82,6 mètres : le troisième chasseur de mines robotisé made in Bretagne rejoint la Belgique
Le Tournai, troisième unité d’un programme de douze chasseurs de mines robotisés commandés par la Belgique et les Pays-Bas, est arrivé le 22 septembre à Zeebrugge. Ce navire, comme ses prédécesseurs, a été construit entre la Bretagne et la Roumanie par Kership, coentreprise du chantier finistérien Piriou et de Naval Group.
Un troisième porte-drones sorti des chantiers bretons
À l’issue de ses essais au large des côtes bretonnes, le Tournai a rejoint la base navale de Zeebrugge mardi 22 septembre. Il y sera officiellement livré à la marine belge ce vendredi 25 septembre, lors d’une cérémonie. Ce bâtiment est le troisième des douze nouveaux chasseurs de mines du programme rMCM (pour « remote Mine Countermeasures ») et le deuxième destiné à la Belgique, après l’Oostende, réceptionné en octobre 2025.

Le programme, commandé en 2019 à Belgium Naval & Robotics (BNR, coentreprise de Naval Group et Exail), a été sous-traité pour sa réalisation à Kership, coentreprise de Piriou et Naval Group. La construction des coques est répartie entre trois sites : ceux de Piriou à Concarneau et à Giurgiu, en Roumanie, ainsi que celui de Kership à Lanester, dans le Morbihan. Toutes les coques sont ensuite acheminées à Concarneau pour leur achèvement, avant des essais menés entre le port finistérien et la rade de Lorient. Le Tournai avait été mis à l’eau le 2 juillet 2024 à Concarneau.
Le premier jumeau néerlandais du Tournai, le Vlissingen, avait rejoint la base de Den Helder en février dernier. Un quatrième bâtiment, le Scheveningen, également destiné à la marine néerlandaise, est actuellement en essais et doit être livré d’ici la fin de l’année.
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Une flotte entièrement robotisée pour traquer les mines
Longs de 82,6 mètres pour une largeur de 17 mètres, ces bâtiments affichent un déplacement à pleine charge d’environ 2 800 tonnes, pour une vitesse maximale de 15,3 nœuds et une autonomie supérieure à 3 500 milles nautiques. Leur équipage de base compte 33 marins, pour une capacité totale de 63 personnes à bord.
Leur particularité tient à leur système de lutte anti-mines, entièrement fourni par Exail et conçu autour d’une centaine de drones répartis sur l’ensemble du programme. Chaque bâtiment peut embarquer deux drones de surface Inspector 125, capables de déployer soit un sonar remorqué T18, soit un drone sous-marin A18 pour la détection et la classification des mines, ou encore des robots téléopérés SeaScan et K-Ster pour leur identification et leur destruction. Certains Inspector 125 sont également adaptés pour remorquer un système de dragage. À cela s’ajoutent des drones aériens V200 de Saab Skeldar, qui servent de relais de communication entre le navire et ses drones marins tout en participant à la recherche de mines dérivantes.
Ce concept, qui éloigne les marins de la zone de danger en confiant la détection et la neutralisation des mines à des systèmes téléopérés, avait été salué par les dirigeants du programme dès la pose de la quille du Tournai. « Dans un monde en pleine mutation du fait des bouleversements géopolitiques, notre coopération est d’autant plus stratégique. Le concept opérationnel développé par les marines belge et néerlandaise est une première mondiale et revêt un caractère révolutionnaire à plusieurs égards », avait déclaré Ludivine Dedonder, alors ministre belge de la Défense. Pierre Eric Pommellet, PDG de Naval Group, avait pour sa part salué « un programme unique, qui raconte une vision partagée de l’avenir de la guerre des mines et de la défense navale européenne ».
Un calendrier jusqu’en 2030, et bientôt six navires pour la France
Les huit chasseurs de mines restants du programme rMCM sont déjà en construction ou en achèvement entre la Bretagne et la Roumanie. Le Brugge (Belgique) et l’Ijmuiden (Pays-Bas) doivent être livrés en 2027, suivis du Liège (Belgique) et du Harlingen (Pays-Bas) en 2028, puis de l’Antwerpen (Belgique) et du Delfzijl (Pays-Bas) en 2029. Les deux derniers de la série, le Rochefort (Belgique) et le Schiedam (Pays-Bas), doivent rejoindre leurs aînés en 2030.
| Navire | Marine | Livraison |
|---|---|---|
| Oostende | Belgique | Octobre 2025 |
| Vlissingen | Pays-Bas | Février 2026 |
| Tournai | Belgique | Septembre 2026 |
| Scheveningen | Pays-Bas | Fin 2026 |
| Brugge / Ijmuiden | Belgique / Pays-Bas | 2027 |
| Liège / Harlingen | Belgique / Pays-Bas | 2028 |
| Antwerpen / Delfzijl | Belgique / Pays-Bas | 2029 |
| Rochefort / Schiedam | Belgique / Pays-Bas | 2030 |
Ce calendrier n’a pas toujours été tenu : en mai dernier, le ministère belge de la Défense avait annoncé un glissement de un à huit mois pour les quatre premiers navires-mères, imputé aux effets cumulés de la crise du Covid-19, de la guerre en Ukraine, de la crise de l’énergie et des matières premières, ainsi qu’à une pénurie de main-d’œuvre. Belgium Naval & Robotics avait alors indiqué espérer revenir au rythme de production initial à partir du cinquième bâtiment de la série, un objectif que la livraison du Tournai, désormais effective, semble confirmer.
Une fois cette série de douze achevée, Naval Group et Kership doivent enchaîner avec la construction de six bâtiments de guerre des mines (BGDM) du même type pour la Marine nationale, qui a acté en 2023 sa coopération avec ses alliées belge et néerlandaise sur ce programme, comme elle l’avait fait en son temps pour les chasseurs de mines tripartites (CMT) qu’il s’agit désormais de remplacer. Les futurs BGDM français reposeront sur la même plateforme, avec toutefois une toolbox robotisée différente, fournie par Thales plutôt que par Exail. La marine française espère mettre en service ses six nouveaux bâtiments entre 2029 et 2035, mais la notification du contrat, initialement attendue cette année, tarde à venir, en raison des économies budgétaires demandées aux ministères pour freiner l’endettement public.
Du côté belgo-néerlandais, les essais des systèmes robotisés se poursuivent en parallèle des livraisons, la mise en service d’une première capacité opérationnelle étant attendue pour 2027. D’ici là, le Tournai rejoindra officiellement la flotte belge vendredi, faisant de Zeebrugge le théâtre d’une nouvelle étape pour cette coopération navale européenne largement construite en Bretagne.