850 mètres de profondeur : l’Ifremer plante des boutures de corail dans l’Atlantique

L’Ifremer a dévoilé les images de sa campagne REDECOR, menée en 2025 dans le golfe de Gascogne, au cours de laquelle des boutures de corail d’eau froide ont été fixées sur des récifs artificiels immergés à 850 mètres de profondeur. Une méthode de restauration inédite pour ces écosystèmes profonds, dégradés depuis des décennies par le chalutage de fond.

Le golfe de Gascogne, sanctuaire méconnu de coraux profonds

Loin des récifs coralliens tropicaux, le golfe de Gascogne abrite lui aussi des colonies de coraux d’eau froide, développées entre 200 et 2 000 mètres de profondeur, dans des eaux à 4-13°C. La centaine de canyons sous-marins qui entaillent la pente continentale de cette zone, dont le canyon de Lampaul au large de la Bretagne, offrent des conditions propices à leur installation. Trois espèces de coraux durs y forment des récifs, Desmophyllum pertusum, Madrepora oculata et Solenosmilla variabilis, auxquelles s’ajoutent des gorgones, des coraux noirs et des pennatules.

Ifremer plante des boutures de corail dans l’Atlantique

Ces coraux sont connus depuis les grandes expéditions naturalistes du prince Albert Ier de Monaco à la fin du XIXe siècle. Dès l’entre-deux-guerres, les campagnes de pêche signalaient déjà le risque que représentaient ces coraux « nuisibles » pour les chaluts, qui s’y déchiraient. Ce n’est toutefois que dans les années 2000, grâce aux images tournées par des engins sous-marins, que l’ampleur de ces écosystèmes riches et fragiles a été révélée, tout comme les menaces qui pèsent sur eux.

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REDECOR : la restauration prend le large à bord du Pourquoi pas ?

C’est dans ce contexte que l’Ifremer a mené la campagne REDECOR (REstauration DEs CORaux d’eau froide), embarquée à bord du navire océanographique Pourquoi pas ?, basé à Brest. L’objectif : installer des récifs artificiels à 850 mètres de fond, sur lesquels sont fixées des boutures de corail avant leur immersion. Le robot sous-marin Victor 6000 a ensuite été mobilisé pour vérifier le bon positionnement de ces récifs artificiels une fois posés sur le fond marin.

Cette campagne s’inscrit dans le projet européen H2020 REDRESS, un programme de quatre ans qui doit s’achever en 2027 et qui vise à restaurer des écosystèmes marins profonds dégradés à l’échelle européenne, en s’intéressant notamment aux pennatules, aux coraux de bambou, aux jardins de coraux, aux récifs de coraux d’eau froide, aux champs d’éponges et aux sources froides.

REDECOR par ifremer

Un temps de récupération très long face à des menaces cumulées

La restauration de ces récifs profonds n’a rien d’évident : le temps de récupération de ces écosystèmes se compte en décennies, voire en siècles, en raison de la croissance beaucoup plus lente des organismes en eaux froides et profondes. Au chalutage de fond, qui abrase directement les colonies ou les étouffe en remettant les sédiments en suspension, s’ajoutent les pollutions par les plastiques et microplastiques, que ces coraux suspensivores peuvent ingérer, ainsi que les menaces cumulées du réchauffement, de la désoxygénation et de l’acidification des océans.

En parallèle de REDECOR, le projet scientifique ChEReef, mené dans le cadre du programme européen Marha, étudie plus finement la distribution et la dynamique temporelle des habitats coralliens du golfe de Gascogne, avec un observatoire de fond de mer déployé sur cinq ans dans le canyon de Lampaul, au large des côtes bretonnes.

Les résultats de ces campagnes croisées, entre restauration active et observation de long terme, doivent permettre dans les prochaines années de mieux évaluer les chances de survie des boutures immergées et, plus largement, d’apporter des réponses concrètes pour préserver, voire restaurer, ces écosystèmes coralliens profonds d’ici la fin du projet REDRESS en 2027.

Sources