2 palangriers polynésiens : le nouveau kite tracteur made in Gironde de Beyond the Sea
Deux palangriers polynésiens de 18 mètres seront livrés le mois prochain équipés d’un nouveau système de traction par aile baptisé DynaKite. Conçu par l’entreprise girondine Beyond the Sea, cet équipement compact promet de réduire la consommation de carburant des petits navires de pêche et de commerce pour un coût de 60 000 à 120 000 euros.
Deux palangriers polynésiens en tête de série
C’est un armateur situé à des milliers de kilomètres de la Gironde qui inaugure la nouvelle génération de kites tracteurs de Beyond the Sea. Selon les informations recueillies par Mer et Marine, l’entreprise s’apprête à équiper deux palangriers de 18 mètres destinés à l’armateur polynésien Te Aito de son système DynaKite. Construits par le chantier espagnol Aresa, à Arenys de Mar près de Barcelone, ces navires doivent être livrés le mois prochain. Ils utiliseront dans un premier temps leur aile de traction lors des phases de transit vers leurs zones de pêche, avant une exploitation plus étendue.

Beyond the Sea a par ailleurs déjà installé un DynaKite sur un catamaran électrosolaire de 17,5 mètres dédié à la plongée, baptisé e-Lektra. La société girondine, fondée par le navigateur Yves Parlier, s’était jusqu’ici fait connaître avec son système SeaKite, une aile gonflable reliée au navire par cinq lignes, déjà déployée sur plusieurs unités commerciales : le palangrier Cap Kersaint de Cap Bourbon, le chimiquier Huemul de l’armateur chilien Ultranav, le remorqueur Jason des Abeilles International ou encore le Forbin de l’armateur gazier Gazocean.
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Une aile non gonflable pilotée par un seul moteur roue
Le DynaKite marque une rupture technique avec cette première génération. « [Il] se rapproche de l’aile de sécurité LibertyKite, mais avec une plus grande finesse et une traction plus importante », explique à Mer et Marine Marc Thienpont, directeur général de Beyond the Sea. Contrairement au SeaKite, l’aile n’est pas gonflée et n’est reliée au navire que par deux lignes au lieu de cinq. « Les deux lignes sont ramenées sur le pont sur un axe avec une capacité de rotation de 360 degrés. Il est actionné par un moteur roue, qui permet de faire varier le différentiel au niveau de l’aile pour contrôler son vol. Nous avons ainsi un système performant, automatisé, avec une aile qui ne présente que deux lignes », détaille le dirigeant.
L’objectif affiché est la compacité. « L’objectif est d’avoir une aile plus petite, un système plus petit, tout en gardant un pilote automatique », poursuit Marc Thienpont. Le système peut être déployé à partir de 8 nœuds par un seul marin, et l’ensemble du dispositif, axe compris, tient en moins d’un mètre cube pour une dizaine de kilos. Il se fixe sur le pont avec cinq boulons et peut être installé en quelques heures, avant d’être raccordé au circuit électrique du navire ou à de simples batteries. « C’est vraiment un système très peu encombrant et très facilement installable […]. Une simple batterie de voiture peut suffire pour tenir des heures », précise le directeur général de l’entreprise. Le kite est ensuite récupéré à l’aide d’un treuil.
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Taille des navires visés | De 12 à 40 mètres |
| Vitesse minimale de déploiement | 8 nœuds |
| Ailes disponibles | 20 m² et 40 m² |
| Puissance de traction de l’aile de 40 m² | Jusqu’à 120 kW, environ 2 tonnes à 12 nœuds |
| Aile en développement (R&D) | 100 m², objectif 300 kW |
| Encombrement du système | Moins d’1 m³, une dizaine de kilos |
| Coût d’équipement d’un navire | 60 000 à 120 000 euros |
Un écosystème technique pour optimiser le routage
Il existe actuellement deux tailles d’ailes DynaKite, l’une de 20 m² et l’autre de 40 m², cette dernière pouvant générer jusqu’à 120 kW de puissance de traction, soit environ deux tonnes de traction à 12 nœuds. Un programme de recherche et développement vise désormais une aile de 100 m² capable de développer 300 kW, de quoi élargir la solution à des navires plus grands ou plus exigeants en puissance. Pour affiner l’usage de ces ailes, Beyond the Sea travaille avec deux partenaires spécialisés : Madintec, pour les systèmes de navigation et d’automatisation embarqués, et le bureau d’études Zelin, pour la simulation numérique. Ensemble, ils veulent proposer une offre incluant un routage météorologique adapté au vol du kite, afin de maximiser le bilan énergétique global du navire plutôt que la seule performance de l’aile.
Cette approche système illustre une tendance de fond dans la décarbonation du transport maritime et de la pêche : au-delà de la seule propulsion vélique, c’est l’intégration entre l’aile, le pilote automatique et la météo qui conditionne les économies de carburant réellement obtenues en exploitation. Pour des flottes de pêche comme celle de l’armateur Te Aito, où chaque euro de gazole compte face à la volatilité des cours, la promesse d’un système démontable, transférable d’un navire à l’autre et amorti sur quelques années de transit reste néanmoins encore à valider sur la durée, une fois les deux palangriers polynésiens mis en exploitation.
Sources
- Mer et Marine, « Beyond the Sea équipe deux palangriers de sa nouvelle solution Dynakite », 30 septembre 2026 : reportage et entretien avec Marc Thienpont, directeur général de Beyond the Sea.
- Beyond the Sea, présentation de la gamme SeaKite : contexte sur la génération précédente de kites de traction de l’entreprise.