Hydrogène décarboné : la France désigne ses trois premiers champions et offre 778 millions d’euros

Réunis le 22 juillet en comité de pilotage de la stratégie hydrogène, les ministres Maud Bregeon et Sébastien Martin ont désigné les trois premiers lauréats du mécanisme public de soutien à la production d’hydrogène décarboné. À la clé : 778 millions d’euros d’aides publiques sur quinze ans, pour des projets en Lozère, en Isère et dans la Somme.

Un mécanisme resté six ans en gestation

L’idée d’un soutien public à la production d’hydrogène décarboné par électrolyse remonte à 2020, quand le gouvernement avait dévoilé sa stratégie nationale pour la filière. Mais le dispositif concret, piloté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et opéré par l’Ademe, n’a été lancé que fin 2024. Le 22 juillet 2026, ce mécanisme a produit ses premiers résultats: trois secteurs, la métallurgie, la chimie et les engrais, inaugurent ce soutien public à travers trois projets qui totalisent 161 mégawatts (MW) de capacité d’électrolyse, pour une cible initiale de 200 MW sur ce premier appel d’offres.

Pour Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, cette désignation constitue « une avancée concrète pour la réindustrialisation » du pays. L’annonce s’inscrit dans la continuité de deux textes publiés ces derniers mois : le plan d’électrification du 23 avril 2026 et le plan engrais du 9 juillet, qui vise à faire émerger une filière française d’engrais décarbonés et souverains.

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Trois projets, trois filières industrielles

Le plus modeste des trois projets en puissance, Hydrozère (5 MW), illustre une stratégie de substitution. Porté par Engie, il sera implanté à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère, pour alimenter le site sidérurgique d’ArcelorMittal. L’hydrogène produit par électrolyse de l’eau y remplacera un hydrogène aujourd’hui issu du vaporeformage de méthane, utilisé pour faire fonctionner un four destiné aux traitements de surface de l’acier. Grâce à la faible intensité carbone du mix électrique français, ce basculement réduit directement l’empreinte carbone du site.

Deuxième projet soutenu, eM-Rhône est porté par la PME lyonnaise Elyse Energy. Il représente un investissement total de 700 millions d’euros et doit voir le jour en 2029 sur la plateforme chimique des Roches Roussillon, à Salaise-sur-Rhône (Isère). L’installation prévoit un électrolyseur de 210 MW couplé à du CO2 capté sur la cimenterie Lafarge du Teil, en Ardèche, pour produire 150 000 tonnes par an de méthanol de synthèse destiné à la chimie et au transport maritime, un secteur en quête de carburants alternatifs pour décarboner ses flottes. Le projet doit éviter plus de 2 millions de tonnes de CO2 sur dix ans et générer 320 emplois directs et indirects.

Le troisième projet, FertHySomme, est porté par l’entreprise espagnole FertigHy à Languevoisin-Quiquery, dans la Somme, dans une logique de souveraineté sur les engrais azotés bas-carbone. Les 95 MW d’hydrogène produits serviront à fabriquer de l’ammoniac. Le projet est piloté par un consortium associant notamment la société d’investissement néerlandaise EIT InnoEnergy, l’énergéticien espagnol RIC Energy, la société d’ingénierie italienne Maire, l’industriel allemand Siemens, la coopérative agricole française InVivo et le groupe brassicole néerlandais Heineken. L’investissement, estimé à 1,3 milliard d’euros, doit générer la création de 250 emplois.

Projet Porteur Localisation Puissance Investissement
Hydrozère Engie Saint-Chély-d’Apcher (Lozère) 5 MW Non précisé
eM-Rhône Elyse Energy Salaise-sur-Rhône (Isère) 210 MW 700 M€
FertHySomme FertigHy et consortium Languevoisin-Quiquery (Somme) 95 MW 1,3 Md€

Une brique dans l’objectif d’un gigawatt d’électrolyse

Les trois projets soutenus par l’État ne représentent qu’une partie de l’ambition affichée par le gouvernement, qui s’est fixé une cible d’un gigawatt de capacités d’électrolyse installées. D’autres entreprises devraient donc être soutenues lors de prochaines vagues de l’appel d’offres pour combler l’écart entre les 161 MW aujourd’hui actés et cet objectif global.

Au-delà des volumes, l’enjeu est aussi géographique et sectoriel: en associant sidérurgie (Lozère), chimie (Isère) et engrais (Somme), l’État cherche à démontrer que l’hydrogène décarboné peut irriguer plusieurs pans de l’industrie française plutôt que de rester cantonné à quelques niches. Le projet eM-Rhône, avec sa production de méthanol de synthèse, ouvre en particulier une passerelle vers le monde maritime, où les armateurs cherchent des carburants alternatifs pour respecter les futures normes environnementales.

Hydrogène décarboné

Reste à transformer l’essai: les trois installations doivent encore passer par les phases de construction et de mise en service, avec une échéance à 2029 pour eM-Rhône. La montée en puissance du dispositif sera scrutée de près par une filière industrielle qui a longtemps réclamé de la visibilité réglementaire et financière avant de se lancer dans des investissements aussi lourds.

Sources

  • Le Journal des Entreprises, article détaillant les trois projets lauréats et les propos de Sébastien Martin.
  • GreenUnivers, article du 22 juillet 2026 sur la désignation des lauréats et les volumes d’électrolyse en jeu.