Détroit d’Ormuz : accord de six pays, France incluse, pour le sécuriser

La situation au Moyen-Orient demeure alarmante après trois semaines de conflit initié par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Depuis le déclenchement des hostilités le 28 février, le climat est extrêmement tendu, affectant des régions allant jusqu’aux rives de la Méditerranée. Plus de 1 000 navires marchands et près de 20 000 membres d’équipage sont bloqués dans le golfe Arabo-persique, où des attaques ont déjà causé la mort et des disparitions.

Le conflit menace sérieusement les approvisionnements en énergie à l’échelle mondiale

La fermeture du détroit d’Ormuz, qui constitue un point névralgique pour le commerce, a interrompu les exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié des pays du Golfe, représentant 20% des échanges mondiaux. Les frappes répétées sur des infrastructures de production laissent entrevoir des conséquences économiques potentiellement lourdes et durables.

Des frappes sur des infrastructures énergétiques critiques

Les forces israéliennes ont intensifié leurs attaques en frappant, le 18 mars, le champ gazier de South Pars en Iran, une réserve clé pour le pays.

En réponse, Téhéran a ciblé le complexe de production de GNL de Ras Laffan au Qatar, le plus important du pays, avec des missiles qui ont causé, selon Doha, des « dommages considérables » et une diminution de 17% des capacités d’exportation. Qatar Energy annonce qu’il faudra entre trois et cinq ans pour restaurer les infrastructures.

Ras Laffan Qatar

De plus, l’Iran a également frappé des raffineries en Koweït et à Yanbu, en Arabie Saoudite, ce qui est particulièrement préoccupant car c’est à Yanbu que se situe un oléoduc permettant d’acheminer le pétrole vers la mer Rouge, contournant ainsi le golfe.

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Augmentation des prix du pétrole et du gaz avec des conséquences mondiales

Ces nouvelles offensives ont entraîné une montée des cours des matières premières. Le baril de Brent a atteint presque 104 dollars le 19 mars (+45,56% en un mois), tandis que le prix du gaz s’est élevé à 61,8 euros le MWh pour le Dutch TTF (+84,51% en un mois). Cette hausse continue des prix suscite des inquiétudes quant à ses répercussions sur l’économie mondiale, pouvant mener à une récession si la situation perdure.

Pour atténuer les effets de cette crise, l’Agence internationale de l’énergie a décidé, le 15 mars, de libérer 400 millions de barils de réserves stratégiques sur le marché, notamment en Asie et en Océanie.

Condamnation des attaques contre le commerce et les infrastructures énergétiques

Face à cette escalade, les dirigeants d’Allemagne, de France, d’Italie, du Japon, des Pays-Bas et du Royaume-Uni ont publié une déclaration conjointe le 19 mars :

Nous condamnons avec la plus grande fermeté les récentes attaques menées par l’Iran contre des navires commerciaux non armés dans le Golfe, les attaques contre des infrastructures civiles, notamment des installations pétrolières et gazières, ainsi que la fermeture de fait du détroit d’Ormuz par les forces iraniennes ».

La crainte d’un minage du détroit

Il est significatif que ces pays mentionnent « des opérations de minage, » bien qu’aucune preuve de mines iraniennes à Ormuz n’ait été apportée jusqu’à présent.

Toutefois, cette menace est bien réelle et constitue, historiquement, l’un des principaux moyens de dissuasion de Téhéran, qui envisagerait de créer un couloir maritime le long de ses côtes, derrière l’île de Qeshm, afin de garder le contrôle sur le passage des navires tout en renforçant la menace d’un minage de la partie restante d’Ormuz.

Appel à un moratoire sur les attaques visant des infrastructures civiles et la sécurité en mer d’Ormuz

Berlin, Paris, Rome, Tokyo, La Haye et Londres demandent « un moratoire immédiat et complet sur les attaques visant les infrastructures civiles, y compris les installations pétrolières et gazières, » ainsi que sur les sites de désalinisation essentiels pour la production d’eau douce dans les pays du Golfe. Les dirigeants des six nations se déclarent également « prêts à contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit, » saluant « l’engagement des pays qui participent à la planification préparatoire. »

« Nous ne participerons à aucune ouverture de force du détroit »

Lors d’une rencontre à Bruxelles le 19 mars, au Conseil européen rassemblant les chefs d’État et de gouvernement de l’UE, Emmanuel Macron a réaffirmé que « la France défend le retour à la négociation, au dialogue » et qu’elle appelle « à la désescalade et au retour à la stabilité dans la région. » À la sortie de ce Conseil, le président français a évoqué ses discussions avec ses homologues européens au sujet d’Ormuz : « J’ai redit qu’une fois que la situation serait plus calme, la France était prête avec d’autres nations à prendre la responsabilité d’un système d’escorte de navires, dans le détroit, dans le cadre d’une mission qui n’a pas vocation à être une action de vive force et qui devra faire l’objet d’échanges et d’une déconfliction avec l’Iran. Ceci implique d’associer tous les acteurs du secteur maritime, transporteurs comme assureurs. En revanche, nous ne participerons à aucune ouverture de force du détroit dans le contexte des opérations de guerre et des bombardements en cours. »

Une planification est actuellement en cours d’élaboration au niveau européen et probablement dans le cadre de l’OTAN. Dans le même temps, l’Organisation maritime internationale plaide pour la mise en place d’un corridor maritime permettant d’évacuer les navires et leurs équipages bloqués dans le Golfe, devenus des cibles potentielles dans une zone à très haut risque. Paris, de son côté, consulte les membres du Conseil de sécurité des Nations unies afin d’évaluer la possibilité de faire adopter une résolution visant à permettre la réouverture sécurisée du détroit.

Une planification est en cours au niveau européen et probablement dans le cadre de l’OTAN pour envisager une sécurisation du trafic maritime dans le Golfe. L’Organisation maritime internationale plaide pour la création d’un corridor permettant d’évacuer les navires et leurs équipages bloqués dans la zone. En parallèle, la France consulte les membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour évaluer la possibilité d’une résolution visant à permettre la réouverture du détroit.

Une présence navale française en posture défensive

La Marine nationale dispose déjà d’un dispositif important entre la Méditerranée orientale, la mer Rouge et le Golfe, articulé autour du porte-avions Charles de Gaulle, du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et de plusieurs frégates. La France participe également à l’opération européenne Aspides, lancée en 2024 pour protéger le trafic commercial contre les attaques de drones et de missiles en mer Rouge.

Le groupe aéronaval français reste pour l’instant dans une posture strictement défensive, avec pour mission principale la protection des navires et des intérêts européens dans la région.

Ormuz, un verrou militaire difficile à rouvrir

La reprise du trafic commercial dans le détroit d’Ormuz est aujourd’hui extrêmement risquée sans accord politique. La zone, très étroite et proche des côtes iraniennes, est exposée à de nombreuses menaces : missiles anti-navires, mines, vedettes rapides et drones.

Sans accord entre les belligérants, la sécurisation du détroit nécessiterait une opération militaire de grande ampleur visant à neutraliser les capacités militaires iraniennes le long du littoral, ce qui représenterait une opération complexe et potentiellement longue.

Le rôle déterminant des États-Unis

Les États-Unis restent les seuls à disposer des moyens militaires nécessaires pour mener une telle opération, notamment en matière aéronavale et amphibie. Un groupe amphibie centré autour de l’USS Tripoli avec environ 2 500 Marines a été déployé dans la région, ce qui pourrait permettre des opérations contre certaines positions stratégiques iraniennes.

USS Tripoli

Toutefois, même pour Washington, rouvrir militairement le détroit d’Ormuz sans escalade majeure resterait une opération particulièrement risquée, ce qui explique pourquoi la solution diplomatique demeure, à ce stade, l’option la plus probable.