13 MWc sur l’eau : le français H2air construit la plus grande centrale solaire flottante d’Afrique

22 448 panneaux posés sur l’eau d’un barrage marocain : le port de Tanger Med vient de mettre en service la plus grande centrale solaire flottante d’Afrique, construite par le français H2air. Une prouesse technique pensée pour résister à 44 mètres de marnage.

13 mégawatts-crête flottant sur le barrage Oued Rmel

À environ un kilomètre en amont du complexe portuaire de Tanger Med, le barrage Oued Rmel, une retenue de 123 hectares, accueille désormais une centrale photovoltaïque flottante de 13 mégawatts-crête (MWc). D’après Telquel, l’installation compte 22 448 panneaux solaires répartis sur 7,4 hectares de plan d’eau, fixés sur 404 blocs de béton immergés qui assurent la stabilité de l’ensemble. Elle doit produire près de 18 000 mégawattheures d’électricité renouvelable par an, de quoi couvrir environ 10 % des besoins énergétiques des installations du port. Il s’agit à la fois de la première centrale solaire flottante du Maroc et de la plus grande actuellement en exploitation sur le continent africain.

panneaux photovoltaïques flottants couvrant un plan d'eau

Le projet avait été lancé après un appel d’offres publié en 2023 par Tanger Med Utilities, le gestionnaire du port, et annoncé en mars 2024 par le ministre marocain de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, lors d’une réunion du conseil d’administration de l’agence du bassin hydraulique de Tanger. Sa réalisation s’inscrit dans la stratégie de décarbonation du groupe Tanger Med, qui vise la neutralité carbone à l’horizon 2030.

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Le français H2air aux commandes d’un chantier inédit

La construction a été confiée à un consortium européen coordonné par H2air PX, filiale travaux du producteur français d’électricité renouvelable H2air. La société française Energy Design a pris en charge la conception, la construction et la maintenance de l’ouvrage, le suédois Seaflex a fourni les solutions d’amarrage et de flottaison, et le néerlandais Profloating a développé la technologie de flottaison solaire retenue pour le site. « Le Français H2air aux commandes », résume Telquel, qui souligne le rôle central du groupe tricolore dans ce chantier réalisé hors de ses frontières habituelles.

Le principal défi technique tenait à la topographie du site : une ancienne vallée aux pentes raides, où le niveau de l’eau peut varier de 44 mètres d’amplitude selon les besoins en eau potable du port. H2air PX a dû concevoir des lignes d’amarrage flexibles capables de suivre ces mouvements importants du plan d’eau, ainsi que des dispositifs spécifiques de protection et de contrôle de la qualité de l’eau, la retenue servant également à l’alimentation en eau potable des installations portuaires.

Repère Donnée
Puissance installée 13 MWc
Nombre de panneaux 22 448
Surface couverte 7,4 hectares
Production annuelle estimée environ 18 000 MWh
Part des besoins du port couverte environ 10 %
Amplitude du marnage du barrage jusqu’à 44 mètres
Réduction d’évaporation visée jusqu’à 30 % sur la zone couverte

Un modèle qui essaime déjà ailleurs au Maroc

Au-delà de la production électrique, la centrale doit contribuer à préserver une ressource en eau stratégique pour le port. Tanger Med estime que la couverture photovoltaïque peut réduire l’évaporation de l’eau jusqu’à 30 % sur la zone concernée, un enjeu de poids dans une région marquée par le stress hydrique. Le projet devrait également permettre d’éviter environ 14 000 tonnes d’émissions de CO2 par an, selon les chiffres communiqués par le groupe portuaire.

Deux projets similaires sont déjà engagés ailleurs dans le pays : l’un à Lalla Takerkoust, près de Marrakech, l’autre à Oued El Makhazine, dans le bassin du Loukkos au nord du Maroc, où une centrale de 13,5 MWc doit notamment alimenter le pompage d’eau vers les périmètres irrigués d’Asjenk. À l’échelle du continent, la centrale d’Oued Rmel dépasse largement les installations comparables recensées ailleurs en Afrique, comme la centrale flottante de 5 MWc du barrage de Bui, au Ghana.

Pour H2air, producteur indépendant d’électricité renouvelable fondé en France et présent historiquement sur l’éolien et le solaire terrestres, cette réalisation marocaine constitue une vitrine industrielle inédite : c’est l’un des premiers chantiers de cette ampleur menés par le groupe hors de ses frontières habituelles, et le premier de cette taille sur la technologie du flottant. Le succès du montage, associant un maître d’œuvre français, un spécialiste suédois de l’amarrage et un développeur néerlandais de solutions de flottaison, illustre la capacité de la filière européenne du solaire flottant à s’exporter sur des chantiers aux contraintes environnementales complexes. Il pourrait ouvrir la voie à d’autres projets sur le pourtour méditerranéen et en Afrique, alors que la demande en infrastructures énergétiques décarbonées progresse rapidement dans les grands complexes portuaires, eux-mêmes de plus en plus soumis à des exigences de réduction d’émissions, notamment pour continuer à exporter vers l’Union européenne.

Pour Tanger Med, cette centrale s’ajoute à une série d’investissements dans les énergies renouvelables destinés à réduire l’empreinte carbone d’un des plus grands hubs portuaires et industriels de la Méditerranée et de la façade atlantique africaine. Le calendrier de la trajectoire de neutralité carbone du groupe, fixé à 2030, devrait se traduire dans les prochains mois par l’annonce d’autres projets solaires ou éoliens destinés à alimenter directement les activités logistiques et industrielles de la zone portuaire.

Sources