de la plupart des autres acteurs de la propulsion hydrogène, qui misent sur la pile à combustible associée à un moteur électrique. L’entreprise belge a préféré développer un moteur à combustion interne, fonctionnant selon le même principe qu’un moteur essence ou diesel classique, mais entièrement reconçu pour tenir compte des particularités de l’hydrogène : une plage d’inflammabilité beaucoup plus large que celle des carburants fossiles, une tendance à s’échauffer rapidement et des risques de préallumage à maîtriser.

Le stockage à bord, principal obstacle encore à lever

Reste un défi de taille pour généraliser cette technologie à des navires plus grands ou parcourant de plus longues distances : le stockage de l’hydrogène. Dans des conditions atmosphériques normales, ce gaz affiche une masse volumique très faible, ce qui le rend difficile à embarquer en quantité suffisante pour assurer une autonomie comparable à celle des carburants marins classiques. Trois pistes sont aujourd’hui à l’étude par la filière : le refroidissement à -254 °C pour obtenir de l’hydrogène liquide, la compression à plus de 350 bars, ou encore le stockage sous forme d’ammoniac, une molécule plus facile à manipuler mais qui pose d’autres questions de sécurité et de toxicité.

Ces limites expliquent pourquoi les premières applications concrètes de la technologie BeHydro restent concentrées sur des navires à faible rayon d’action, comme les remorqueurs portuaires, plutôt que sur des porte-conteneurs ou des vraquiers parcourant les océans. C’est aussi pour cette raison que Lloyd’s Register a publié, dans sa collection de rapports Fuel for Thought, une étude dédiée à l’hydrogène qui passe en revue l’ensemble de la chaîne, de la production à l’utilisation à bord, en détaillant les avantages du carburant ainsi que les obstacles de sécurité, d’infrastructure et de coût qui freinent encore son adoption à grande échelle.

Élément Donnée
Date de la certification 100 % hydrogène 17 juin 2026
Organisme certificateur Lloyd’s Register
Puissance du moteur 100 % hydrogène 900 à 2 670 kW (environ 1 200 à 3 580 chevaux)
Première certification BeHydro (bicarburant) 2023
Hydrogène embarqué, remorqueur Hydrotug 1 (Anvers-Bruges) 415 kg
Hydrogène embarqué, remorqueur construit au Japon 250 kg
Part du transport maritime dans les émissions mondiales de CO2 environ 3 %

Pour l’instant, aucun calendrier précis de mise en service commerciale du moteur 100 % hydrogène n’a été communiqué par BeHydro ou Lloyd’s Register : l’homologation de type ouvre la voie à des commandes de la part d’armateurs et d’autorités portuaires, mais chaque projet devra encore franchir les étapes classiques de construction et de mise en service. À plus long terme, la trajectoire est claire pour la filière : accumuler les références sur des navires de servitude avant d’envisager, si les solutions de stockage progressent, une extension à des unités plus grandes.

banc d'essai à l'usine ABC Engines de Gand

 

En attendant, cette homologation place l’Europe, et la Belgique en particulier, en position de pionnière sur un segment de la décarbonation maritime que la France observe de près, notamment via les ports qui investissent eux aussi dans les infrastructures hydrogène.

Sources