Newcleo reçoit 36 millions de l’Europe pour son réacteur au plomb
Le projet ALFRRED vise à établir en Roumanie plusieurs installations expérimentales pour évaluer la technologie des réacteurs rapides à refroidissement au plomb, une filière de quatrième génération qui suscite un grand intérêt parmi les ingénieurs, car elle pourrait générer de l’électricité tout en améliorant la sécurité et en valorisant une partie des déchets nucléaires existants.
Newcleo remporte un contrat de 36 millions d’euros pour le projet européen ALFRED dédié aux réacteurs rapides à refroidissement au plomb
Ce projet est dirigé par l’entité publique roumaine RATEN, qui joue un rôle clé dans la recherche nucléaire du pays. Il s’inscrit dans le cadre de la préparation du démonstrateur ALFRED (Advanced Lead Fast Reactor European Demonstrator), un prototype conçu pour valider la faisabilité industrielle de cette technologie.
Si tout se passe comme prévu, les infrastructures devraient être achevées d’ici la fin de l’année 2028, sur le site de recherche nucléaire de Mioveni, en Roumanie.
Depuis plusieurs années, divers acteurs industriels et scientifiques européens collaborent pour faire progresser cette technologie. Un consortium a été formé, réunissant RATEN (Roumanie), SCK CEN (Belgique), Ansaldo Nucleare (Italie), ENEA, ainsi que l’industriel américain Westinghouse, dans le but d’accélérer le développement de ces réacteurs de nouvelle génération.

L’ambition est double : prouver la viabilité industrielle de cette technologie tout en préparant sa commercialisation en Europe dans les années 2035-2040. Dans ce contexte, le démonstrateur ALFRED revêt une importance capitale. Il sera construit à Pitești, en Roumanie, afin de vérifier les performances techniques et économiques de cette catégorie de réacteurs avant leur déploiement à grande échelle.
Ce projet s’inscrit dans la continuité du programme de recherche FALCON, qui se poursuit depuis plus de dix ans avec plusieurs institutions européennes explorant la technologie des réacteurs rapides à refroidissement au plomb.
Pourquoi l’intérêt pour les réacteurs rapides à refroidissement au plomb en Europe ?
L’attrait pour cette technologie réside dans les multiples avantages offerts par les réacteurs rapides à refroidissement au plomb, désignés par l’acronyme Lead Fast Reactors (LFR), qui captent l’attention tant des ingénieurs que des décideurs énergétiques européens.
Le plomb liquide présente d’abord une inertie thermique significative ainsi qu’une température d’ébullition très élevée, dépassant 1 700 °C. Cette caractéristique procure une marge de sécurité non négligeable en cas de hausse de température au sein du cœur du réacteur.
À la différence des réacteurs à eau pressurisée qui dominent actuellement le parc mondial, ces systèmes fonctionnent à pression atmosphérique. L’absence de circuits fortement pressurisés diminue certains risques industriels liés aux installations nucléaires conventionnelles.
Un autre atout souvent souligné est la possibilité d’implémenter un cycle de combustible fermé. Les réacteurs rapides ont la capacité de valoriser une plus grande proportion de matière fissile présente dans le combustible nucléaire, y compris certains éléments issus du retraitement. Cette approche permettrait d’optimiser l’utilisation des ressources en uranium.
Les partisans de cette technologie évoquent également une réduction de la quantité et de la durée de vie des déchets radioactifs à long terme, grâce à l’aptitude des réacteurs rapides à consommer une partie des actinides générés dans les réacteurs actuels.
Dans le paysage énergétique européen de 2026, marqué par la quête de solutions décarbonées, les besoins en production réglable et la volonté de renforcer la souveraineté énergétique, les réacteurs rapides refroidis au plomb se présentent comme une solution sérieuse pour compléter les centrales nucléaires existantes et les énergies renouvelables.
Ainsi, le démonstrateur ALFRED doit servir de preuve technologique à l’échelle industrielle. Il permettra de tester concrètement les systèmes de refroidissement au plomb liquide, les matériaux ainsi que l’intégration complète du réacteur.
Si les résultats sont positifs, cette technologie pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération de SMR européens, capables de produire de l’électricité et de la chaleur industrielle tout en garantissant une sécurité accrue et des coûts maîtrisés.
36 millions d’euros pour développer trois infrastructures de recherche essentielles pour ALFRED
Le contrat accordé à la société S.R.S. concerne la conception, la fourniture et la mise en service de trois installations expérimentales clés.

Des installations expérimentales pour valider la technologie
Ces infrastructures doivent permettre d’examiner le comportement des matériaux et des composants dans un environnement de plomb liquide, étape essentielle pour valider la faisabilité industrielle des réacteurs rapides refroidis au plomb.
Plusieurs installations expérimentales sont planifiées. La boucle HELENA-2 sera dédiée à l’analyse des phénomènes thermo-hydrauliques dans des circuits contenant du plomb liquide, notamment le déplacement du fluide et les transferts thermiques. L’installation ELF adoptera une configuration de type « piscine », semblable à celle prévue pour certains réacteurs refroidis au plomb, afin de simuler plus fidèlement les conditions d’exploitation d’un futur système nucléaire.
Le dispositif MELTIN’POT, quant à lui, sera un module confiné conçu pour étudier les interactions possibles entre le plomb liquide et le combustible nucléaire dans des scénarios d’accidents. Ce type d’analyse est crucial pour appréhender le comportement du cœur du réacteur dans des situations extrêmes et pour renforcer les marges de sûreté.
Ces installations permettront d’analyser divers aspects critiques de cette technologie. Les chercheurs auront la possibilité d’étudier la dynamique de circulation du plomb liquide dans les circuits, d’évaluer la résistance des matériaux face aux phénomènes de corrosion à haute température, de qualifier les composants destinés aux futurs réacteurs et d’observer le comportement du combustible dans différentes situations d’exploitation ou d’accident.
En d’autres termes, ces plateformes expérimentales visent à reproduire en laboratoire les conditions physiques qui pourraient être rencontrées dans un futur réacteur rapide à refroidissement au plomb.
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Une expertise italienne au cœur du projet européen
La société italienne S.R.S. Servizi di Ricerche e Sviluppo, fondée en 1976, bénéficie d’une vaste expérience dans la conception et la réalisation d’installations expérimentales pour le secteur nucléaire.
Depuis son intégration au sein du groupe Newcleo en 2023, l’entreprise s’est progressivement orientée vers le développement d’infrastructures liées aux réacteurs rapides refroidis au plomb, technologie centrale dans la stratégie industrielle du groupe.
Au fil des décennies, S.R.S. a collaboré avec plusieurs acteurs clés de l’industrie nucléaire internationale, y compris l’américain Westinghouse, des instituts de recherche spécialisés dans l’ingénierie nucléaire ainsi que divers programmes européens axés sur les réacteurs de quatrième génération.
Dans le cadre du projet roumain, l’entreprise bénéficiera également du soutien de l’agence publique italienne ENEA, un organisme de recherche de renom dans les domaines de l’énergie, des technologies nucléaires et du développement durable.
Cette coopération illustre une caractéristique essentielle du nucléaire européen : les grands projets reposent souvent sur des consortiums internationaux alliant recherche publique et industrie privée.