20 % des terres agricoles bretonnes sous surveillance renforcée contre les algues vertes
Condamnée par la justice pour son inaction, la préfecture de région Bretagne a dévoilé fin août de nouvelles mesures contre les algues vertes, effectives depuis le 1er septembre. Vingt pour cent des terres agricoles bretonnes sont désormais placées sous surveillance renforcée.
Une décision de justice qui a mis dix-huit mois à trouver sa réponse
Saisi par l’association Eaux et rivières de Bretagne, le tribunal administratif de Rennes avait ordonné en mars 2025 à l’État de renforcer, sous dix mois, son action contre les pollutions aux nitrates responsables de la prolifération des algues vertes. La réponse a mis du temps à arriver : c’est finalement le 28 août 2026 que la préfecture de région a présenté ses nouvelles mesures, effectives depuis le 1er septembre dans le cadre du septième programme d’actions régional nitrates (PAR7).
Dans son communiqué, la préfecture reconnaît elle-même les limites de l’action menée jusqu’ici : « Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, la qualité des eaux bretonnes stagne désormais dans plusieurs secteurs sensibles. » Un aveu qui intervient après un rapport de la chambre régionale des comptes, publié en juillet 2026, constatant que « la prolifération des algues vertes reste prégnante » et recommandant notamment l’instauration de plafonds de fertilisation et l’extension de la lutte aux secteurs vasiers.
Lire en complément: 35 mètres de haut : Maersk installe la première voile rotor sur un porte-conteneurs
Des « zones à enjeu » couvrant un cinquième du territoire agricole
Concrètement, la préfecture a défini des « zones à enjeu » représentant 20 % de la surface agricole bretonne. Elles regroupent les huit bassins versants et les vasières les plus concernés par les échouages d’algues vertes, ainsi que les captages d’eau potable et les cours d’eau affichant les concentrations de nitrates les plus élevées. Ces huit baies sont, dans les Côtes-d’Armor, celles de la Fresnaye, de Saint-Brieuc et de la Lieue de Grève, et dans le Finistère celles du Douron, de l’Horn-Guillec, de Quillimadec, de Douarnenez et de la Forêt.
Dans ces zones prioritaires, les analyses de sol seront plus fréquentes et un système de plafonnement individuel des nitrates sera mis en place. Les zones humides devront y être remises en herbe dans un délai de deux ans, avec la possibilité pour les agriculteurs concernés de bénéficier d’aides financières. D’autres règles s’appliqueront, elles, à l’ensemble de la Bretagne : les bandes enherbées de protection le long des cours d’eau passeront à 10 mètres de large, et les règles visant à éviter les sols nus seront renforcés dans les situations jugées « à risque ».
Davantage de contrôles, mais aussi un allègement pour les agriculteurs
Le dispositif s’accompagne d’un renforcement des contrôles et des analyses de sol à partir d’octobre 2026. En cas de résultats insuffisants et répétés, des plafonds d’azote adaptés à chaque exploitation pourront être imposés. Dans le même temps, la préfecture affirme vouloir simplifier les démarches administratives des agriculteurs en dérogeant aux plans prévisionnels de fertilisation définis au niveau national : « En allégeant le formalisme, l’objectif est de permettre aux agriculteurs de s’appuyer davantage sur leur expertise agronomique pour piloter leurs pratiques de fertilisation », justifie-t-elle dans son communiqué.

Sur le fond, la préfecture met en avant une amélioration de long terme : entre 2010 et 2024, les concentrations en nitrates dans les cours d’eau bretons auraient diminué de 23 %, et jusqu’à 30 % dans les bassins versants concernés par les marées vertes. Un bilan à nuancer toutefois, puisque selon un rapport de la Cour des comptes datant de 2021, la prolifération des algues vertes reste, à plus de 90 %, d’origine agricole, dans une région marquée par l’élevage intensif. La France en est désormais à son septième programme d’action régional depuis 2010, et à des millions d’euros de financements publics, sans être parvenue à endiguer durablement le phénomène.
Les enjeux dépassent la seule question environnementale. Depuis 1971, des tonnes d’algues vertes s’échouent chaque année sur les plages bretonnes. En pourrissant, elles dégagent du sulfure d’hydrogène, un gaz mortel à forte concentration. Les conséquences vont des ostréiculteurs envahis aux plages fermées au public, jusqu’à des décès suspects : en juin 2025, la justice a ainsi reconnu le lien entre les algues vertes et la mort d’un joggeur dans les Côtes-d’Armor.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Part de la surface agricole bretonne en « zone à enjeu » | 20 % |
| Largeur des bandes enherbées le long des cours d’eau | 10 mètres |
| Baisse des nitrates dans les cours d’eau bretons (2010-2024) | 23 % |
| Baisse dans les bassins versants « algues vertes » (2010-2024) | Jusqu’à 30 % |
| Origine agricole de la pollution (Cour des comptes, 2021) | Plus de 90 % |
| Programmes d’action régionaux successifs depuis 2010 | 7 |
La bataille juridique n’est pas nécessairement terminée : les associations environnementales, à l’origine du recours ayant contraint l’État à agir, jugeront si ces nouvelles mesures répondent réellement à l’injonction du tribunal administratif de Rennes. Sur le terrain, les premiers effets concrets du PAR7 seront à observer dès octobre 2026, avec la montée en puissance des contrôles et analyses de sol, puis à l’échéance de deux ans pour la remise en herbe des zones humides des secteurs les plus sensibles.
Sources
- ICI (Radio France) : détail des nouvelles mesures du PAR7, des « zones à enjeu » et des déclarations de la préfecture de région Bretagne.
- L’Info Durable (AFP) : contexte judiciaire, historique du phénomène depuis 1971 et données de la Cour des comptes.