4,3 milliards d’euros : la Suède commande ses futures frégates de guerre à un chantier français

Trois mois après avoir choisi la frégate française face à ses concurrents britannique et espagnol, la Suède a signé lundi 31 août à Stockholm la commande ferme de quatre bâtiments FDI construits à Lorient. Un contrat de plus de 4,3 milliards d’euros qui porte à treize le nombre de ces frégates vendues à l’export par Naval Group.

Un contrat signé à bord de la frégate française, sous les yeux de Macron et Kristersson

La scène a un fort pouvoir symbolique. C’est à bord de l’Amiral Ronarc’h, tête de série du programme FDI (frégate de défense et d’intervention) et première unité de ce type livrée à la Marine nationale, que le contrat a été signé le 31 août entre Naval Group et le FMV (Försvarets materielverk), l’équivalent suédois de la Direction générale de l’armement. Le bâtiment français, spécialement venu à Stockholm pour l’occasion et escorté par la corvette suédoise Sundsvall, a servi de décor à la cérémonie, en présence du président français Emmanuel Macron et du premier ministre suédois Ulf Kristersson.

Le contrat, évalué à environ 4,3 milliards d’euros (47,7 milliards de couronnes suédoises), porte sur quatre frégates qui formeront la classe Luleå. Il intervient un peu plus de trois mois après l’annonce, le 19 mai, du choix de la FDI par Stockholm, au terme d’une compétition qui opposait Naval Group au design Arrowhead 120 du britannique Babcock (associé à Saab) et à l’Alfa-4000 de l’espagnol Navantia.

« Je suis extrêmement heureux d’être à Stockholm aujourd’hui pour signer le contrat relatif à la livraison de quatre frégates FDI à la Suède, étape majeure de la coopération entre nos deux pays. C’est un honneur de mettre notre savoir-faire au service de la souveraineté et de la supériorité navale de la Marine royale suédoise, et je remercie les autorités suédoises pour leur confiance », a déclaré Pierre Éric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, cité dans le communiqué du groupe.

frégate française Amiral Ronarc'h

Les quatre frégates seront construites au chantier Naval Group de Lorient. La première doit être livrée en 2030, les trois suivantes en 2032, 2033 et 2034, un rythme rendu possible par une ligne de production déjà rodée grâce aux deux premiers clients de la FDI, les marines française et grecque.

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Une frégate largement suédoise dans ses équipements

Longues d’environ 122 mètres pour près de 18 mètres de large et plus de 4 600 tonnes à pleine charge, les futures Luleå reprendront la plateforme déjà retenue par Paris et Athènes, avec une propulsion assurée par quatre moteurs diesels MTU de 8 MW permettant une vitesse maximale de 27 nœuds. Mais leur armement se distinguera nettement de celui des FDI françaises et grecques, avec une forte proportion d’équipements suédois fournis par Saab : huit missiles antinavires RBS-15 en lieu et place des Exocet MM40, une tourelle de 57 mm Bofors à la place du canon de 76 mm Leonardo, un radar supplémentaire Sea Giraffe et des torpilles Torped 47.

Sur le plan de la défense antiaérienne, les Luleå embarqueront trois lanceurs verticaux Sylver A50 (24 missiles Aster 30 de MBDA France) ainsi que de nouveaux lanceurs à froid développés par le site Naval Group de Ruelle, capables de tirer 24 missiles CAMM ER de MBDA UK, une arme britannique intégrée pour la première fois sur une FDI. Une évolution qui, selon Naval Group, pourrait renforcer les chances du programme dans d’autres compétitions à l’export, notamment celle en cours au Danemark, où la FDI affronte l’Arrowhead 140 de Babcock pour la fourniture de trois à quatre futures frégates.

Un accord cadre de défense et une proposition de missile de croisière

La commande des frégates s’accompagne d’un accord cadre de coopération de défense, signé par la ministre française des Armées Catherine Vautrin et son homologue suédois Pål Jonson. Ce texte couvre trois axes selon l’Élysée : un volet politico-militaire (présence française renforcée dans le Grand Nord et en Baltique), un volet industriel (achats croisés d’avions de surveillance GlobalEye, de missiles Akeron MP et NLAW, de vedettes rapides CB90) et un volet opérationnel élargi aux domaines terrestre, aérien, spatial et cyber.

Fait notable, la France a par ailleurs proposé à la Suède son missile de croisière naval (MdCN), une arme à longue portée (plus de 1 000 km) jusqu’ici jamais exportée. Il ne s’agit pour l’instant que d’une offre : les FDI suédoises n’ont plus de fosses de lancement vertical disponibles pour l’accueillir sans sacrifier une partie de leur dotation en missiles Aster. Compte tenu de sa position sur la Baltique, Stockholm pourrait davantage s’intéresser à la version sol-sol de cette arme, déjà présentée par MBDA dans le cadre du programme européen ELSA.

Les chiffres clés du contrat

Élément Donnée
Montant du contrat Environ 4,3 milliards d’euros (47,7 Md SEK)
Nombre de frégates commandées 4 (classe Luleå)
Chantier de construction Naval Group, Lorient
Première livraison 2030
Livraisons suivantes 2032, 2033, 2034
FDI vendues à l’export au total 13 (France, Grèce, Suède)
Longueur / déplacement Environ 122 m / plus de 4 600 tonnes

Dans un contexte géostratégique dégradé, marqué par une pression russe accrue sur l’Europe du Nord, ce succès conforte la position de Naval Group en Scandinavie, un an après avoir perdu la compétition norvégienne face à la frégate T26 britannique. Il intervient aussi alors que le groupe cherche à convaincre le Danemark, et qu’il se positionne en Belgique comme alternative possible au programme belgo-néerlandais confié à Damen.

D’ici 2027, la Marine nationale doit de son côté réceptionner sa deuxième FDI, l’Amiral Louzeau, tandis que la marine hellénique attend la livraison de son propre deuxième exemplaire, le Nearchos, fin octobre 2026. Le calendrier suédois, lui, s’étalera jusqu’en 2034, année de livraison de la quatrième et dernière Luleå.

Sources