1,3 milliard de dollars : les catapultes du futur porte-avions France Libre viennent des États-Unis
Le contrat d'achat des catapultes EMALS du porte-avions France Libre a été confirmé indirectement par le chef d'état-major de la Marine nationale.
Le contrat d’achat des catapultes électromagnétiques du futur porte-avions français France Libre a bien été notifié aux États-Unis. L’amiral Christophe Cluzel, chef d’état-major de la Marine nationale, l’a indirectement confirmé devant les députés, ouvrant la voie à une annonce officielle lors du salon Euronaval.
Une confirmation obtenue par petites touches
C’est à l’occasion de son audition devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le 14 octobre, que l’amiral Christophe Cluzel a indirectement confirmé la notification du contrat portant sur l’acquisition des catapultes électromagnétiques EMALS (Electromagnetic Aircraft Launch System) du futur porte-avions France Libre. Selon Mer et Marine, qui avait recueilli l’information dès l’été auprès de sources bien informées, la nouvelle a ensuite été indirectement corroborée par le commissaire général du salon Euronaval, où une annonce officielle pourrait logiquement intervenir en fin d’année.
Interrogé sur les conséquences possibles d’un abandon de cette technologie par les États-Unis au profit de catapultes à vapeur, une option un temps envisagée par Donald Trump, le chef d’état-major de la Marine nationale s’est voulu rassurant. « La décision américaine n’a pas encore été prise », a-t-il affirmé, rappelant qu’un tel choix aurait des conséquences opérationnelles pour l’US Navy elle-même. Il a souligné que « la catapulte électromagnétique se distingue par sa redoutable fiabilité et sa souplesse d’emploi », en précisant que les Américains ont réalisé près de 40 000 coups de catapultes électromagnétiques depuis leur mise en service, avec un taux de disponibilité qui avoisine les 98 %.
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Trois catapultes et un système d’appontage, fournis par General Atomics
Le successeur du Charles de Gaulle doit être équipé de trois catapultes EMALS et d’un système de récupération par brins d’arrêt AAG (Advanced Arresting Gear), deux technologies produites par le groupe américain General Atomics, seul industriel occidental à les maîtriser aujourd’hui à ce niveau de maturité. D’après Naval News, le design retenu pour le porte-avions de nouvelle génération (PA-Ng) prévoit que deux des trois voies de catapultage soient positionnées à l’avant du navire, afin de permettre la mise en œuvre simultanée de drones de combat (UCAV) et d’avions pilotés.
Des essais de compatibilité entre le Rafale et le système américain ont déjà débuté sur la base de Lakehurst, dans le New Jersey. La Marine nationale y attend une hausse sensible de la masse maximale au décollage de ses chasseurs par rapport aux capacités actuelles du Charles de Gaulle, qui utilise lui-même des catapultes à vapeur américaines depuis sa mise en service en 2001. Le nombre final de catapultes commandées a, selon Naval News, longtemps relevé d’un arbitrage politique rendu au plus haut niveau de l’État, le financement provenant de l’enveloppe supplémentaire annoncée par le président de la République le 13 juillet 2025.
Un choix structurant qui engage la France jusque dans les années 2080
Ce choix technologique n’est pas sans susciter des interrogations à l’Assemblée nationale. Un rapport parlementaire déposé le 1er avril 2026 a pointé la dépendance que crée l’acquisition de catapultes et d’un système d’appontage entièrement américains, à la fois pour leur installation et pour leur maintenance à long terme. Des députés ont ainsi demandé une étude de faisabilité pour une alternative nationale, évoquant notamment Alstom, Schneider Electric et Cegelec comme contributeurs industriels potentiels, sans qu’aucune commande n’ait toutefois été passée en ce sens.
Sur le plan budgétaire, les ordres de grandeur varient selon les sources : les documents budgétaires évoquent une enveloppe totale avoisinant 12,2 milliards d’euros pour le programme de porte-avions, hors coût des avions embarqués, quand les déclarations officielles mentionnent plutôt environ 10 milliards d’euros. Côté américain, l’avis de vente militaire à l’étranger (FMS) publié par la Defense Security Cooperation Agency évalue à 1,321 milliard de dollars la valeur maximale du paquet EMALS et AAG, incluant l’installation, la documentation, les essais, la formation et le soutien. Ce chiffre porte toutefois sur deux lanceurs dans la notice américaine, quand la presse française évoque trois catapultes : le coût de la troisième n’a, à ce stade, fait l’objet d’aucune communication officielle.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Catapultes EMALS prévues | 3 |
| Valeur maximale du contrat FMS (EMALS + AAG, 2 lanceurs) | 1,321 milliard de dollars |
| Déplacement du futur porte-avions | 78 000 tonnes |
| Longueur / largeur | 310 m / environ 90 m |
| Groupe aérien embarqué | environ 30 avions de combat |
| Disponibilité EMALS (retour d’expérience US) | près de 98 % sur 40 000 catapultages |
Au-delà du débat budgétaire, c’est la question de la souveraineté industrielle qui structure les échanges parlementaires : les rapporteurs estiment que la France ne pourrait maintenir seule certaines capacités critiques que pendant « quelques mois » en cas d’arrêt des livraisons d’un fournisseur étranger. Le gouvernement, de son côté, met en avant la fiabilité opérationnelle du système américain et le calendrier déjà engagé du programme.
Après la pose de la première tôle, attendue à Saint-Nazaire sur le site des Chantiers de l’Atlantique à partir de 2032, le futur porte-avions doit être transféré à Toulon aux alentours de la mi-2035, avant des essais en mer programmés pour 2036. Son entrée en service active est prévue à partir de 2038, pour prendre le relais du Charles de Gaulle, en service depuis près de quarante ans. Une annonce officielle sur le contrat des catapultes pourrait intervenir dans les prochaines semaines, le salon Euronaval, qui se tient à Paris Nord Villepinte, offrant une tribune naturelle à la Marine nationale et à Naval Group pour lever le voile sur ce volet sensible du programme.
Sources
- Naval News, détails techniques sur la configuration des catapultes et le calendrier du programme PA-Ng.
- L’Essentiel de l’Éco, analyse budgétaire et enjeux de dépendance industrielle, à partir du rapport parlementaire et de l’avis FMS américain.