Non, l’abandon des catapultes électromagnétiques par Trump ne menace pas le porte-avions français

Donald Trump a ordonné le retour aux catapultes à vapeur sur les futurs porte-avions américains, abandonnant la technologie électromagnétique développée à prix d’or par General Atomics. À Paris, le ministère des Armées assure que cette décision ne change rien aux plans du futur porte-avions français, la France Libre.

Un mémorandum qui acte un revirement technique majeur

Dans un mémorandum signé le 13 août, le président américain a tenu la promesse qu’il avait faite quelques mois plus tôt à bord de l’USS George Washington : abandonner les catapultes électromagnétiques (EMALS, pour Electromagnetic Aircraft Launch System) au profit d’un retour aux catapultes à vapeur. Ce changement s’appliquera à partir de la quatrième unité de la classe Ford, l’USS Doris Miller (CVN81), rapporte Zone Militaire (Opex360).

Développées non sans mal par l’industriel américain General Atomics, les EMALS sont associées à un dispositif d’arrêt appelé AAG (Advanced Arresting Gear). Leur fonctionnement repose sur un moteur linéaire à induction électromagnétique dont l’alimentation varie selon la masse de l’appareil à catapulter, une technologie plus complexe, mais aussi plus prometteuse, que les catapultes à vapeur utilisées depuis des décennies. Selon l’US Navy elle-même, les premiers retours d’expérience du déploiement de l’USS Gerald R. Ford, qui en est équipé, ont montré que les EMALS permettaient d’augmenter la cadence de lancement des avions par rapport à celle d’un porte-avions de la classe Nimitz.

La décision de Donald Trump pourrait avoir des conséquences sur le futur avion de sixième génération de l’US Navy, une EMALS permettant notamment de catapulter des appareils plus lourds tout en réduisant les contraintes mécaniques sur leur cellule. Mais elle interroge aussi, à des milliers de kilomètres de là, sur l’avenir d’un programme naval français.

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Trois catapultes déjà commandées pour la France Libre

Le futur porte-avions de la Marine nationale, baptisé France Libre par Emmanuel Macron le 18 mars 2026 sur le site de Naval Group à Indret, doit succéder au Charles de Gaulle à l’horizon 2038. Avec un tonnage annoncé de 78 000 tonnes pour 310 mètres de long, soit près du double du Charles de Gaulle, il doit être le plus grand navire de guerre jamais construit en France. Le programme représente un investissement d’au moins 12,2 milliards d’euros.

France Libre

Contrairement au Charles de Gaulle, équipé de deux catapultes à vapeur, la France Libre doit intégrer trois catapultes électromagnétiques, déjà commandées auprès de General Atomics, pour ce navire censé, selon les mots du ministère des Armées, « délivrer une puissance aérienne offensive sans précédent grâce à un doublement des sorties aériennes et à une amélioration de la létalité des armements qu’il embarquera ». Le revirement américain place donc la France dans une position délicate : elle a fait le choix, il y a plusieurs années, de s’appuyer sur une technologie que son concepteur original vient en partie de délaisser.

Paris temporise et prépare une option souveraine

Face à l’inquiétude suscitée par la décision américaine, le ministère des Armées s’est voulu rassurant dans un communiqué transmis samedi 15 août à l’Agence France-Presse (AFP) et relayé par Zone Militaire. « Aucun risque technique ou industriel particulier n’est identifié pour la fabrication des catapultes électromagnétiques destinées à la France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies », a assuré le ministère.

Celui-ci a précisé que « les trois premiers porte-avions, qui sont, soit en service (l’USS Gerald R. Ford), soit en construction (USS John F. Kennedy et USS Enterprise), sont déjà équipés de catapultes électromagnétiques. Ces équipements sont développés et opérationnels. La chaîne de fabrication et d’entretien de ces catapultes est donc active ». Le ministère a ajouté que la Direction générale de l’armement (DGA) échangeait avec ses homologues américains, qui mènent eux-mêmes leurs propres analyses sur le sujet.

Si l’acquisition des trois EMALS n’est donc pas remise en cause pour la France Libre, leur maintien en condition opérationnelle pourrait en revanche s’avérer plus coûteux à long terme, la chaîne industrielle américaine se recentrant désormais sur la vapeur pour les prochaines unités. Consciente du risque, la représentation nationale a anticipé le coup : la loi portant actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit un amendement pour mener une étude de faisabilité sur les modalités de développement d’un système de catapultes électromagnétiques souverain, c’est-à-dire conçu et produit en France.

Le dossier des catapultes en quelques chiffres
13 août 2026 Date du mémorandum de Donald Trump actant le retour à la vapeur
3 Catapultes électromagnétiques commandées pour la France Libre auprès de General Atomics
78 000 tonnes Tonnage annoncé de la France Libre, contre environ 42 000 tonnes pour le Charles de Gaulle
12,2 milliards € Investissement minimal annoncé pour le programme du futur porte-avions
2038 Entrée en service prévue de la France Libre

Reste que cet épisode illustre la dépendance industrielle que crée le choix d’une technologie étrangère pour un programme naval aussi stratégique. Les discussions entre la DGA et ses homologues américains, toujours en cours, devraient permettre d’y voir plus clair sur le coût réel de la maintenance à long terme. En attendant, le calendrier du programme France Libre reste, à ce stade, inchangé : les études de conception se poursuivent à Nantes, avec une mise en service toujours annoncée pour 2038, et l’étude de faisabilité sur une alternative française devrait apporter ses premières conclusions dans les prochains mois.

Sources