La Pologne dépasse la BCE en réserves d’or en 2026

La Pologne marque une étape significative dans sa stratégie de réserves d’or en dépassant la Banque centrale européenne.


Avec un stock de 550 tonnes d’or, la Pologne devance désormais la BCE, qui ne possède qu’environ 506,5 tonnes. Malgré une légère chute de plus de 10% du prix de l’or depuis le début des tensions en Iran, avec une once à environ 3 927,42 € le 25 mars, ces réserves pèsent près de 64 milliards d’euros.

À la différence de la BCE, qui privilégie des actifs liquides pour des interventions rapides sur les marchés, Varsovie opte pour une approche distincte. Elle accumule un actif qui ne génère pas d’intérêts, mais qui revêt une qualité clé : la confiance absolue en temps de crise.

La Pologne dépasse désormais la BCE et le Royaume-Uni en réserve d’or

Cette stratégie est clairement menée par le gouverneur de la NBP, Adam Glapiński.

Pour lui, l’or présente plusieurs atouts essentiels :

  • Aucun risque de crédit
  • Indépendance face aux politiques monétaires étrangères
  • Résilience lors des crises financières
  • Protection contre l’inflation

La direction est déjà établie. La Pologne envisage d’atteindre 700 tonnes d’or, soit environ 83 milliards d’euros à terme.

Une montée en puissance fulgurante dans les réserves

Ce qui est le plus remarquable, ce n’est pas seulement le volume, mais aussi la rapidité avec laquelle la NBP a constitué ces réserves.

En seulement un an, la proportion d’or dans les réserves de change polonaises est passée de 16,9 % à 28,2 %. Une progression extrêmement rapide, rarement observée chez les grandes banques centrales.

Une tendance mondiale… mais la Pologne va plus vite que les autres

Le World Gold Council rapporte que 95 % des banques centrales prévoient d’augmenter leurs réserves d’or dans les années à venir.

Quelles en sont les raisons ?

  • Les tensions géopolitiques se renforcent
  • Les sanctions financières deviennent courantes
  • La confiance en certaines devises se détériore
  • Les banques centrales cherchent à diversifier leurs actifs

Cependant, alors que de nombreux pays avancent avec prudence, la Pologne adopte une position proactive, elle a notamment intensifié ses achats fin 2025, profitant de la volatilité du marché pour accumuler du métal aux moments opportuns.

Une économie solide pour soutenir cette stratégie

Cette politique ambitieuse repose sur des bases économiques robustes. À ce sujet, la Pologne semble répondre à tous les critères.

D’après la Commission européenne, le pays affiche une croissance de 3,2 % en 2025, comparée à 1,3 % pour la zone euro.

Encore plus impressionnant, en deux décennies, le PIB par habitant a doublé, se rapprochant de celui du Japon en parité de pouvoir d’achat.

Un autre aspect notable est que la Pologne n’a pas adopté l’euro et maintient sa monnaie nationale, le zloty, dont la valeur est d’environ 0,24 euro. Ce choix monétaire lui confère une flexibilité supplémentaire pour absorber les chocs économiques, notamment grâce à la possibilité d’ajuster sa politique monétaire et son taux de change.

Cette situation positionne Varsovie de manière unique en Europe. En effet, le pays combine deux leviers puissants : d’une part, une croissance économique dynamique parmi les plus élevées du continent depuis de nombreuses années, et d’autre part, une stratégie financière prudente, notamment en ce qui concerne les réserves et la gestion macroéconomique.

L’association de ces deux éléments renforce la résilience de l’économie polonaise dans un environnement international de plus en plus instable, marqué par des tensions géopolitiques, des incertitudes énergétiques et des réorganisations industrielles en Europe.

Une économie portée par l’industrie, la défense et le numérique

La Pologne s’appuie aujourd’hui sur plusieurs secteurs dynamiques qui expliquent l’essor économique dont cette réserve d’or n’est qu’une partie visible.

La Pologne dépasse la BCE en réserves d’or en 2026

L’industrie manufacturière reste la pierre angulaire, avec plus de 37 000 entreprises et une croissance continue, notamment grâce aux batteries et à l’électronique. Le pays s’est établi comme un pôle européen pour les batteries lithium-ion, se classant au deuxième rang mondial après la Chine, avec une Battery Valley en Basse-Silésie qui alimente toute l’Union européenne. Parallèlement, la défense joue un rôle crucial : avec près de 4,7 % du PIB dédié aux dépenses militaires, Varsovie stimule un écosystème industriel complet, des missiles à l’électronique embarquée.

À cela s’ajoute un secteur des services très développé, notamment dans l’informatique et le BPO, avec des villes telles que Varsovie, Cracovie ou Wrocław devenues de véritables centres technologiques européens. Enfin, la logistique et la construction complètent ce tableau, tirant parti de la position stratégique du pays entre l’Europe de l’Ouest et l’Est.

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Une puissance toutefois encore à relativiser à l’échelle mondiale

Il convient toutefois de ne pas surévaluer la performance évoquée dans cet article. Bien que la Pologne se distingue en Europe par la rapidité avec laquelle elle accumule de l’or, son poids demeure modeste sur la scène mondiale.

Avec ses 550 tonnes, elle se classe au 12e rang mondial, loin derrière les grandes puissances historiques telles que les États-Unis avec plus de 8 000 tonnes, l’Allemagne avec plus de 3 000 tonnes et l’Italie, la France, la Russie et la Chine, chacun ayant plus de 2 000 tonnes.

Pourquoi les banques centrales achètent-elles de l’or ?

Le mouvement polonais s’inscrit dans une tendance mondiale documentée par le World Gold Council. En 2025, presque toutes les grandes institutions monétaires ont renforcé leurs positions sur l’or. Plus significatif encore, 95 % des banques centrales interrogées prévoient de continuer cette dynamique d’accumulation au cours des douze mois suivants.

Marta Bassani-Prusik, directrice des produits d’investissement à la Monnaie de Pologne, analyse les raisons de cette tendance : « L’un des principaux facteurs qui motivent les banques centrales est l’indépendance du prix de l’or par rapport à la politique monétaire et au risque de crédit. La diversification des actifs et la réduction de la part du dollar et d’autres devises dans les réserves sont tout aussi importantes. »

La Chine, la Russie et les zones d’ombre

Certains spécialistes soulignent que la transparence n’est pas uniforme dans ce secteur. Des pays comme la Chine ou la Russie ne divulguent pas l’intégralité de leurs achats d’or souverains. Plusieurs observateurs y voient les prémices d’un modèle monétaire alternatif, dans lequel l’or pourrait occuper une place structurellement plus importante qu’elle ne l’a été depuis les accords de Bretton Woods.