10 à 15 milliards de dollars par an : l’OMI résiste aux pressions contre sa taxe carbone maritime
Réunis à Londres jusqu’à vendredi, les États membres de l’Organisation maritime internationale ont maintenu l’architecture de leur futur mécanisme de tarification carbone pour le transport maritime, malgré une offensive des États-Unis et de plusieurs pays pétroliers pour la démanteler. Trente-huit pays ont défendu publiquement le maintien de ce dispositif, contre dix-sept qui s’y opposent.
Quatre jours de négociations techniques sous tension
Les délégations ont conclu vendredi 4 septembre quatre jours de pourparlers techniques consacrés au Net-Zero Framework, le cadre réglementaire adopté en avril 2025 pour amener le transport maritime mondial vers la neutralité carbone d’ici 2050. Selon les observateurs présents à la réunion, trente-huit pays ont pris la parole pour défendre explicitement le maintien d’un mécanisme de tarification du carbone et de redistribution des recettes au cœur du dispositif, tandis que dix-sept autres, en grande majorité des États producteurs de pétrole, s’y sont opposés en invoquant le coût pour leurs économies.

Le Net-Zero Framework combine des limites de plus en plus strictes sur l’intensité en gaz à effet de serre des carburants marins avec un système qui facture aux navires leurs émissions tout en récompensant l’usage de carburants plus propres. Ce mécanisme économique devrait générer entre 10 et 15 milliards de dollars par an, une manne dont l’affectation reste l’un des points de friction les plus vifs des négociations.
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Le prix du carbone, nœud central des discussions
Le Liberia a proposé l’une des remises en cause les plus profondes du cadre actuel, en réclamant que les obligations d’émissions soient davantage liées à la disponibilité réelle et au coût des carburants propres, avec un système d’unités excédentaires échangeables entre navires en lieu et place du fonds prévu par l’OMI. Le Brésil souhaite conserver l’architecture générale tout en assouplissant les premiers objectifs, quand Tuvalu réclame au contraire des règles plus strictes. La Chine, de son côté, pousse pour davantage de flexibilité, notamment une meilleure reconnaissance de technologies comme la propulsion vélique, l’alimentation électrique à quai ou l’énergie solaire.
Les pays européens, les États insulaires du Pacifique et la Norvège estiment qu’affaiblir le mécanisme de tarification reviendrait à décourager l’investissement dans les carburants alternatifs et à compromettre les objectifs climatiques de l’organisation. Le Liberia, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis rétorquent qu’un prix mondial du carbone renchérirait les coûts de transport, au détriment des économies isolées et dépendantes du commerce maritime. Les États-Unis comptent, eux, parmi les opposants les plus déterminés au dispositif.
Une adoption formelle renvoyée à décembre
Le Net-Zero Framework avait été agréé en avril 2025, mais son adoption formelle avait ensuite été repoussée après un vote serré de 57 voix contre 49, sous la pression conjointe de Washington et de Ryad. Les partisans du texte veulent désormais croire que les tentatives de le réécrire en profondeur n’ont pas rassemblé suffisamment de soutiens cette semaine à Londres.
Lukas Leppert, président de la Clean Shipping Coalition, a résumé l’enjeu (propos traduits) : « Le Net-Zero Framework reste intact, malgré la pression d’une minorité de détracteurs qui cherchent à saboter l’action climatique du secteur maritime, et il doit être adopté sans plus attendre. » De son côté, Jamie Yates, responsable climat et énergies renouvelables chez Pacific Environment, a jugé (propos traduits) qu’aucune des propositions alternatives n’avait recueilli de « majorité claire », laissant le cadre existant comme « l’option la plus viable sur la table ».
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Pays soutenant la tarification carbone | 38 |
| Pays s’y opposant (majoritairement producteurs de pétrole) | 17 |
| Recettes annuelles attendues du mécanisme | 10 à 15 milliards de dollars |
| Vote ayant retardé l’adoption formelle (2025) | 57 voix contre 49 |
| Objectif de neutralité carbone du transport maritime | vers 2050 |
| Prochaine étape technique | 23-27 novembre 2026 (Londres) |
Les négociations ne sont pas closes pour autant. L’OMI tiendra une nouvelle réunion de son groupe de travail technique du 23 au 27 novembre, immédiatement suivie de la session MEPC 85 du 30 novembre au 3 décembre, avant qu’une réunion extraordinaire du comité, prévue le 4 décembre, ne soit chargée de statuer sur l’adoption définitive du texte. D’ici là, le rapport de force entre partisans d’une tarification ambitieuse du carbone maritime et pays qui redoutent son coût économique devrait continuer de dominer les discussions.
Sources
- gCaptain, « IMO Net-Zero Framework Holds Ground After Latest Round of Climate Talks » (4 septembre 2026) : compte rendu des négociations techniques de Londres et des positions nationales, avec citations de Jamie Yates (Pacific Environment) et Lukas Leppert (Clean Shipping Coalition).
- Clean Shipping Coalition, « Shipping: IMO’s Net Zero Framework Progresses But ENGOs Slam Unnecessary Delay » : communiqué de la coalition d’ONG sur le calendrier d’adoption et les enjeux du Net-Zero Framework.