Plus de 150 navires escortés : la Marine nationale muscle sa présence en mer Rouge
Depuis le lancement de l’opération européenne Aspides, les frégates françaises ont escorté plus de 150 navires marchands entre la mer Rouge et l’océan Indien. Un dispositif renforcé alors que les Houthis viennent d’étendre leurs attaques à l’Arabie saoudite et que l’Union européenne a relevé son niveau d’alerte.
Une mission défensive née de la crise en mer Rouge
La Marine nationale participe depuis décembre 2023 à la protection du trafic commercial transitant par la mer Rouge, en particulier dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Cet engagement a précédé de deux mois le lancement officiel, en février 2024, de l’opération européenne EUNAVFOR Aspides, placée sous commandement grec.

La crise trouve son origine dans les attaques lancées par les rebelles houthis du Yémen contre le trafic maritime, en soutien à la population palestinienne après le déclenchement de la guerre à Gaza par Israël, en riposte aux attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023. Alliés de l’Iran, qui soutient également le Hamas et le Hezbollah libanais, les Houthis se sont notamment attaqués aux navires présentés comme liés à des intérêts israéliens.
Conséquence immédiate : le trafic transocéanique par la mer Rouge, en particulier les lignes reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe, s’est effondré. De nombreux armateurs ont préféré contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, un détour représentant 6300 kilomètres et un allongement du temps de transit de 10 à 20 jours selon la vitesse des navires.
Pour sécuriser le canal de Suez, plusieurs initiatives ont vu le jour. Les États-Unis ont lancé dès décembre 2023 l’opération Prosperity Guardian, avec le soutien du Royaume-Uni, du Canada, de Bahreïn et des Pays-Bas. À la différence d’Aspides, purement défensive, les forces américaines, et dans une moindre mesure britanniques, sont aussi intervenues militairement contre les Houthis.
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150 navires français escortés, un chiffre en hausse constante
Deux frégates multimissions (FREMM) de la Marine nationale sont aujourd’hui déployées dans une zone couvrant le sud du Yémen, le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge, selon le point de situation des opérations publié le 17 septembre par le ministère des Armées. La première contribue à l’appréciation autonome de situation de la France, la seconde participe directement à Aspides.
Depuis le lancement de l’opération, les bâtiments français ont contribué à la protection de plus de 150 navires de commerce, confirme le ministère. Rien que sur la semaine précédant un point presse tenu le 11 septembre, sept navires marchands avaient transité dans la zone sous la protection d’une FREMM française.
Cet appui revêt une importance particulière pour les intérêts maritimes français, italiens et grecs dans la région : de nombreux porte-conteneurs de CMA CGM ont ainsi pu éviter de contourner l’Afrique grâce à la protection de la Marine nationale, la marine italienne assurant de son côté un appui comparable aux armateurs transalpins, sans que les escortes soient réservées aux navires d’intérêts nationaux.
À l’échelle de l’ensemble de la coalition européenne, l’effort est plus large encore. L’EUNAVFOR Aspides a dressé son propre bilan le 24 août, indiquant avoir depuis son lancement « soutenu plus de 2390 navires commerciaux, garantissant leur transit en sécurité et fournissant une protection proche à plus de 720 navires », tout en assurant continuer à « fournir une présence défensive crédible et fiable dans l’une des régions maritimes les plus difficiles et stratégiquement importantes du monde ».
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Navires escortés par la Marine nationale depuis déc. 2023 | plus de 150 |
| Navires soutenus par l’EUNAVFOR Aspides depuis fév. 2024 | plus de 2390 |
| Navires en protection rapprochée (Aspides) | plus de 720 |
| Détour par le cap de Bonne-Espérance | +6300 km, 10 à 20 jours |
Sur le terrain, les frégates françaises ne se contentent pas d’escorter : en 2024 et 2025, plusieurs dizaines de drones et missiles balistiques tirés par les Houthis vers des navires de commerce ou leurs escortes ont été abattus par les seules unités françaises, au moyen de missiles surface-air Aster, de leur artillerie et via des aéronefs embarqués.
Une escalade estivale qui relance les tensions
Après un cessez-le-feu conclu en mai 2025 entre les États-Unis et les Houthis, un calme précaire s’était installé en mer Rouge, même si les rebelles yéménites continuaient de lancer épisodiquement des missiles et des drones vers Israël. Ils s’étaient globalement abstenus de s’engager lorsque l’intervention américano-israélienne contre l’Iran a débuté, le 28 février 2026.
Les tensions se sont toutefois ravivées cet été, cette fois entre les Houthis et l’Arabie saoudite, que les rebelles combattent depuis 2015 avec le soutien militaire de Ryad au gouvernement yéménite. Le 20 juillet, ils ont annoncé un blocus de Bab el-Mandeb visant les tankers saoudiens, avant de lancer des attaques contre des navires et des installations pétrolières du royaume, dont le terminal stratégique de Yanbu et l’oléoduc qui l’alimente depuis l’est du pays, une infrastructure clé qui offrait une alternative aux exportations transitant par le détroit d’Ormuz, toujours largement perturbées. Deux navires, dont un transporteur de GPL, ont encore été touchés le 21 septembre dans le secteur d’Ormuz.
La pression s’est encore accentuée avec une nouvelle offensive terrestre des Houthis vers le sud du Yémen. Déjà maîtres du grand port de Hodeïda, ils ont pris la ville clé de Mokha, puis avancé vers Bab el-Mandeb en s’emparant de l’île de Périm, au centre même du détroit. Même limitée en principe aux navires saoudiens, cette progression territoriale fait peser une menace accrue sur l’ensemble du trafic maritime international.
Face à cette dégradation, l’Union européenne a annoncé, le 18 septembre, avoir relevé le niveau d’alerte de l’EUNAVFOR Aspides. « Compte tenu de la dégradation de la situation sécuritaire, l’opération Aspides a relevé le niveau d’alerte de ses navires tout en poursuivant ses missions d’escorte », a déclaré Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, pour qui les attaques houthies contre l’Arabie saoudite « sont inacceptables et sabotent l’économie mondiale ».
Cette nouvelle crise s’ajoute à celle déjà provoquée par le conflit américano-israélien contre l’Iran, qui perturbe les exportations de brut via le détroit d’Ormuz et alimente la flambée des prix du carburant, sans qu’aucune issue rapide ne se dessine à ce stade. L’opération Aspides devrait rester engagée en mer Rouge dans les prochaines semaines, alors que la situation reste suivie de près par Paris et ses partenaires européens.
Source
- Ministère des Armées, Point de situation des opérations du 10 au 17 septembre 2026, source primaire confirmant le déploiement des FREMM françaises et le chiffre de 150 navires escortés.