Antarctique : une hausse de 1,6 mètre des niveaux marins d’ici 2050 ?

L’augmentation du niveau des mers constitue un enjeu majeur découlant de la fonte des glaciers, en particulier dans la région antarctique.

Les inquiétudes face à des changements majeurs

Quel sera le niveau d’élévation des océans ? Comment le changement climatique affectera-t-il cette hausse déjà en cours ? Ces questions préoccupent les experts en climatologie et glaciologie, qui voient en l’Antarctique une source significative d’incertitudes pour le futur.

Ce continent possède des millions de milliards de tonnes de glace, formant une calotte aux structures complexes. Le déplacement de cette glace vers les océans est l’un des principaux facteurs contribuant à l’augmentation du niveau marin. Si la calotte glaciaire antarctique devait disparaître entièrement, cela entraînerait une élévation du niveau des mers de 58 mètres, un scénario jugé peu probable. Néanmoins, de nombreuses interrogations persistent concernant la fonte partielle et les dynamiques de certains glaciers, rendant ainsi les prévisions pour 2100 très incertaines.

Le réchauffement climatique au cœur des prévisions

La montée des eaux

Si les tendances climatiques actuelles se maintiennent, avec un réchauffement anticipé de 2,7 °C d’ici 2100, le niveau de la mer pourrait augmenter de 44 à 76 centimètres, selon les estimations du GIEC, par rapport à la période de référence 1995-2014.

Dans un scénario pessimiste, avec de fortes émissions de gaz à effet de serre, cette élévation pourrait se situer entre 63 centimètres et 1,01 mètre. En prenant en compte des facteurs jugés peu probables, l’augmentation pourrait atteindre jusqu’à 1,6 mètre. Des chercheurs, dans une étude de 2019, identifient même des probabilités que cette élévation dépasse les 2 mètres d’ici 2100.

Conséquences pour l’humanité

Ces variations dans les prévisions soulèvent des préoccupations sérieuses, car une hausse de quelques centimètres peut déjà entraîner des effets catastrophiques. Si la température mondiale s’établit à 2 °C au lieu de 1,5 °C d’ici 2100, le GIEC prévoit une élévation moyenne supplémentaire de 10 centimètres, rendant 10 millions de personnes encore plus vulnérables.

La montée du niveau marin engendre des risques accrus tels que des inondations, l’érosion des côtes, la salinisation des terres et des sources d’eau douce, ainsi que des destructions causées par des événements climatiques extrêmes. D’ici 2050, environ 1 milliard d’individus vivant en zones côtières pourraient faire face à ces dangers, selon les analyses du GIEC.

Les mystères entourant la calotte antarctique constituent l’une des lacunes majeures dans notre compréhension des processus critiques qui ralentissent l’adaptation au changement climatique, d’après une étude publiée en février 2025 dans la revue Science.

Il est crucial d’éliminer ces incertitudes, mais les chercheurs font face à des défis significatifs en Antarctique, notamment en ce qui concerne la durée des périodes étudiées.

Les changements à long terme des glaciers, qui existent depuis des millénaires, sont particulièrement difficiles à analyser, car les données directes ne remontent souvent qu’aux années 1990 et au début de l’ère des satellites spécialisés. En comparaison, trois décennies demeurent insuffisantes pour appréhender l’immense inertie de ces géants de glace.

Certains scientifiques suggèrent que le retrait actuel des glaciers pourrait être influencé par un fort épisode d’El Niño survenu dans les années 1940. Toutefois, nous n’avons pas de certitude quant à l’état de la calotte à cette époque.

Un autre défi réside dans le fait que les processus en jeu ne suivent pas une logique linéaire. La désorganisation des glaciers peut se produire de manière soudaine. Une fois qu’un certain seuil de réchauffement global est atteint, cela peut occasionner ce que l’on appelle un point de bascule climatique. Par exemple, lorsque la fonte recule un glacier, celui-ci peut atteindre une position où la pente du socle rocheux devient défavorable. Dès lors, le glacier est condamné à reculer de façon irréversible, même si les températures se stabilisaient miraculeusement.

Antarctique une hausse de 1,6 mètre des niveaux marins d’ici 2050

Ce mécanisme d’instabilité de la calotte marine, désigné par l’acronyme Misi (pour Marine Ice Sheet Instability), est bien connu, mais de nombreuses incertitudes demeurent quant au moment de son activation et à sa rapidité. De même, le comportement des plateformes de glace flottantes, qui sont des masses de glace attachées aux glaciers du continent et qui flottent sur l’eau, reste difficile à prévoir. Elles jouent un rôle stabilisateur pour les glaciers, mais leur rupture est sujette à des aléas.

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Température de bascule indéterminée

La température à laquelle ces points de bascule pourraient être atteints demeure également floue. Une étude parue en mai 2025 dans Communications Earth & Environment a ainsi suggéré que la limite de 1,5 °C de réchauffement pourrait déjà être trop élevée pour prévenir l’activation de ces points de bascule et une élévation de plusieurs mètres du niveau des mers dans les siècles à venir.

Pour mieux anticiper ces phénomènes, les glaciologues doivent modéliser des éléments qui échappent à l’observation directe. Cela implique de comprendre ce qui se produit sous une calotte pouvant atteindre plusieurs kilomètres d’épaisseur, dont seule la surface peut être analysée par satellite.

À ces incertitudes s’ajoutent également des doutes relatifs à des processus encore hypothétiques, tels que l’instabilité des falaises de glace, ou Mici (Marine Ice Cliff Instability). Contrairement au Misi évoqué précédemment, ces deux termes désignent des types d’instabilités différents. Le Misi concerne le risque d’éboulement des plateformes de glace flottantes, tandis que le Mici se concentre sur la fragilisation potentielle des falaises de glace, qui font partie des glaciers en bord de mer.

Ce dernier est à l’origine des estimations les plus pessimistes, envisageant une montée du niveau des mers de 1,6 à 2 mètres d’ici 2100. Ce scénario, qui prévoit une élévation de 2 mètres d’ici 2100 en lien avec le Mici, s’inscrit dans ce que les rédacteurs du GIEC qualifient de scénario « peu probable mais à haut impact ». Les scientifiques poursuivent, malgré tout, l’amélioration de leurs modèles et de leurs connaissances sur l’Antarctique. Notre capacité à appréhender et anticiper les catastrophes futures dépendra des ressources accordées à la recherche scientifique.