Qui dominera le marché des réacteurs nucléaires dédiés à la production de chaleur pour les réseaux urbains entre la France et la Finlande ?
La Finlande se positionne en tête dans le développement de réacteurs modulaires à sels fondus dédiés à la production de chaleur.
Longueur d’avance en Finlande
À Helsinki, les premiers travaux de coulage de béton pour le prototype à échelle réelle du LDR-50 viennent de débuter.
Bien que ce nom ne vous soit pas familier, il renferme un projet unique en Europe et au niveau mondial : un petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) qui ne générera aucun kilowatt d’électricité, étant exclusivement destiné à la fourniture de chaleur !
Ce projet est initié par Steady Energy, une entreprise créée en 2023 à partir du VTT Technical Research Centre of Finland.
Développé par VTT depuis 2020, le SMR destiné à la chaleur à distance, le LDR-50, possède une puissance thermique de 50 MW.
Son fonctionnement est prévu à environ 150 °C et à une pression inférieure à 10 bars. Selon Steady Energy, ses conditions de fonctionnement sont moins strictes que celles des réacteurs traditionnels, facilitant ainsi les solutions techniques nécessaires pour respecter les normes de sécurité élevées de l’industrie nucléaire. Pour comparaison, un réacteur classique opère à des températures et des pressions bien plus élevées.

La phase de démonstration se déroulera dans l’ancienne centrale à charbon de Salmisaari B, récemment fermée par le groupe Helen.
Lire en complément: Fusion nucléaire : l’entreprise Helion établit une nouvelle avancée importante
Un réacteur nucléaire thermique conçu pour les milieux urbains
Le prototype en cours de construction, dont le financement s’élève à 15 à 20 millions d’euros, utilisera une résistance électrique pour chauffer le fluide, en lieu et place d’un combustible nucléaire. Il est prévu qu’il fournisse environ 6 MW de chaleur au réseau d’Helsinki.
L’objectif est de tester les équipements, les systèmes de contrôle ainsi que la chaîne d’approvisionnement avant d’intégrer la technologie nucléaire. Ce module est de taille compacte, similaire à celle d’un conteneur maritime, et les installations commerciales futures seront enterrées.
Des conditions d’exploitation simplifiées par rapport au nucléaire traditionnel
À titre de comparaison, un réacteur à eau pressurisée conventionnel, tel qu’un EPR, utilise de l’eau primaire à environ 320 °C sous une pression d’environ 155 bars. Cela signifie que le fluide est maintenu à l’état liquide à une pression quinze fois supérieure à celle du LDR-50, entraînant des contraintes mécaniques bien plus élevées sur les tuyauteries, la cuve et les systèmes de sécurité. Cette différence est significative sur le plan technique, car elle permet d’opérer dans un domaine thermodynamique beaucoup moins exigeant, ce qui facilite la conception des équipements, réduit les tensions sur les matériaux et encourage l’intégration dans un environnement urbain.
La Finlande tourne définitivement la page sur le charbon
La fermeture de Salmisaari a déjà permis de diminuer les émissions de la capitale d’environ 30 %. Helen a pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030 et de se diriger vers une production d’énergie totalement sans combustion d’ici 2040.
Le chauffage représente une part importante des émissions en Europe du Nord. Le remplacer par une source stable et non carbonée pourrait contribuer à transformer l’équation climatique.
Une stratégie innovante sur le plan réglementaire et industriel
Le prototype sera en fonctionnement jusqu’en 2028. Pendant cette période, Steady Energy s’active sur plusieurs projets en Finlande et examine des possibilités de développement en Pologne, en Suède et en Corée du Sud. Un accord a également été signé avec Fermi Energia pour analyser des déploiements en Allemagne.
La France dans la course
Calogena, par exemple, développe le Cal-30, un module thermique de 30 MW à basse pression et à basse température, dont le dossier de sûreté a été soumis à l’ASN en 2024. À terme, il devrait pouvoir chauffer environ 12 000 foyers via des réseaux urbains.

Plus audacieuse sur le plan industriel, Jimmy Energy mise sur un générateur thermique nucléaire compact, inspiré des réacteurs à haute température (HTR), capable de fournir entre 10 et 60 MW thermiques et de produire de la chaleur jusqu’à 450 °C pour les secteurs chimique, agroalimentaire ou papetier.
D’autres projets émergent à travers le monde, mais pour l’instant, le secteur des SMRs générateurs de chaleur semble mener par la France et la Finlande bien en tête.