Faute de tarif fixé par l’État, l’hydrolien français patine au Raz Blanchard

Les projets pionniers d’hydroliennes FloWatt et NH1, au Raz Blanchard, dans la Manche, ne peuvent pas boucler leur financement faute d’un tarif de rachat de l’électricité fixé par le gouvernement. Une filière pourtant inscrite dans la programmation pluriannuelle de l’énergie avec un appel d’offres de 250 mégawatts, et qui pourrait donner naissance à la plus puissante ferme hydrolienne du monde si le blocage administratif se dénoue à temps.

Deux projets prêts à tourner, bloqués par un chiffre manquant

Sur le papier, la filière hydrolienne française avait toutes les raisons d’avancer sereinement : un cadre inscrit dans la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), publiée le 12 février 2026, des subventions déjà actées et des permis validés. Dans les faits, les deux projets pionniers du secteur, FloWatt (17 MW) et NH1 (12 MW), tous deux implantés au Raz Blanchard, restent suspendus à une décision que seul le gouvernement peut trancher : le niveau du tarif de rachat garanti pour l’électricité qu’ils produiront.

Sans ce chiffre, les deux groupements industriels ne peuvent ni finaliser le montage financier de leurs projets respectifs, ni obtenir l’accord des banques, pourtant indispensable avant la fin de l’année. Le calendrier est serré : une clôture financière est prévue pour fin 2026, en vue d’une mise en service en 2028. Les porteurs de projets ont tiré la sonnette d’alarme lors du salon Seanergy, consacré aux énergies marines renouvelables, à Nantes, regrettant notamment l’absence de la ministre de l’Énergie Maud Bregeon, dont la venue aurait pu faire avancer les discussions. Des échanges menés en 2021 évoquaient un tarif compris entre 255 et 310 euros du mégawattheure, mais aucune décision n’a depuis été rendue publique.

Lire en complément: Bruxelles valide le plus gros pari français sur l’éolien en mer pour 63 milliards d’euros

Le Raz Blanchard, un gisement d’énergie prévisible unique en Europe

Le choix du site n’est pas anodin. Le Raz Blanchard, au large du Cotentin, présente l’un des courants marins les plus puissants d’Europe, avec des vitesses pouvant atteindre cinq mètres par seconde. FloWatt y prévoit l’immersion de six hydroliennes à axe vertical, conçues par l’entreprise grenobloise HydroQuest et construites par les Constructions mécaniques de Normandie (CMN) à Cherbourg, à environ trois kilomètres au large. Une fois en service, la ferme devrait produire l’équivalent de la consommation électrique de plusieurs milliers de foyers, avec un atout que ne partagent ni l’éolien ni le solaire : une production totalement prévisible, calée sur le rythme des marées, sans aucun impact visuel depuis la côte.

Raz Blanchard éolienne

C’est précisément cette prévisibilité qui rend la technologie stratégique pour le mix électrique français. Contrairement à l’éolien ou au solaire, dont la production varie avec la météo, l’hydrolien fournit une électricité calculable des mois à l’avance, ce qui en fait un complément naturel aux autres énergies renouvelables plutôt qu’un concurrent. Le potentiel français est estimé à environ 5 gigawatts, principalement réparti entre le Raz Blanchard, dans la Manche, et le passage du Fromveur, au large d’Ouessant, en Bretagne.

Une filière naissante entre ambition industrielle et incertitude politique

Indicateur Valeur
Puissance du projet FloWatt 17 MW (6 hydroliennes)
Puissance du projet NH1 12 MW
Appel d’offres national programmé (PPE3) 250 MW d’ici 2030
Prix plafond fixé par la PPE3 160 €/MWh
Potentiel hydrolien français estimé ≈ 5 GW (Raz Blanchard et Fromveur)
Clôture financière visée pour FloWatt et NH1 Fin 2026
Mise en service visée 2028

Publiée en février 2026, la PPE3 a pourtant validé le principe d’un premier appel d’offres de 250 mégawatts d’ici 2030, avec un prix plafond fixé à 160 euros le mégawattheure. Une décision saluée à l’époque par les industriels du secteur. « FloWatt est un projet aujourd’hui validé et sécurisé, fruit d’un travail collectif solide. Il posera les bases des prochains appels d’offres grâce à une technologie éprouvée et un retour d’expérience unique », avait salué Olivier Guiraud, directeur du développement des énergies marines renouvelables chez Qair, coactionnaire du projet aux côtés d’HydroQuest. Thomas Jalquier, président d’HydroQuest, y voyait de son côté « une avancée capitale pour la filière et un signal positif envoyé aux investisseurs et industriels », permettant de « poursuivre notre trajectoire de déploiement à la fois compétitive et créatrice d’emplois ».

Mais entre ce cadre national validé et le tarif de rachat individuel dont dépend le financement concret de FloWatt et NH1, un maillon manque encore. Ce décalage illustre une difficulté récurrente des filières d’énergies marines renouvelables naissantes en France : la validation d’un principe budgétaire général ne suffit pas toujours à débloquer, dans les délais impartis par les industriels et leurs banques, les arbitrages tarifaires précis dont dépend chaque projet.

Si le gouvernement tranche dans les prochains mois, la France pourrait accueillir la plus puissante ferme hydrolienne jamais déployée au monde dès 2028. Dans le cas contraire, les deux consortiums risquent de perdre leur fenêtre de financement bancaire avant la fin de l’année, avec le risque de voir une filière que la France a longtemps présentée comme un atout de sa transition énergétique prendre du retard face à des concurrents européens, notamment britanniques et écossais, déjà plus avancés.

Sources

  • Hello Watt : état des lieux du blocage tarifaire des projets FloWatt et NH1 au Raz Blanchard, avec éléments du salon Seanergy à Nantes.
  • Enerzine : détails techniques du projet FloWatt et citations des dirigeants de Qair et HydroQuest sur l’inscription de l’hydrolien dans la PPE3.
  • Ministère de la Transition écologique : communiqué originel de soutien de France 2030 au projet FloWatt et présentation du potentiel hydrolien français.