Six cargos, 83 millions d’euros : la Norvège construit la première flotte de vraquiers à hydrogène liquide
L’agence publique norvégienne Enova vient d’accorder une nouvelle subvention à LH2 Shipping pour développer deux vraquiers supplémentaires propulsés à l’hydrogène liquide. Le programme passe ainsi de quatre à six navires et confirme la place de la Norvège en tête de la course au transport maritime zéro émission en Europe du Nord.
Une enveloppe qui passe de quatre à six navires
La Norvège ne relâche pas son effort en faveur de l’hydrogène liquide (LH2) dans le transport maritime. D’après les informations publiées par Mer et Marine, Enova, l’agence chargée de soutenir la transition énergétique du pays, a accordé une nouvelle subvention d’environ 370 millions de couronnes norvégiennes (près de 36 millions de dollars) à l’armateur LH2 Shipping. Ce financement permet à l’entreprise d’étendre son programme de vraquiers à propulsion hydrogène, qui compte désormais six unités destinées au transport maritime à courte distance en mer du Nord et en Baltique.
Avec cette nouvelle enveloppe, le soutien total accordé par l’agence norvégienne atteint 860 millions de couronnes, soit près de 83 millions d’euros. Un engagement public massif qui vise, au-delà des navires eux-mêmes, à faire émerger toute une filière : LH2 Shipping indique que ce financement contribuera aussi à ses travaux sur d’autres applications maritimes zéro émission, notamment dans le transport de passagers et les activités offshore.
Chez Enova, on assume pleinement ce rôle de premier de cordée. « Si nous voulons réussir la transition vers des solutions à faibles émissions et zéro émission dans le secteur maritime, nous dépendons d’acteurs qui osent se lancer les premiers. LH2 Shipping montre comment les compagnies maritimes peuvent prendre les devants et adopter de nouvelles technologies », explique Elin Ulstad Stokland, responsable des initiatives hydrogène et ammoniac de l’agence (propos traduits, rapportés par MarineLink).
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17 tonnes d’hydrogène liquide et 3,4 MW de piles à combustible
Les navires concernés ne sont pas des démonstrateurs de laboratoire, mais des cargos de travail : des vraquiers de 7700 tonnes de port en lourd, longs de 108 mètres, conçus pour le cabotage entre la Norvège, l’Europe continentale et les pays riverains de la Baltique. L’armateur prévoit qu’ils effectueront environ la moitié de leurs opérations au départ de ports norvégiens.
Leur architecture énergétique donne la mesure du défi technique. Chaque navire embarquera un réservoir cryogénique de 17 tonnes d’hydrogène liquide, alimentant 3,4 MW de piles à combustible à membrane échangeuse de protons (PEM). Une batterie de 3 MWh complétera l’ensemble, notamment pour les manœuvres et les opérations portuaires, et les navires pourront se brancher au courant de quai lors des escales lorsque cette infrastructure existera. Des panneaux solaires installés sur les panneaux de cale alimenteront certains équipements auxiliaires.
Le pragmatisme reste toutefois de mise : un groupe électrogène de secours, fonctionnant au diesel ou au biodiesel, assurera la continuité de l’exploitation en cas d’indisponibilité de l’approvisionnement en hydrogène, que ce soit au moment de la livraison des navires ou en cours d’exploitation. LH2 Shipping travaille par ailleurs sur l’optimisation de la coque, de la propulsion et du système énergétique, avec un objectif de réduction de la consommation d’énergie d’au moins 30 % par rapport à des vraquiers conventionnels assurant des services comparables.
L’héritage du MF Hydra et l’enjeu des infrastructures
Si la jeune entreprise, fondée en 2023, peut viser aussi haut, c’est qu’elle ne part pas de zéro. Elle s’appuie sur l’expérience accumulée avec le MF Hydra, premier ferry commercial au monde alimenté à l’hydrogène liquide, exploité en Norvège. Ce projet pionnier a permis de développer des solutions de stockage cryogénique, des systèmes de propulsion à piles à combustible et, point souvent sous-estimé, les procédures de certification associées.

Le pari norvégien dépasse la seule construction navale. Pour que l’hydrogène liquide devienne un carburant maritime crédible, il faudra des chaînes logistiques complètes : production, liquéfaction, transport et avitaillement dans les ports. C’est précisément l’un des objectifs affichés du programme, qui doit servir de locomotive au développement de ces infrastructures d’avitaillement à l’échelle de la façade nord-européenne. Un enjeu que suivent de près les autres pays du continent, dont la France, qui structure sa propre filière hydrogène tout en explorant les carburants alternatifs pour sa flotte de commerce.
Le programme en chiffres
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Nombre de vraquiers prévus | 6 (contre 4 auparavant) |
| Nouvelle subvention Enova | Environ 370 millions de couronnes (près de 36 M$) |
| Soutien public total | 860 millions de couronnes (près de 83 M€) |
| Port en lourd des navires | 7700 tonnes |
| Longueur | 108 mètres |
| Réservoir d’hydrogène liquide | 17 tonnes |
| Puissance des piles à combustible | 3,4 MW |
| Batterie embarquée | 3 MWh |
| Gain de consommation visé | Au moins 30 % |
Reste la question du calendrier. Ni l’armateur ni Enova n’ont communiqué de date de livraison précise pour ces six vraquiers, dont la moitié des rotations doit partir de ports norvégiens. Les prochaines étapes attendues sont la finalisation des contrats de construction et le déploiement des premières capacités d’avitaillement en hydrogène liquide. Si le pari réussit, la mer du Nord et la Baltique pourraient devenir le premier bassin de navigation au monde où des cargos à hydrogène assurent des lignes régulières, avec une longueur d’avance que les autres façades maritimes européennes auront fort à faire pour combler.
Sources
- MarineLink : annonce du soutien d’Enova et déclaration de l’agence norvégienne.
- Safety4Sea : contexte sur la stratégie de LH2 Shipping et le financement public norvégien.