Brevets et prototype de 5 MW en vente : la pépite brestoise de l’éolien flottant cherche un repreneur

La société brestoise Eolink, concepteur d’une éolienne flottante à la structure singulière, a été placée en redressement judiciaire et recherche désormais un repreneur. Son prototype de 5 MW, dont la mise en service au large du Croisic a déjà été repoussée à plusieurs reprises, se retrouve en suspens.

Un concept français né à Brest, pensé pour la production de masse

Eolink développe depuis plusieurs années une solution intégrée associant turbine et flotteur, avec une particularité technique qui la distingue des éoliennes flottantes classiques : au lieu d’une tour unique, la structure repose sur quatre bras fins et profilés qui répartissent les charges et, selon l’entreprise, allègent l’ensemble. Basée à Brest, avec une antenne au Royaume-Uni à Glasgow, la société présente sa technologie comme « réplicable à grande échelle », dans l’optique d’un renouveau industriel français et européen de l’éolien en mer.

éolienne flottante Eolink

Un premier prototype à échelle réduite (1/10) avait été testé en mer dès l’été 2019, pendant plus d’un an, avant qu’Eolink n’obtienne en 2020 l’accès au site d’essais SEM-REV, au large du Croisic, grâce au projet européen Ocean DEMO. L’étape suivante, bien plus ambitieuse, visait la construction d’un démonstrateur pré-commercial grandeur quasi réelle.

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Le projet France Atlantique 5 MW, un chantier retardé à répétition

En 2022, l’État a accordé 14,9 millions d’euros via le programme France 2030 à Eolink, à l’électricien Valorem et à Centrale Nantes pour financer la fabrication de cette éolienne flottante de 5 MW et son raccordement au site SEM-REV. Dans ce montage, Valorem devait assurer l’assemblage de la turbine sur le flotteur ainsi que l’exploitation et la maintenance via sa filiale Valemo, tandis que les Chantiers de l’Atlantique apportaient leur appui pour la fabrication des pièces en acier.

L’assemblage du démonstrateur a débuté sur le polder des énergies marines renouvelables du port de Brest, géré par BrestPort, où les premiers blocs d’acier préfabriqués sont arrivés le 20 février 2024. Une équipe d’une dizaine d’entreprises et d’environ quatre-vingts personnes a travaillé sur le chantier. Une fois assemblée, la turbine, un flotteur de 52 mètres de côté pour une hauteur totale de 150 mètres, devait être remorquée jusqu’aux ancrages installés dès juillet 2023 au large du Croisic. Son concepteur, le PDG Marc Guyot, la présentait alors comme devant devenir, une fois en service, la plus grande éolienne flottante opérationnelle de la façade atlantique française, raccordée au réseau et destinée à produire l’équivalent de la consommation de 6 000 habitants.

Caractéristique Valeur
Puissance 5 MW
Flotteur 52 m de côté
Hauteur totale 150 m
Financement France 2030 14,9 M€ (Eolink, Valorem, Centrale Nantes)
Mise en service initialement visée printemps 2025
Production annoncée équivalent de la consommation de 6 000 habitants

La mise en service, initialement espérée pour 2024 puis repoussée au printemps 2025, n’a toujours pas eu lieu. Mer et Marine, qui a révélé la procédure de redressement judiciaire, rappelle que l’assemblage puis le déploiement de la turbine au large du Croisic ont été « plusieurs fois reportés », sans que l’entreprise n’en détaille publiquement les raisons techniques ou financières précises.

Brevets, savoir-faire et prototype : les actifs mis en avant pour trouver un repreneur

Face à cette procédure collective, Eolink a choisi la voie de la recherche active d’un repreneur plutôt que celle d’une liquidation pure et simple. Selon Mer et Marine, la société met en avant, pour convaincre d’éventuels candidats, ses compétences en ingénierie offshore, ses brevets sur l’architecture à quatre bras et le prototype de 5 MW lui-même, dont la valeur industrielle dépasse largement son seul potentiel de production d’électricité. L’entreprise invite les acteurs industriels, les développeurs de projets ou les sociétés d’ingénierie intéressés à se manifester.

Cette séquence intervient alors que la filière française de l’éolien flottant traverse une phase charnière. Elle doit démontrer, après des années de recherche et développement souvent soutenues par l’argent public (France 2030, fonds européens Interreg), sa capacité à transformer des démonstrateurs technologiques en filière industrielle pérenne, capable de rivaliser à l’export avec les flotteurs norvégiens, britanniques ou sud-coréens déjà engagés dans des fermes pilotes.

Un signal d’alerte pour l’écosystème brestois de l’éolien flottant

Le cas Eolink intervient alors que Brest a fait de l’éolien flottant un axe stratégique de son développement portuaire, avec l’implantation d’industriels sur le polder des énergies marines renouvelables et l’ambition affichée de devenir une base arrière de la filière à l’échelle européenne. Une difficulté financière touchant l’un des acteurs technologiques les plus identifiés de cet écosystème local constitue, à ce titre, un signal que les autres développeurs et les collectivités locales suivront avec attention.

La procédure de redressement judiciaire ouvre désormais une période d’observation, pendant laquelle un repreneur devra se manifester pour que les actifs d’Eolink, son savoir-faire d’ingénierie et son prototype de 5 MW ne restent pas simplement à quai. L’issue de cette recherche dira si la technologie conçue à Brest trouvera les moyens industriels et financiers de prouver, en mer, ce que ses promoteurs annoncent depuis plusieurs années sur le papier.

Sources